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Le commerce, levier de croissance inclusive et durable (en)

29 juin 2016
ITC Nouvelles

Allocution de la Directrice Executive du Centre du Commerce International (CCI) Arancha González lors de la Conference-debat CCI - Ministère Du Commerce et de la Consommation de Madagascar
Le Commerce Vecteur de Croissance

29 JUIN 2016 - ANOSY

Je suis heureuse d’être parmi vous, lors de ma première visite officielle à Madagascar en tant que Directrice Exécutive du Centre du commerce international (CCI). Je suis honorée de l’accueil qui m’est fait et je me réjouis du choix du thème de discussion sur le rôle du commerce en faveur d’une croissance plus inclusive.

Le Centre du commerce international (CCI) est une agence de développement conjointe de l’ONU et de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Nous avons pour mission de faire le pont entre les opportunités générées par les accords commerciaux et un retour bénéfique du commerce pour tous.

Autrement dit, comment opérationnaliser les politiques et accords commerciaux pour le bénéfice du secteur privé et en particulier des micros, petites et moyennes entreprises (MPME). L’appui au secteur privé est notre raison d’être et c’est justement cet objectif qui nous distingue de nos deux agences parentes : l’OMC et la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED).

L’OMC rend le commerce possible, elle abaisse les barrières tarifaires et elle discipline les barrières non tarifaires, à savoir, les normes, les règles de conformité, les procédures douanières qui constituent aujourd’hui plus des deux tiers de barrières au commerce.

La CNUCED quant à elle façonne les politiques commerciales et conseille les gouvernements afin d’optimiser le commerce et l’investissement international en faveur du développement.

Notre mandat a pour objet l'assistance technique liée au commerce et en particulier la promotion du commerce des pays en développement et notamment des PMAs tels que Madagascar. Notre mission est d’aider à la concrétisation d’opportunités commerciales en travaillant avec les gouvernements, les institutions d’appui au commerce et aux investissements ainsi qu’avec les MPMEs contribuant ainsi à l'objectif d'éradication de l'extrême pauvreté en accord avec les Objectifs du développement durable (ODD).

Dans ce contexte je suis venue vous porter deux messages essentiels :

Le premier est que le commerce n’est pas une fin mais un moyen, il n’est pas à lui seul un objectif mais bien un levier de croissance qui doit se réaliser par différentes mesures.

Le deuxième pourrait se résumer par une formule : bien qu’il n’y ait pas de recette unique, plusieurs ingrédients sont néanmoins indispensables à une politique commerciale efficace qui fonctionne en faveur d’une croissance inclusive : les femmes, les jeunes et l'innovation.

1. De la possibilité à la réalisation du commerce

A. Un commerce à plus haute valeur ajoutée


Un des défis majeurs de nos économies, c'est de capturer plus de valeur du commerce international. De passer de l'exportation des matières agricoles de base à l'agroalimentaire, des tissus à l'habillement, du raphia aux accessoires, des poissons aux conserves, des services à faible rendement à la télécommunication, au tourisme ou à l’informatique.

Beaucoup d'ingrédients sont nécessaires à cette montée en gamme et je vais en parler tout à l'heure. Mais un point me paraît crucial : c'est la qualité. Les normes, les institutions et surtout la formation en qualité des entrepreneurs demeurent essentiels, surtout pour un pays comme le Madagascar pourvu d’un énorme potentiel agricole.

B. Accord sur la facilitation des échanges pour réduire les coûts pour les MPMEs

Madagascar a rejoint la semaine dernière, le 20 juin dernier, la liste grandissante des Membres de l’OMC qui ont ratifié l’Accord sur la facilitation des échanges. Ceci montre l’importance que Madagascar accorde aux questions de connectivité, de transparence et d’amélioration du cadre des affaires pour des opérations commerciales simplifiées, sécurisées et rapides.

Ceci dénote aussi la nécessité de marier les besoins d’infrastructures physiques « le hard infrastructure » et les nécessaires ajustements pour optimiser l’usage des équipements et assurer une coopération efficace des acteurs « le soft infrastructure ». La facilitation des échanges à un rôle central à jouer à cet égard – faire en sorte que les marchandises puissent partir et être réceptionnées, de manière plus efficiente, de chaque côté du port quels que soient les océans ou les frontières. Si les tarifs appliqués au commerce sont aujourd'hui de l'ordre de 5%, les coûts liés aux passages en frontières sont autour de 10% et les barrières non-tarifaires entre 20 et 30%.

C. Intégration régionale et commerce sud-sud comme leviers

Madagascar appartient à plusieurs ensembles sous-régionaux : le COMESA, la SADC et la COI. Cette appartenance témoigne l’intérêt de votre pays pour l’intégration régionale. Avec 22 millions d’habitants et votre potentiel agricole, halieutique, minier et touristique, vous êtes incontournable dans les échanges commerciaux de la sous-région. Et le commerce Sud-Sud représente un potentiel en croissance. S’il y a 20 ans le commerce Sud-Sud ne représentait qu’environ 10% des échanges mondiaux, aujourd'hui on se rapproche d’un tiers du commerce mondial.

Vous avez également conclu un Accord de partenariat économique avec L'Union Européenne qui devrait vous permettre d’améliorer votre compétitivité et une mise à niveau de votre capacité d’offre pour répondre aux exigences de vos partenaires commerciaux de la sous-région mais également de l’UE.

Votre secteur privé devrait pouvoir tirer profit des opportunités commerciales existantes au niveau des marchés sous-régionaux. Pour cela il a besoin de s’appuyer sur des structures d’appui au commerce et aux investissements fortes, capables de les aider à s'internationaliser.

