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Trouver un accord satisfaisant pour les « bilum mamas » de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

12 février 2018
ITC Nouvelles

 

Le défi Les œuvres d'art traditionnels créés par des artisans qualifiés attirent souvent les gens bien au-delà des communautés dans lesquelles elles sont fabriquées. Établir des liens avec les marchés internationaux de la mode et de la décoration intérieure qui sont constamment à la recherche des nouveautés peut générer des retombées considérables en termes d'amélioration des moyens de subsistance dans les pays en développement. Mais, la connaissance du marché est une condition indispensable pour l’artisanat traditionnel s'il doit s'ouvrir aux acheteurs internationaux. Adapter les produits à la demande du marché international peut nécessiter que les artisans acquièrent de nouvelles compétences. Et même dans les cas où les acheteurs internationaux achètent les œuvres d'art traditionnels, il n’est nullement garanti que les fabricants, souvent des femmes, en bénéficieront.

Le bilum de Papouasie-Nouvelle-Guinée en est un exemple concret. Les sacs de produits d'épicerie et des portes bébés en bilum faits à la main et notoires par leurs couleurs vives, utilisés à travers le pays, gagnent en popularité à l’étranger. Mais les femmes qui tissent généralement le bilum, à l’aide de roseaux naturels, de la laine ou de fibres synthétiques, ont souvent du mal à bénéficier financièrement de leur art.

La production du bilum est largement informelle, à petite échelle et disséminée dans les régions rurales à travers ce vaste pays constitué de plusieurs îles. Les « bilum mamas » comme les artisanes sont parfois appelées, attendent systématiquement longtemps avant de percevoir leur dû et parfois, elles ne sont même pas payées. La réponse L'ITC connecte les tisserands de bilum avec des acheteurs du domaine de la mode internationale haut de gamme dans le but d’accroître leurs revenus et pour l'autonomisation socio-économique en général. Dans le cadre de ces mesures, l'ITC a collaboré avec des coopératives de productrices de bilum partout dans le pays pour mettre en place l'Association pour l'exportation et la promotion du bilum (BEPA) en octobre 2015.

L’association, qui est à but non lucratif, achète des sacs et vêtements de bilum en provenance de partout dans le pays pour l’exportation. Les revenus sont orientés vers la création de flux de revenus plus prévisibles pour les producteurs. BEPA offre également une formation technique et des matières premières aux bilum mamas. Elle collabore avec les tisserands afin de leur transmettre des compétences en matière de gestion d'entreprise et de conception, renforcer leurs compétences et les doter d'outils et matériaux nécessaires à la production des articles de haute qualité en bilum. En somme, le rôle de BEPA est de servir de pont entre les tisserands et les acheteurs internationaux.

Lorsque l’association a été fondée, Sharlene Gawi, l’avocate établie à Port Moresby, qui en est devenue la directrice générale, a exprimé le vœu que la « BEPA donne aux tisserands de bilum, qui ont été longtemps sans visage, un visage, un nom et une reconnaissance pour leurs compétences et leurs produits uniques. »

Tant l'ITC que la Corporation des petites et moyennes entreprises gérée par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée a collaboré étroitement avec l'ITC tout au long processus de mise en place BEPA qui a duré toute l'année, même comme ses membres ne se sont pas engagés en assurer l’indépendance opérationnelle.Les résultats « Regrouper plusieurs coopératives de femmes de Papouasie-Nouvelle-Guinée leur donne une forte influence qui leur permettra de négocier de meilleurs prix et conditions de vente auprès des acheteurs internationaux » a expliqué Torek Farhadi, Conseiller principal pour le programme Femmes et commerce de l'ITC qui gère le projet bilum « En améliorant la qualité du produit et en sensibilisant sur le bilum dans de potentiels marchés d’exportation, BEPA permettra d’accroître la demande internationale, et donc le prix du bilum. »

BEPA a mené des activités de formation dans différentes parties de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l'intention des tisserands de bilum qui n’ont pas souvent eu l’occasion de recevoir une éducation formelle.

Une école de bilum pour les femmes dans le district de Kainantu dans les Hautes terres de l’Est enseigne aux tisserands la théorie et le choix des couleurs, comment estimer le temps et les coûts de production et comment utiliser les outils de mesure. Une formation similaire a eu lieu à Wewak, sur la côte nord du pays.

Les cours sur la théorie des couleurs ont été particulièrement populaires auprès des tisserands eux-mêmes. « J'aime fabriquer des articles en bilum mais définir et choisir des couleurs pour attirer mes clients n'était pas mon point fort jusqu'à ce que je devienne membre de BEPA », a déclaré Margaret Evari, qui travaille à la coopérative Shine Ministeries à Port Moresby. Elle a affirmé que les formations de BEPA avaient également ouvert son esprit à utiliser le bilum pour fabriquer d'autres produits et pas seulement des sacs.

La perspective de meilleurs liens commerciaux par l’intermédiaire de l’association est aussi séduisante. « Faire partie du réseau de BEPA sera génial, parce que nous avions du mal à trouver des formations et un marché » a déclaré Florence Kamel, chef de groupe et une tisserande chez Jaukae Bilum Products à Goroka. « C’est un excellent tremplin ».

Gawi, Chef de direction de BEPA, explique : « L'ITC soutient fortement BEPA à travers son réseau mondial et sa réputation dans le domaine du commerce, ce qui nous a permis d’entamer le dialogue avec de potentiels acheteurs et de nouveaux marchés ».

En achetant du bilum soit aux coopératives ou directement auprès de leurs membres, à peu près 300, et surtout, en payant à l'avance, BEPA protégera les tisserands des retards de paiement ou des risques de non-paiement. À l’autre bout de la chaîne de valeur, elle va négocier les prix et les conditions de livraison directement avec les acheteurs. Elle effectuera également des contrôles de qualité et les tâches de manutention relatives à l'exportation telles que la fumigation et le fret.L'avenir Actuellement, sept coopératives sont membres de BEPA ; la porte reste ouverte à d'autres producteurs.

L’association mènera également des campagnes de marketing afin de promouvoir le bilum aux niveaux national et international pour sensibiliser le public sur le bilum et stimuler la demande de sacs et de vêtements de bilum.

Puisque les conditions du BEPA donnent la liberté aux tisserands de vendre directement aux potentiels acheteurs s’ils le désirent, elle les formera également aux techniques de négociation des ventes.