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Le commerce à une époque de populisme croissant

11 avril 2018
ITC Nouvelles
Discours prononcé par la Directrice exécutive de l’ITC, Mme Arancha González, à l’Université Keio, Tokyo, le 2 novembre 2017

C’est toujours un plaisir de revenir à Tokyo et un grand honneur d’être ici à l’Université Keio.

Je comprends que cette université et par ricochet son fondateur, YukichiFukuzawa, a joué un rôle important dans le développement de la culture moderne japonaise de l’art oratoire et du débat public. Ce qui constitue un défi pour moi aujourd’hui : J’espère être à la hauteur !

Pour nous aider à réfléchir sur la menace qu’est le populisme et ses conséquences sur le commerce mondial et l’économie mondiale ouverte d’aujourd’hui, je veux esquisser comment nous sommes arrivés à ce point où nous sommes aujourd’hui. Je parlerai aussi de la place de mon organisation, le Centre du commerce international.

Le fait est qu’il y a une étrange dichotomie dans la façon dont nous envisageons le commerce de nos jours. Nous avons beaucoup de raisons d'être satisfaits du rôle que le commerce a joué dans notre prospérité collective. Et pourtant le scepticisme est répandu de nos jours, en particulier parmi les pays qui étaient autrefois de grands partisans du libre-échange et de l’ouverture des échanges. Scepticisme à l’égard du commerce, des accords commerciaux et du système commercial multilatéral lui-même.

Mais d’abord, pourquoi avons-nous des raisons d’être satisfaits ? Eh bien, parce que d’après la plupart des mesures objectives du développement humain, les choses ne se sont jamais aussi bien déroulées. Selon la Banque mondiale, l’année 2016 était la première dans l’histoire au cours de laquelle moins de 10 % de la population mondiale se trouvait en dessous du seuil de pauvreté de $1,90 par jour. Pas plus tard qu’en 1981, plus de 4 sur 10 d’entre nous vivions dans l’extrême pauvreté.

Nous, les humains, sommes aujourd’hui en meilleure santé, plus instruits et moins susceptibles de mourir pendant l’accouchement ou l’enfance que n’importe quelle génération précédente. Et ces améliorations se sont produites incroyablement vite : il a fallu au Royaume-Uni nouvellement industrialisé un siècle entier après les années 1820 pour parvenir à des réductions comparables de la pauvreté.

La cause principale de cette forte diminution de la pauvreté a été la croissance économique rapide, en particulier dans les pays en développement très peuplés comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Et bien qu’une grande partie de la reprise de la croissance soit liée à l’adoption de politiques intérieures axées sur le marché, l’ouverture de l’économie mondiale est un facteur essentiel d'accélération de la croissance.

Ce que nous considérons aujourd’hui comme le modèle moderne de croissance tirée par le commerce a en fait été plus ou moins inventé par le Japon au cours de sa renaissance économique d’après-guerre.

Dans les années 1960, les exportations japonaises ont augmenté en moyenne de près de 17 % par an, le pays s’étant diversifié dans l’automobile et l’électronique au détriment de la soie, des textiles en coton et d’autres produits manufacturés légers. Les entreprises japonaises ont acquis une réputation de pionnier en matière d’innovation dans la gestion des chaînes de montage, ainsi qu’un engagement de mise à niveau continue. La marque « Fabriqué au Japon » a évolué de la signification d’importations à bas prix à une assurance de haute qualité et d’attention au détail.

La force de l’exemple du Japon a inspiré un certain nombre de pays en développement afin qu’ils tentent de sortir de la pauvreté par le biais du commerce. Cela a fonctionné pour bon nombre d’entre eux. En permettant aux pays « d’importer ce que le monde produit et d’exporter ce qu’il recherche », l’ouverture des marchés leur permet de placer la « transformation structurelle » au centre du processus de développement.

Les pays d’Asie, de la Corée à Singapour en passant par la Thaïlande, puis la Chine et, plus tard encore, l’Inde, ont été en mesure d’utiliser la demande internationale pour faire sortir les populations et les entreprises de l’agriculture de subsistance aux entreprises productrices de biens et services plus échangeables et rentables. La croissance a grimpé en flèche. Les taux de pauvreté ont chuté.