D. Le rôle des Institutions d’appui au commerce et à l’investissement et la construction d’un bon écosystème en faveur de l’internationalisation des MPME

Une rationalisation du dispositif institutionnel d’appui au développement des exportations et à la promotion des investissements permettra le développement d’une offre cohérente et robuste d’outils à la disposition de vos exportateurs et de vos investisseurs. Ce chantier semble avoir été entamé avec la formulation en cours de votre stratégie nationale d’exportation (SNE) et visiblement la création prochaine d'une agence de promotion des exportations. Tout ce nouveau dispositif devrait être bien articulé de manière à prendre en compte votre politique commerciale, votre politique d’investissements et vos priorités en termes d’assistance technique au commerce en direction des MPMEs.

C’est sur ce dernier aspect que le CCI peut vous être utile. Comment mettre en œuvre votre SNE tout en créant et renforçant votre agence de promotion des exportations afin qu’elle puisse déjà promouvoir les filières prioritaires d’exportation identifiées ? À l'image de ce que nous avons fait avec Maurice, Côte d'Ivoire, Jordanie ou encore Myanmar, le CCI est votre partenaire privilégié pour vous accompagner sur ce nouveau chantier qui vous permettra sur le moyen terme d’améliorer votre compétitivité à l’international.

2. Pas de recette unique mais des ingrédients nécessaires : Les PME sont une solution pour une croissance plus diversifié et inclusive.

La plus grande source inexploitée de croissance aujourd’hui ce sont les petites et moyennes entreprises (PME). Partout dans le monde développé et en développement les PME constituent plus de 95% du tissu entrepreneurial. Elles représentent plus de 70% des emplois dans le secteur privé au monde et surtout elles ont tendance à employer davantage les jeunes et les femmes. Le renforcement de la capacité de l'offre et de soutien à la croissance et la compétitivité des PME sont les piliers nécessaires au développement. De ce fait, ils doivent être au cœur de n’importe quelle stratégie de commerce et de développement.

A. L'entrepreneuriat des femmes et des jeunes

L'autonomisation économique des femmes fait partie intégrante des activités du CCI, ceci non pas simplement pour le bien des femmes, qui à elles-seules représentent la moitié de l’humanité, mais essentiellement parce que leur impact en matière de lutte contre la pauvreté et de croissance économique est direct et prouvé. C’est donc, et tout d’abord, du bon sens économique.

La pleine intégration des femmes dans le marché du travail ajouterait une économie supplémentaire de la taille de la Chine et des Etats Unis réunis. Et nous savons que jusqu’à 90% des revenus générés par les femmes sont réinvestis dans l’éducation, la santé, l’alimentation contre seulement 40% pour les hommes.

C'est pourquoi nous avons récemment lancé l'initiative "SheTrades" (Elle commerce) pour connecter un million de femmes entrepreneurs aux marchés internationaux pour 2020. Je suis heureuse de compter chaque fois plus de partenaires à nos côtés, tel que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans le soutien à l’entrepreneuriat féminin. L'initiative cherche également à agir sur sept domaines nécessaires à la participation des femmes au commerce international : accès au crédit, politiques commerciales, données, formation des femmes et achats publics entre autres.

Nous travaillons déjà dans ce domaine ici à Madagascar, avec des communautés de femmes qui travaillent le raphia dans le Parc national de Makira dans un programme mariant biodiversité, valeur ajoutée et femmes. Le CCI et la Société de conservation de la faune sauvage ont formé des femmes à des méthodes de récolte durables et à la confection de sacs et de chapeaux en raphia prêts à l’exportation ou à l’écotourisme de l’île. Ces femmes prennent conscience qu'elles peuvent, à la fois, tirer des bénéfices économiques de leur activité tout en préservant la biodiversité et en pérennisant l’usage de la nature et de l’environnement pour les générations futures.

B. Jeunesse, entrepreneuriat et commerce


Au regard de la jeunesse nous faisons actuellement face à une crise mondiale de l’emploi. Près de 500 millions de nouveaux emplois seront nécessaires dans les 15 prochaines années pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail. L’émergence de problèmes sociaux dans de nombreux pays et l’augmentation inquiétante du chômage mondial (près de 200 million de chômeurs en 2015, dont 75 millions de jeunes) montrent à quel point il faut être vigilant et proposer dès maintenant des solutions.

Le CCI prête une attention particulière à la formulation de solutions concrètes pour les jeunes grâce au commerce. Nous avons récemment lancé une initiative « jeunesse et commerce » en vue d’accompagner de jeunes entrepreneurs sur les marchés internationaux ainsi que sur les marchés en ligne.

Le commerce électronique offre d’exceptionnelles opportunités pour les PME d’accéder à de nouveaux marchés. Nous déclinons le programme cette année au Maroc, Sénégal et au Rwanda. Nous espérons aussi le faire ici à Madagascar avec une « vitrine du Made in Madagascar » pour promouvoir les produits malgaches offerts par les femmes et les jeunes entrepreneurs.

Tout ceci mettrait Madagascar sur la voie d’une croissance tirée par le commerce qui serait pourvoyeuse d'emplois de qualité. Pour que cette promesse devienne réalité, il faudra une approche concertée et volontariste de l'ensemble des acteurs au niveau gouvernemental, entrepreneurial et de la société civile. La compétitivité commerciale doit être votre fil conducteur afin de générer un environnement plus propice aux affaires.

C’est à la construction d’une économie forte, socialement juste et écologiquement durable que nous devons travailler. Madagascar pourra toujours compter sur le CCI pour l'accompagner.

Je vous remercie de votre attention.