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Q&R avec le Cadre intégré renforcé - Directeur exécutif Ratnakar Adhikari

13 décembre 2013
ITC Nouvelles
Ratnakar Adhikari explique comment renforcer le potentiel du commerce et du développement afin de permettre aux pays les moins avancés de participer pleinement aux marchés mondiaux.

Le Directeur exécutif du Cadre intégré renforcé (CIR) Ratnakar Adhikari discutant avec Miklos Gaspar, éditeur du Forum du commerce international. © ITC

Ratnakar Adhikari a pris ses fonctions en tant que Directeur exécutif du Cadre intégré renforcé (CIR) en octobre 2013. Ce programme de $E.-U. 250 millions aide à intégrer les PMA dans le système commercial mondial en augmentant leurs exportations et en favorisant une croissance économique durable, axée sur le commerce.

Le CIR travaille avec 47 PMA et reçoit des contributions de 23 pays donateurs. M. Adhikari apporte à ce poste une expérience de 16 années dans le développement du commerce. Il a reçu le Forum du commerce international à la fin octobre dans son bureau, au siège de l'OMC.

Q: Pourquoi les PMA devraient-ils accorder une priorité au commerce dans leurs stratégies de développement?

En raison de la petite taille de leurs marchés internes, les PMA doivent s'appuyer sur le commerce pour leurs perspectives de croissance. C'est pourquoi il est important pour eux d'intégrer le commerce dans leurs stratégies de développement.

Un grand nombre de PMA ont déjà des économies plus ouvertes que plusieurs PED. Malgré cela, ils n'ont pas été en mesure d'atteindre une croissance significative ces dernières années, et leur part dans le commerce mondial s'élève à 1 %. Il semblerait qu'ils commencent à être marginalisés dans le commerce international; afin de renverser cette tendance, ils doivent exploiter le potentiel du commerce et du développement de manière proactive. L'intégration du commerce est un début.

Q: Il est clair maintenant que la plupart des PMA n'atteindront pas leurs objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Dans cette optique, que devrait faire la communauté internationale? Que devraient faire les PMA?

Plusieurs PMA ont déjà atteint les OMD ou sont en train de le faire, mais la plupart d'entre eux n'y parviendra pas. Ce que la communauté internationale peut encore faire ces deux prochaines années, c'est fournir davantage de ressources, d'accès aux marchés et de technologie.

Les PMA, pour leur part, devraient utiliser cette période de deux ans pour apprendre d'autres PMA qui ont atteint les OMD et essayer de mobiliser des ressources afin d'atteindre certains de leurs objectifs.


Le CIR assiste à l'intégration des PMA dans le système commercial mondial, augmentant ainsi leurs exportations et générant une croissance économique durable axée sur le commerce. © OMC/CIR

Q: Et que devrait-il se passer après 2015?

Nous devons rendre les engagements internationaux plus contraignants. Les PMA devraient également employer leurs propres ressources afin d'atteindre ces objectifs et ne pas s'appuyer uniquement sur la communauté internationale. De plus, certains éléments essentiels tels que la technologie manquent aux OMD: comment aider les PMA à acquérir, générer et adapter la technologie afin d'exploiter leur vrai potentiel. Cela devrait être inclus dans le cadre du développement de l'après-2015.

Il devrait également y avoir davantage d'engagements contraignants en matière d'accès aux marchés dans le cadre de l'APC, de facilitation du flux direct d'investissements étrangers à travers des incitations fiscales aux entreprises, et de migration, une question qui a été négligée.

Q: Vous parlez des travailleurs invités?

Ce serait dans le cadre du programme de dérogation concernant les services de l'OMC, comment mettre en œuvre la dérogation afin de permettre aux PMA de tirer profit d'une possible ouverture des marchés dans le secteur des services. Je parle d'un citoyen d'un PMA qui irait chercher des opportunités de travail dans un pays développé pour une période déterminée. Il s'agit d'une situation gagnant-gagnant pour les pays hôtes ainsi que pour les PMA qui enverraient les travailleurs.