Je vais revenir sur ce point, mais je veux que vous vous en souveniez : la réglementation internationale a joué un rôle important dans le maintien de l’ouverture et de la prévisibilité des marchés. Après l’adhésion du Japon à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce en 1955, il a eu accès à des conditions claires et progressivement plus ouvertes aux plus grandes économies du monde. Les entreprises japonaises pouvaient s’engager à investir dans des usines, en sachant que leurs produits ne seraient pas exclus des marchés d’exportation.

Nous savons que les prouesses croissantes du Japon en matière d’exportation n'ont pas manqué d'heurter les concurrents, aux États-Unis et partout ailleurs. Les « restrictions volontaires à l’exportation » sont devenues une préoccupation plusieurs années plus tard. Mais dans l’ensemble, les marchés sont restés ouverts aux exportations japonaises, et la porte ne s’est pas refermée sur son miracle de croissance.

Jusqu’à présent, au moins, les marchés internationaux sont restés largement et de manière prévisible, ouverts. En 1995, le GATT est devenu l’Organisation mondiale du commerce, élargissant la couverture des règles du commerce mondial.

Avec la baisse des coûts des transports et des communications, l’ouverture des marchés a permis une révolution dans la nature de la production industrielle. Au lieu de produire des biens du début à la fin dans une même usine, les entreprises pouvaient désormais délocaliser chaque étape du processus de fabrication dans quelque partie du monde où coûts de production sont les plus avantageux. Et nous nous sommes beaucoup plus orientés vers le commerce des composants plutôt que vers le commerce des produits finis.

Dans les années 1970, les entreprises japonaises ont concouru à jeter les bases de l’actuelle « usine Asie » en investissant dans la production de transistors à bas prix à Hong Kong, par exemple. Aujourd’hui, des chaînes de valeur multi-pays relient les entreprises américaines, japonaises et coréennes aux usines situées près de la ville de Ho Chi Minh et aux parcs de bureaux à Bangalore.

L’ouverture des marchés des biens et des services, enchâssée dans l’ordre multilatéral fondé sur des règles, est un facteur clé de la croissance rapide de « rattrapage ».

Cela ne signifie pas que tous les pays ou toutes les couches de population ont bénéficié de cette croissance tirée par le commerce. De nombreux pays en développement, et même certains groupes dans les pays développés, ont été laissés en marge de la société. Loin de se rattraper, ils ont pris encore plus de retard en termes relatifs, ce qui a conduit à les décrire comme le milliard du bas de la pyramide. Même dans les pays en développement à croissance plus rapide, de nombreuses personnes et communautés au bas de la pyramide, les femmes, pire que les autres groupes, n'ont pas pleinement bénéficié de la prospérité.

Le Centre du commerce international, l’organe de renforcement des capacités commerciales de l’OMC et des Nations Unies, cherche à permettre aux entreprises de ces pays et communautés de se connecter aux marchés internationaux. Nous nous concentrons sur les micros, petites et moyennes entreprises parce qu’elles emploient la plupart des personnes. Nous soutenons les gouvernements pour l'amélioration de leur environnement politique. Nous soutenons les agences nationales et régionales de promotion du commerce et de l’investissement pour qu'elles améliorent la capacité des MPME à s'internationaliser. Et nous intervenons directement auprès des MPME elles-mêmes, depuis les tisserands de soie au Cambodge et au Bangladesh jusqu’aux entreprises de technologie de pointe pour producteurs de soja au Togo, pour leur permettre de répondre aux exigences du marché de l’exportation et d'entrer en contact avec les acheteurs étrangers.

En outre, l’ITC crée des outils en ligne que les entreprises peuvent consulter pour comprendre les tendances du marché et les obstacles au commerce en menant des recherches et des analyses de base sur la compétitivité des MPME. Dans toutes nos interventions, nous mettons un accent particulier sur la collaboration avec les entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. En effet, lorsque ces deux groupes sont en mesure de tirer parti du commerce international, les avantages socio-économiques sont particulièrement élevés et durables.

