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Aide pour le commerce régionale : une réponse efficace à la crise

30 septembre 2013
ITC Nouvelles
Plaidoyer pour l'Aide pour le commerce régionale et la manière dont elle peut stimuler le commerce et la croissance inclusive dans les économies en développement.

Les flux d'APC ont été affectés par la crise récente. Cependant, ces flux sont encore considérablement supérieurs comparés à la période 2002-2005 et, malgré la crise économique, la plupart d'entre eux ont été maintenus. Les ressources destinées à la création de capacité de production ont augmenté, reflétant l'attention grandissante portée à la participation du secteur privé. Par ailleurs, les flux d'APC sont de plus en plus dirigés vers les pays à faible revenu (PFR) plutôt que vers les pays à revenu moyen.

Un grand nombre d'études montrent que le commerce international est essentiel pour soutenir la croissance et le développement et pour la réduction de la pauvreté. Or, les pays en développement (PED) se heurtent aux défaillances du marché et à des contraintes majeures – des problèmes d'infrastructure aux entraves bureaucratiques – qui les empêchent d'exploiter pleinement les avantages d'une meilleure intégration dans les marchés internationaux. Reconnaissant cela, les États membres de l'OMC ont lancé l'initiative APC lors de la Conférence ministérielle de Hong Kong, en décembre 2005. L'initiative consiste en un programme d'aide au développement spécialement conçu pour améliorer la capacité des économies en développement en matière de commerce dans le but d'améliorer la croissance inclusive et les perspectives de développement.

Comme traitée de manière exhaustive dans Programme de l'Aide pour le commerce 2013: Se connecter aux chaînes de valeur, une publication conjointe de l'OMC et de l'OCDE, l'APC a fait jusqu'ici d'énormes progrès en aidant les PED à surmonter les contraintes liées à l'offre et les goulets au niveau des infrastructures, et à se connecter aux chaînes de valeur. Il s'agit d'un processus qui répond à la demande dans lequel les pays bénéficiaires intègrent de plus en plus le commerce dans leurs programmes de développement et articulent clairement leurs priorités. Les donateurs ont répondu présent, et l'APC bénéficie de leur soutien enthousiaste.

La coopération et intégration régionales étant devenues une politique commerciale prioritaire pour les économies en développement au cours des 10 dernières années, le rôle potentiel de l'APC régionale et multinationale est de plus en plus important en tant que moyen de réduire les coûts commerciaux auprès des partenaires, facilitant la création de réseaux de production régionaux et l'intégration dans les chaînes de valeur. Alors que la nature multinationale de l'APC complique sa mise en œuvre et son intégration dans les plans de développement nationaux, plusieurs études, dont Programme de l'APC, soulignent son potentiel.

La faible croissance économique et les difficultés fiscales dans plusieurs pays de l'OCDE font pression sur les dépenses des gouvernements, ce qui affecte la coopération au développement. L'APC n'est pas une exception. Même si l'APC est une priorité pour les gouvernements des pays membres de l'OCDE, l'initiative subit les mêmes pressions que les autres aspects de l'assistance au développement, soulignant l'importance de résultats tangibles et d'améliorer l'efficacité de l'APC. Prioritaires pour l'initiative APC, ces aspects revêtent un caractère urgent dans l'environnement fiscal actuel, affecté par la crise économique mondiale.

Tendances récentes de l'APC

En 2011, l'aide publique au développement (APD) mondiale, à l'exclusion de l'allégement de la dette, a chuté pour la première fois depuis 2011. Après plusieurs années de flux croissant d'APC – même suite à l'éclatement de la crise économique mondiale en automne 2008 – les pressions budgétaires découlant de l'affaiblissement continu de l'économie et des questions liées aux dettes ont donc commencé à laisser leurs traces. Près de $E.-U. 41 milliards ont été consacrés à l'APC en 2011, une amélioration considérable depuis les débuts de l'initiative, mais 14% de moins qu'en 2010 (figure 1). En fait, l'APC a augmenté de 57% par rapport à la base de référence convenue pour évaluer le progrès (soit la moyenne de l'APC accordée entre 2002 et 2005).



