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Quelle est l’importance du commerce aux termes de l’Accord de Paris ?

19 janvier 2018
ITC Nouvelles
Discours d’Anders Aeroe, Directeur, Division des Entreprises et des Institutions - ITC

Bon après-midi, j'entamerais mon propos en vous parlant de l'ITC qui est l’agence conjointe d’assistance technique de la CNUCED et de l’OMC, avec son siège à Genève en Suisse. L’ITC fournit le renforcement des capacités dans le cadre de l’Aide pour le commerce aux PME, aux institutions d’appui au commerce et à l’investissement et aux décideurs, afin de permettre aux pays de mieux faire face à la concurrence.

Je voudrais parler de la manière dont les politiques commerciales et climatiques se renforcent mutuellement. Plus précisément, du point de vue des PME et comment le commerce peut-il soutenir la mise en œuvre de l’Accord de Paris ?

La première thématique à examiner est de savoir quel est l'incidence de l’Accord de Paris sur les PME exportatrices des pays en développement. Une transition mondiale vers une économie à faible intensité de carbone entraînera une croissance des industries et des services à faible intensité de carbone tout en réduisant l’emploi dans les industries à forte intensité de combustibles fossiles. La gestion d’une « transition équitable » constituera un défi majeur, étant donné les niveaux actuellement élevés d’emploi, les niveaux d’inégalité et de pauvreté. Cependant, la transition doit être effective pour faire face à la crise climatique à laquelle nous sommes confrontés.

Une inquiétude raisonnable existe au sujet des coûts sociaux et commerciaux de cette transition.

Les nouvelles initiatives en matière de politique climatique auront des avantages et des inconvénients sur les pays en développement. Des actions liées au commerce telles que les tarifs commerciaux et les ajustements transfrontaliers du carbone peuvent avoir des répercussions sur la croissance économique, l’emploi et l’environnement. Fait d’une importance particulière pour les clients de l’ITC, à savoir les PME, de nouvelles exigences du marché relatives au climat sont déjà en train d’émerger. Les normes relatives au carbone et les exigences de déclaration imposent des coûts de conformité aux PME. Par exemple, les grands acheteurs exigent de leurs fournisseurs la collecte d’informations sur les émissions de carbone lors de la production et de la transformation, et même des preuves d’investissements dans la réduction des émissions.

Les détaillants sont allés plus loin et ont développé des normes de carbone pour informer les consommateurs sur l’empreinte carbone d’un produit. Les entreprises ayant collaboré avec l’ITC dans le secteur agricole en Afrique se plaignent qu’il s’agit d’un nouvel obstacle non tarifaire à leurs exportations, sans avantages financiers pour elles. En effet, les grandes entreprises sont les mieux placées pour absorber le coût fixe des déclarations. L’outil Standards Map de l’ITC accroît la transparence des normes du commerce, réduisant ainsi les coûts de transaction pour les PME.

Les politiques climatiques ont cependant aussi un aspect positif pour les entreprises. Elles créent des opportunités pour les entreprises capables d’innover dans l’économie à faible intensité de carbone. Depuis de nombreuse années, les appareils électroménagers sont étiquetés en fonction de leur efficacité en termes de moindre consommation d'énergie. Ces initiatives stimulent l’efficacité et l’innovation. De nouvelles opportunités émergent pour les exportateurs dans l’économie tenant compte du climat, par exemple en fournissant des composants pour la technologie des énergies renouvelables et les systèmes de transport public. Dans les secteurs des ressources naturelles, les PME ajoutent de la valeur en ciblant des segments de consommateurs éthiques de niche. Les marchés de produits certifiés, par exemple le bois d’origine durable, peuvent atteindre 50% de pénétration de marché dans certains pays développés.

Mettre en place un environnement d’affaires favorable à l’innovation et à la concurrence devrait être une priorité stratégique pour les pays qui veulent garder une longueur d’avance et être compétitifs dans l’économie tenant compte du climat. Les jeunes sur lesquels l'ITC met un accent stratégique dans ses programmes auront besoin de programmes d’éducation et de formation pour leur permettre d’accéder aux compétences relativement plus exigeantes du marché du travail tenant compte de la protection du climat.

