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Op-ed : COVID-19 : L'échec de l'Afrique serait un échec mondial

14 avril 2020
ITC Nouvelles

Il ne fait aucun doute que la pandémie du coronavirus entraînera les plus importants changements économiques mondiaux jamais connus, qui se feront ressentir pendant des générations. Nous le constatons à chaque nouveau rapport faisant état d'une augmentation du nombre de décès et de fermetures d'entreprises. Pour la plupart des pays, l'impact sera majeur, mais pour les pays en développement, et ceux d'Afrique en particulier, il pourrait être catastrophique.

J’applaudis l’intensification des efforts de financement visant à renforcer les systèmes de santé fragiles en Afrique. Si les secteurs de santé des pays développés sont submergés par le COVID-19, on ne peut qu'imaginer l'impact sur le secteur de la santé dans certains pays africains, tout particulièrement ceux qui se remettent à peine de l'épidémie d'Ebola.

Les conséquences du COVID-19 sur le système économique mondial

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a décrit la crise COVID-19 comme l'épreuve la plus importante à laquelle l'humanité a été confrontée depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il a appelé à la création d’un fonds de 2 milliards de dollars pour soutenir les pays les plus vulnérables pendant cette crise. Malheureusement, le coût de la pandémie du coronavirus sur le système économique mondial exigera beaucoup plus.

En plus d’un soutien de leurs systèmes de santé, les pays en développement ont besoin d'aide pour maintenir leurs économies à flot et protéger les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) de la faillite.

Pour chaque faillite, fermeture de magasin, récolte perdue ou baisse de commandes en ligne, des personnes perdent leur emploi et des familles perdent, dans de nombreux cas, leur seul revenu.

L'Organisation internationale du travail (OIT) a récemment prédit que 25 millions d'emplois pourraient être perdus dans le monde entier à cause du COVID-19.

Pour l'Afrique, qui doit créer de 12 à 15 millions d'emplois par an pour absorber une population croissante de jeunes entrant sur le marché du travail, ces chiffres pourraient être catastrophiques. La récession mondiale risque de plonger le continent dans une spirale négative et descendante.

Pertes pour le commerce

Un certain nombre d'entreprises exportatrices avec lesquelles mon organisation - le Centre du commerce international - travaille ont perdu leurs revenus du jour au lendemain suite à une baisse massive de la demande de clients européens.

Prenez comme exemple Florencia Blooms, une entreprise kenyane de culture et d'exportation de fleurs avec laquelle l’ITC travaille.

L'entreprise n'exporte plus qu'à 30 % de sa capacité. En effet, les perturbations du transport aérien on restreint sa capacité à expédier ses produits. Pire encore, le COVID-19 est arrivé pendant la haute saison du secteur, ce qui aggrave l'impact. Pendant que les fleurs du Kenya se flétrissent, des milliers de travailleurs risquent de perdre leur emploi. Alors que les pays développés disposent de ressources pour mettre en place des filets de sécurité sociale, les personnes ou les entreprises des pays en développement n'ont souvent aucun recours possible en cas de défaillance de l'économie.

Les banques sont sous pression

Les banques africaines sont elles aussi de plus en plus sous pression, avec la possibilité qu'elles ne soient pas en mesure de fournir aux MPME le soutien vital dont elles ont tant besoin, que ce soit sous forme de prêts, de crédits et d'allégement de la dette à long terme, car elles pourraient elles aussi avoir besoin de fonds pour se maintenir à flot.

Comme le montre l’exemple de l'Afrique du Sud, l'injection de liquidités dans les banques réduira temporairement la pression.

Allégement de la dette

D'autres mesures sollicitées par les dirigeants africains, le FMI et la Banque mondiale, telles que la suspension du remboursement des intérêts de la dette, atténueront une partie des tensions qui pèsent sur les économies africaines.

Je me joins à l'appel lancé aux créanciers pour qu'ils renoncent temporairement au remboursement effectif de la dette pour les pays en développement et les économies les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment les petits États insulaires en développement, fortement endettés, et qui dépendent du tourisme comme principal (ou unique) source de revenu.