Q: Selon un article récent publié par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international, les 'procédures du CIR sont assez détaillées et bureaucratiques', ce qui 'explique la lenteur des décaissements du Fonds d'affectation spéciale, ce qui à son tour n'encourage pas les donateurs à renouveler leur contribution'. Pensez-vous que la vitesse de prise de décision représente un goulet d'étranglement pour l'efficacité du CIR? Si oui, que pensez-vous faire pour traiter cette question?

La vitesse de prise de décision n'est pas un problème du tout. Laissez-moi clarifier une chose: une fois que la proposition finale est reçue, la décision est prise dans les 20 jours qui suivent. Ce qui retarde le processus, c'est qu'il y beaucoup à faire avant que la proposition ait un niveau suffisant pour être soumise au conseil.

Notre intention n'est pas seulement de débourser des fonds. Ce que nous voulons, c'est renforcer les capacités des pays de développer des propositions leur permettant de mobiliser des ressources non seulement à partir de mécanismes du CIR, mais aussi d'autres donateurs. Cela prend du temps pour les amener à atteindre un certain niveau.

Nous avons remarqué que la courbe d'apprentissage a été assez raide: pour les pays qui soumettent une deuxième ou troisième proposition, il y a nettement moins d'allers retours et le processus prend quelques semaines plutôt que plusieurs mois.

Q: Quelle est, selon vous, la plus grande réussite du CIR à ce jour? Qu'allez-vous changer concernant le fonctionnement du CIR?

La première réussite est la structure institutionnelle qui a été mise en place dans plus de 30 pays en vue de l'évaluation des besoins et, sur la base des besoins identifiés, la mobilisation des ressources de l'APC.

Nous pourrions mobiliser plus de ressources: nous souhaitons que ces pays mobilisent plus de ressources d'autres donateurs bilatéraux ou multilatéraux et fournissent des ressources de leur propre trésorerie afin de rendre ces programmes plus durables. S'ils pouvaient mobiliser des ressources du secteur privé, ce serait encore mieux.

Les PMA doivent aussi promouvoir la coopération et l'intégration régionales. Les PMA n'ont pas pu utiliser les opportunités d'accès aux marchés qui leur ont été offertes par les accords commerciaux régionaux. Le principal problème ici, c'est la connectivité et l'incapacité de respecter les normes pertinentes. Afin de les aider à surmonter les difficultés, nous devrions leur fournir tout le soutien possible dans le cadre du CIR.

Un autre point, c'est que les PMA ont été laissés en dehors des chaînes de valeur mondiales et régionales: nous devrions étudier la manière d'aider les PMA à se connecter eux-mêmes aux chaînes de valeur mondiales, en termes de financement du CIR. Nous traitons de la question de l'assistance aux PMA pour qu'ils intègrent la chaîne de valeur, mais nous ne parlons pas beaucoup de la manière de les aider à s'intégrer. C'est quelque chose que nous aimerions traiter à l'avenir.

Q: Le CIR est censé arriver à son terme dans les deux prochaines années. Devrait-il être prolongé? Avez-vous connaissance de donateurs souhaitant augmenter leurs promesses de contribution au CIR? Comment imaginez vous un programme qui succéderait au CIR?

L'examen intermédiaire du CIR l'année dernière a montré que le programme reste pertinent pour les PMA, même si les pays du CIR sont à différents stades de leur cheminement. Les PMA ont exprimé leur intérêt prononcé à continuer le programme au-delà de 2015. Certains donateurs ont aussi exprimé leur souhait de prolonger leur soutien. Le futur travail pourrait comprendre l'amplification de l'intégration du commerce des PMA au niveau des secteurs et l'intégration des PMA dans les chaînes de valeur mondiales et régionales.