Nous avons vu à quel point le commerce est utile pour les pays en développement. Mais qu’en est-il des pays qui sont déjà développés ? Le commerce est-il important pour les pays où la technologie est déjà avancée ?

C’est le cas, même si les effets ne semblent pas toujours être aussi visibles. Le commerce est un outil pour une plus grande productivité, parce qu’il permet la spécialisation et la production à l'échelle. Grâce à l’ouverture du commerce, notre argent n’a plus de frontière. Sans la chaîne de valeur internationale qui le fabrique, votre téléphone n’existerait pas ou, si c’était le cas, il coûterait beaucoup plus cher.

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui ? L’ouverture de l’économie mondiale a permis la réduction la plus rapide de la pauvreté dans le monde. Elle a augmenté votre pouvoir d’achat et le mien, élargi le choix des consommateurs et rendu possible et abordable de nouvelles inventions. De plus en plus, nous échangeons des idées et créons un écosystème pour les emplois et les compétences de demain.

Mais comme je l’ai dit au début, le scepticisme abonde, en particulier dans l’Atlantique du Nord, épicentre de la crise financière de 2008-09.

Le Brexit avait beaucoup de facettes, mais à un certain niveau, il est une décision du Royaume-Uni de quitter le plus grand marché commun du monde. La campagne qui a mené l’actuel président des États-Unis à la victoire a ouvertement critiqué la réglementation commerciale et ses effets sur les travailleurs américains.

En réalité, nous avons également assisté à une dynamique politique en faveur du commerce, une sorte de réaction à ce contre-coup. L’accord commercial entre l’Union européenne et le Japon en est un exemple. Il en va de même des mesures prises par les autres membres du Partenariat trans-pacifique pour faire avancer cet accord, même sans Washington.

En Asie, où le soutien au commerce est resté généralement plus élevé, les pourparlers se poursuivent en vue d’un partenariat économique régional global qui relierait les dix pays de l’ANASE avec le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée et l’Australie. Même en Asie, il convient de noter que les gouvernements les plus enthousiastes à l’égard du commerce ont tendance à avoir des comptes courants excédentaires : nous semblons tous plus désireux d’exporter que d’importer. Cette tendance ne peut perdurer à l'échelle mondiale, à moins qu'en tant que planète, nous ne parvenions à ouvrir un commerce d’exportation lucratif avec une autre planète lointaine inconnue !
Néanmoins, la menace populiste qui pèse sur le commerce est réelle, en particulier des deux côtés de l’Atlantique, et doit être prise en compte par les gouvernements et les entreprises partout dans le monde.

Le commerce est par nature une activité à somme positive : Je fais du commerce avec vous, et vous avec moi, parce que nous pensons tous que les échanges nous permettent d’améliorer notre situation. Mais les populistes croient qu’il existe des gagnants et des perdants, et non des échanges à somme positive.

Bien que nous n’ayons pas assisté à un recours généralisé aux mesures protectionnistes, la rhétorique à elle seule commence à affecter les modèles de commerce et d’investissement. Imaginez que vous êtes une entreprise sur le point de signer des contrats pour investir dans un pays X. Si l’accord commercial garantissant son accès au marché des pays voisins Y et Z semble devoir être déchiré, vous pourriez y réfléchir à deux fois avant de signer le vôtre avec lui.

Pourquoi la politique anti-commerciale s’avère-t-elle si populaire ? Une grande partie de la réponse est qu’il n’y a pas eu une mais deux grandes exclusions des avantages de la mondialisation.

La première exclusion est celle dont je viens de parler : les pays pauvres et les communautés qui languissent en marge de l’économie mondiale.

La deuxième exclusion comme je l’ai laissé entendre plus tôt, ne s’est pas produite dans les pays les plus pauvres du monde, mais dans les pays les plus riches. Dans les économies avancées, certaines personnes et communautés n’ont pas partagé les gains et les opportunités découlant du commerce. En raison de leur poids électoral collectif et de la puissance des pays d’où ils proviennent, c’est cette deuxième exclusion qui est à l’origine de l’incertitude quant à l’avenir de l’économie mondiale ouverte.