Même avec des budgets en baisse qui reflètent la priorité grandissante accordée par les donateurs au développement du secteur privé, l'assistance à la création de capacité de production est passée à $E.-U. 18 milliards en 2011, 58% de plus que la base de référence 2002-2005 (figure 2). L'agriculture, la pêche et l'industrie forestière reçoivent près de 60% de l'aide à la création de capacités productives. En 2011, l'aide à l'industrie a augmenté plus que celle d'autres secteurs de production, s'élevant maintenant à $E.-U. 2,2 milliards, 11% de plus que la base de référence.



Or, il est clair que la diminution en 2011 se concentre sur l'aide au soutien à l'infrastructure économique telle que transports, énergie et communications (figure 3). Même si l'infrastructure continue à recevoir la plus grande part d'APC (53%), celle-ci a diminué de $E.-U. 6,6 milliards, passant de $E.U. 28,6 milliards en 2010 à $E.-U. 22 milliards en 2011. Cela représente une chute de 23% par rapport à 2010, mais elle correspond encore à 55,5% de plus que la base de référence.



En 2011, des engagements en faveur de l'APC ont été pris dans 146 pays. En termes de distribution par groupes de revenu, les PFR sont les principaux bénéficiaires de l'APC. Les PFR ont vu une diminution de 7% dans les engagements de 2010 à 2011; cependant, ils ont été moins affectés par la diminution globale, et les flux vers des groupes à revenu moyen ont diminué plus drastiquement. Les engagements envers les PFR représentent $E.-U. 14 milliards, ayant presque doublé par rapport à la période de base. L'Afrique a été la région la plus affectée en 2011, avec une diminution de 29% par rapport à 2010. Cela met une ombre sur la croissance impressionnante des dernières années, vu que les flux vers l'Afrique restent 64% plus élevés que pendant la période de base, 2002-2005.

Alors que les prévisions pointent vers une stagnation ou une légère diminution dans le flux d'aide à court terme, le G20 a appelé au maintien des ressources d'APC au-delà de celles de 2011. Sur la base des contributions bilatérales et multilatérales à l'APC, les pays du G20 sont sur la bonne voie pour remplir cette promesse. En fait, des questionnaires OCDE/OMC suggèrent que la plupart des fournisseurs de coopération en matière de commerce Sud-Sud envisagent d'augmenter leurs ressources ces prochaines années. Les partenariats avec le secteur privé et les investissements dans les chaînes de valeur augmente en nombre et en impact, traçant la voie pour l'implication des entreprises dans la création de capacités en matière de commerce.

Aide pour le commerce régionale

Alors que la littérature économique soutient le point de vue selon lequel les PED peuvent tirer un grand profit de la coopération régionale, il faut jeter les bases pour l'intégration économique. Cela comprend les réseaux de transport et autres infrastructures, les capacités en ressources humaines, la facilitation du commerce et un environnement favorable au commerce pour l'intégration régionale. Les bénéfices que les pays pourront tirer du commerce dépendront de leur capacité à surmonter ces obstacles de manière efficace. Il ne fait aucun doute qu'une APC régionale serait tout à fait souhaitable.

Par d'exemple, les pays d'Afrique ont longtemps conclu une multitude d'accords bilatéraux et régionaux. Or, les résultats ont été décevants, puisque le commerce intra-africain reste en-dessous de son potentiel. Des études ont souligné que les pays africains n'ont pas réussi l'intégration régionale car il leur manque les outils essentiels et sous-jacents nécessaires à l'intégration économique. Ceux-ci comprennent les mesures relatives à l'infrastructure matérielle et immatérielle, aux capacités, à l'information et aux contacts liés au commerce, et aux questions liées à la facilitation du commerce. Nombre de ces mesures sont comprises dans les objectifs de l'APC, mais la nature multinationale de ces accords complique leur mise en œuvre. Il semble que les gouvernements hésitent à consacrer des ressources à des projets et programmes caractérisés par des bénéfices qu'ils sont incapables de saisir pleinement. De plus, la mise en oeuvre de stratégies régionales est compliquée, entre autres, par l'appartenance à des organisations régionales faisant double emploi, le manque de mise en œuvre d'accords régionaux, la faible articulation entre les stratégies régionales ainsi que les contraintes en matière de capacité régionale.