J’ai soulevé la question des répercussions des politiques climatiques sur le commerce et les clients de l’ITC, à savoir les PME. Je souhaite à présent retourner la question et demander comment le commerce et les centaines de milliers de PME dans le monde soutiennent les objectifs climatiques.

Le commerce fait partie de la solution et non du problème. Les discussions récentes autour de l’Accord économique et commercial global (AECG) et de l'Accord de partenariat transpacifique (TPP) ont mis en lumière la pensée des personnes selon laquelle le commerce a généré des inégalités et manque de transparence. Dans la communauté multilatérale, nous avons certainement besoin d’échanger au sujet de l’incidence de la mondialisation, avec pour référence les récents événements politiques. Cependant, cela ne doit pas nous détourner du message selon lequel le commerce a un rôle important à jouer pour nous aider à atteindre nos objectifs climatiques et à mettre en œuvre l’Accord de Paris.

Le commerce a quatre répercussions positives sur l’atténuation, auxquelles mes collègues auront également fait allusion :

1. Le commerce permet aux entreprises de réaliser des économies d’échelle en réduisant les coûts de production des technologies d’atténuation du changement climatique.
2. Le commerce permet aux pays de déployer rapidement des technologies du climat dans le monde entier ;
3 Le commerce stimule les investissements dans les systèmes d’énergie renouvelable et de transport public, les technologies de l’information et d’autres secteurs clés de l’économie à faible intensité de carbone, et ;
4. Le commerce favorise les marchés concurrentiels qui encouragent les particuliers et les PME à innover et à produire des solutions climatiques à faible coût.

Le commerce est également important pour renforcer la résilience au changement climatique. Par exemple, le changement climatique a de graves répercussions sur l’accès à la nourriture pour les communautés rurales du monde en développement. Le commerce permet aux régions et aux pays qui ont des excédents de nourriture d’échanger avec ceux qui ont un déficit alimentaire. L’existence des obstacles au commerce exacerbe l’insécurité alimentaire. Le commerce génère des devises qui permettent aux pays d’investir dans ses infrastructures portuaires, routières, ferroviaires et énergétiques qui renforcent la résilience au changement climatique.

Le commerce fait partie de la solution à la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Les vents politiques changent et il est un risque que le commerce soit considéré comme faisant partie du problème. Les consommateurs locaux par instinct « consomment local » malgré des coûts plus élevés pour eux. L’analyse de l’ITC montre qu’il est préférable pour le climat et le porte-monnaie d’importer certains aliments. Par exemple, nous savons que l’agneau importé de Nouvelle-Zélande a une empreinte carbone inférieure à celui produit dans les climats plus froids du nord. Mais nous devrions aussi penser à des « kilomètres équitables », et non seulement à des « kilomètres alimentaires ». Un agriculteur produisant des légumes dans les champs du Maroc a une empreinte carbone personnelle estimée au 1/40è de la taille d’un consommateur en Europe du Nord. Pourquoi cet agriculteur ne devrait-il pas bénéficier du commerce ? Les revenus dans le secteur agricole d’exportation accélèrent la réduction de la pauvreté. La réduction de la pauvreté augmente la résilience aux conséquences du changement climatique.

L’Accord de Paris a engagé les Parties à la CCNUCC à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les contributions déterminées au niveau national (NDC) par les Parties sont étendues et de grande portée, avec des répercussions sur de nombreux domaines de l’économie. Compte tenu de la vaste portée des contributions déterminées au niveau national dans tous les secteurs, le commerce est déjà étroitement lié à la façon dont les pays respecteront l’Accord de Paris. L’ITC se tient prêt, aux côtés d’autres agences de commerce et de développement, pour soutenir les Parties à la CCNUCC dans l’utilisation de la boîte à outils que la politique commerciale fournit pour soutenir le Programme de développement durable à l'horizon 2030 et la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris.