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Stratégie De Producteurs Et D’Exports Pour Le Secteur De L’Igname Du Ghana

1 mai 2013
ITC Nouvelles

Lorsque Salama Tulari vendait de l’igname dans sa cabane au bord de la route à Tamale, se demandant comment elle allait trouver l’argent nécessaire pour développer son activité, elle n’aurait jamais pensé que son point de vue allait contribuer à déterminer l’avenir de la stratégie de développement du secteur de l’igname du Ghana.

Mais aujourd’hui, en tant que partie prenante de la Stratégie ghanéenne de l’igname pour le développement rural, Tulari a joint sa voix à celle de centaines d’autres des communautés rurales et agricoles pour expliquer clairement les mesures à prendre pour améliorer la production et la commercialisation de l’igname et des cultures connexes au Ghana. Dans le cadre du projet, mis en oeuvre par le Gouvernement du Ghana en partenariat avec l’ITC et l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), la première stratégie de développement sectoriel du pays est en train d’être élaborée. Elle porte sur les systèmes de production d’igname et les cultures associées sous la responsabilité des parties prenantes qui se sont appropriées le processus. Le gouvernement a l’intention d’accroître massivement la commercialisation et l’ajout de valeur de l’igname national. Si le Ghana est le deuxième plus gros producteur d’igname au monde après le Nigéria, seules 30 000 des 7 millions de tonnes produites sont actuellement exportées.

“Nous voulons créer de la valeur ajoutée”, a affirmé Sarkodie Osei, un exportateur d’igname membre du Comité de coordination, une plate-forme public-privé chargée de la gestion et de la mise en oeuvre de la stratégie. La large gamme de produits rattachés à l’igname “va nous ouvrir de nouveaux marchés de par le monde, des marchés vers lesquels nous n’aurions jamais pensé exporter l’igname traditionnel que nous exportons actuellement”, a-t-il déclaré.

Sachant que l’agriculture représente un tiers du PIB du Ghana et emploie plus de la moitié de la main-d’oeuvre du pays – dont 70% de femmes dans le secteur de l’igname – le gouvernement et le secteur privé ont demandé à l’ITC et à l’IITA de concevoir un plan dirigé par les parties intéressées de nature à sous-tendre les efforts déployés pour doper les exportations d’igname et ouvrir de nouveaux marchés.

L’igname est un aliment de base de l’alimentation des Ghanéens et d’autres habitants de l’Afrique de l’Ouest, lesquels le font bouillir, frire et rôtir, mais il peut aussi être utilisé dans la fabrication de crème glacée, de pâtes, de farine de grande qualité, de bière, de vin et de cosmétiques et son amidon peut remplacer les amidons modifiés dans les processus industriels. Selon Antonio Lopez, sélectionneur d’igname de l’IITA qui possède une vaste expérience de l’igname et de la R-D agricole, la stratégie pour le secteur de l’igname est non seulement axée sur la sécurité alimentaire mais aussi sur les solutions offertes à l’industrie agroalimentaire pour accroître le revenu et améliorer les moyens de subsistance des différents maillons de la chaîne de valeur en accroissant la valeur des cultures d’igname.

D’après Hernan Manson, Conseiller de l’ITC en élaboration de stratégies et en développement de la chaîne de valeur, la démarche de l’ITC en matière d’élaboration de stratégies d’exportation consiste à associer le secteur privé non seulement aux consultations, mais aussi au processus décisionnel, pour faire en sorte que la stratégie réponde aux besoins réels. La stratégie pour le secteur de l’igname se fonde sur la conviction qu’il est essentiel d’écouter les agriculteurs, les investisseurs et les entrepreneurs. Les acteurs du secteur privé ne sont en effet disposés à prendre des risques – financiers ou autres – que s’ils pensent avoir de bonnes chances de succès et la meilleure façon de les en convaincre consiste à les laisser participer à l’élaboration des mesures à prendre, a expliqué Manson. L’ITC a travaillé sur la préparation de stratégies nationales et/ou sectorielles dans neuf pays en 2012, mettant en pratique cette démarche participative unique.

Anthony Sikpa, Directeur exécutif par interim de la Fédération des associations d’exportateurs ghanéens et Président du Comité de coordination de la stratégie pour le secteur de l’igname, a déclaré : “Le secteur public et le secteur privé ne font pas bon ménage. Dans un premier temps les gens se sont sentis menacés car ils craignaient de perdre leur zone de confort, mais la méfiance disparaît peu à peu.”

Plusieurs ateliers ont été organisés au Ghana en 2012 qui ont réuni des agriculteurs, des exportateurs locaux et des acheteurs internationaux, des transformateurs, des IAC, des fonctionnaires des douanes, des banquiers, des représentants de gouvernements et des centres de recherche. L’objectif était de recenser et de classer par ordre prioritaire les problèmes de la filière de l’igname en tenant compte des considérations de genre, de l’environnement et du développement rural. Les participants se sont notamment fixé pour objectif de rendre la gestion des associations d’agriculteurs plus professionnelle, d’améliorer les stratégies de commercialisation, d’étudier les possibilités de diversification de la gamme de produits et d’améliorer l’accès au financement.

Selon Mme Tulari, les difficultés rencontrées pour obtenir un financement sont un des principaux obstacles qui empêchent les producteurs et les négociants en igname d’exploiter leur plein potentiel. Si tous les petits producteurs et négociants doivent batailler pour obtenir un financement, elle estime que les banques sont particulièrement dures avec les femmes.

La stratégie ghanéenne pour le secteur de l’igname vise à surmonter ces difficultés et bien d’autres encore. S’appuyant sur les décisions prises par les parties prenantes dans le cadre des premiers ateliers participatifs, le gouvernement, l’ITC, l’IITA et le Comité de coordination se sont lancés dans des études de faisabilité détaillées fondées sur les marchés cibles considérés comme prioritaires et dans des recherches approfondies sur l’ajout de valeur, la logistique, les zones de production et les régions pilotes. D’autres mesures ont été prises après les ateliers, notamment pour adapter et tester les nouveaux produits potentiels au plan industriel, mobiliser des ressources, organiser des négociations avec les partenaires, pour trouver un accord avec les partenaires sur les modalités et les délais de mise en oeuvre ainsi que les résultats escomptés.

“Le facteur humain est profondément ancré dans la stratégie,” a déclaré Manson. “Il ne s’agit pas simplement d’obtenir les statistiques adéquates, mais aussi d’instaurer une plate-forme adaptée, un partenariat public-privé digne de ce nom. Telle est la clef de la durabilité; leur destinée est entre leurs mains.”