C'est là que l'APC régionale peut jouer un rôle important. Comme le montrent plusieurs cas d'expérience lors du Troisième examen global de l'Aide pour le commerce: Montrer les résultats (OCDE-OMC, 2011), il existe plusieurs domaines dans lesquels l'APC peut s'attaquer aux goulets d'étranglement qui empêchent l'intégration régionale, que ce soit dans le cadre d'un accord régional formel ou autre. En fait, l'APC régionale est plus rentable que les approches nationales dans l'identification de projets régionaux à grand impact, aidant à la création des projets et à leur mise en œuvre, en partenariat avec les gouvernements participant et d'autres potentielles parties prenantes, y compris le secteur privé. Elle peut réduire les coûts associés au commerce transfrontalier en fournissant ressources et expertise pour améliorer le transport et l'infrastructure, en rationalisant les démarches administratives, en renforçant les capacités, en améliorant la coopération entre les agences gouvernementales impliquées dans le commerce régional, et en s'attaquant à d'autres goulets d'étranglement. Les progrès dans ces domaines sont nécessaires afin de créer l'environnement le plus favorable pour que les pays puissent bénéficier des chaînes de valeur, moteurs d'intégration régionale.



Les flux de l'APC régionale sont encore faibles comparés aux flux globaux qui augmentent rapidement par rapport à la base de référence (figure 4). En 2011 ils ont atteint quelque $E.-U. 6 milliards, et leur part dans l'APC totale est passée d'environ 9% en 2002-2005 à 12% en 2006 et 18% en 2011. Alors que le total des flux d'APC a augmenté d'environ 50% en 2006-2011, l'APC régionale et sous-régionale a augmenté de 2,5 fois. L'importance de l'APC régionale augmente donc en ligne avec l'augmentation des initiatives de coopération régionale dans les PED.

APC régionale et chaînes de valeur

Le succès des expériences de développement des économies asiatiques souligne l'importance capitale du commerce international et de l'investissement étranger direct (IED) dans les stratégies de développement. Ces dernières illustrent le rôle clé joué par les réseaux de production dans le renforcement des processus d'intégration et des liens commerce-IED. Les réseaux régionaux de production sont établis en grande partie par la coopération économique régionale et, de fait, ils participent à l'avancement du processus de coopération économique. Ces réseaux de production permettent à leur tour aux pays de participer aux chaînes de valeur, voire d'évoluer au sein de ses dernières, avec des effets salutaires largement répandus sur le développement socioéconomique, allant de la réduction de la pauvreté à la sortie du fossé 'revenu moyen'. Attirer et étendre les réseaux régionaux de production sont devenus donc des priorités claires pour plusieurs organisations régionales des PED, de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est à la Communauté des Caraïbes.

Un certain nombre d'études de cas montrent déjà l'efficacité de l'APC régionale en appui aux réseaux de production (voir, par exemple: Troisième examen global de l'Aide pour le commerce: Montrer les résultats, OCDE-OMC 2011). De plus, une enquête menée par l'OMC, l'Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique en 2013 auprès de donateurs sur la manière dont l'APC a soutenu le commerce inter-africain a conclu au succès de l'APC régionale axée sur la suppression des contraintes empêchant l'intégration régionale et l'amélioration de la coopération économique régionale à travers l'amélioration de l'infrastructure matérielle et immatérielle. Ces mêmes facteurs sont essentiels à la création de réseaux régionaux de production efficaces.

Assurer un flux continu d'APC dans un environnement fiscal difficile demandera une attention constante sur le ciblage approprié et l'efficacité. Cependant, l'APC représente sans doute une approche prometteuse, même si difficile, pour doper le commerce et la croissance inclusive dans les économies en développement à travers le soutien aux réseaux régionaux de production, devenus les catalyseurs de l'intégration économique régionale.

Note: les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs et non de leurs organisations respectives.