Le fait est que, pour la génération passée, dans plusieurs économies avancées, les dirigeants politiques n’ont pas reconnu que le commerce nuirait à certains travailleurs, même s’il enrichit l’ensemble des pays. Quelques-uns de ces emplois d’usine au Vietnam ont probablement été créés aux dépens des travailleurs du Nord de l’Angleterre ou de la France. Au lieu d’utiliser les politiques fiscales, du travail et de l’éducation pour remédier aux effets négatifs, les gouvernements ont trop souvent fait le contraire. Au lieu de doter les travailleurs déplacés de compétences et de filets de sécurité, la politique a eu pour effet d’accroître leur exposition à l’insécurité des revenus et de l’emploi.

Résultat : certains groupes ont subi les pires conséquences de l’ajustement économique, tandis que les gains les plus importants ont été réalisés par quelques privilégiés. Ce que j’appelle le ratio 99:1. Leur vote exprime à présent leur mécontentement. Même si les changements technologiques ont causé beaucoup plus de pertes d’emplois, le commerce est devenu un bouc émissaire, puisqu’il est plus facile de blâmer les étrangers que de s’opposer aux avancées technologiques.

Malheureusement, tant pour les populistes que pour leurs partisans, le protectionnisme ne peut pas tenir ses promesses. La lenteur de la croissance de la productivité est déjà un sujet de préoccupation dans la plupart des économies avancées ; et la fermeture des marchés l'aggraverait. Il deviendrait plus difficile, et non plus facile, de répondre aux aspirations des électeurs tout en payant les factures croissantes de santé et de retraite des sociétés vieillissantes. Dans le même temps, pour les pays en développement, des marchés fermés signifient une diminution des possibilités de développement.

Le protectionnisme est une réponse intellectuellement paresseuse aux défis de la mondialisation et du changement technologique. Se refermer sur le monde ne peut pas fonctionner mieux pour nous aujourd’hui que pour le Tokugawa bakufu.

Pour ce qui est de l’avenir, le Japon a plusieurs leçons à offrir au reste du monde en ce qui concerne les deux types d’exclusion.

Le Japon œuvre depuis des dizaines d'années à intégrer les pays exclus dans l’économie internationale. Afin de disséminer son expertise institutionnelle nationale en ce qui concerne la promotion de l’apprentissage technologique et une plus grande productivité, le Japon a créé l’Organisation asiatique de productivité à Manille en 1961. Et en 1978, au moment où la Chine a commencé à poursuivre ses réformes du marché, le Centre japonais de la productivité a ouvert un bureau en Chine. Il est aujourd’hui possible pour les entreprises japonaises de collaborer avec le gouvernement et les agences internationales à l’instar de l’ITC pour encourager la production orientée vers l’extérieur et la création de valeur ajoutée en Afrique et partout ailleurs .

En ce qui concerne la croissance inclusive au sein des économies avancées, le Japon a également des leçons à offrir.

Cela peut sembler surprenant pour certains d’entre vous. Lorsque vous vous préparez à intégrer le marché du travail, vous êtes sans aucun doute conscient de l’écart entre les perspectives d’emploi pour les personnes qui obtiennent de bons emplois permanents dès la fin de leurs études universitaires et celles qui se retrouvent avec une succession d’emplois à court terme tout au long de leur carrière. Bien qu’en tant que diplômés de Keio, vous vous en tirerez probablement très bien, il s’agit là de véritables défis qui exigent de vraies réponses politiques.

À l’ITC, nous avons un intérêt égoïste à ce que les entreprises japonaises embauchent davantage à mi-carrière : il serait plus facile pour les jeunes Japonais passionnés par les MPME et le développement axé sur le commerce de venir travailler avec nous pendant un certain temps !
Mais pour en revenir aux leçons du Japon pour les économies avancées, comparez les résultats de ce pays en matière de croissance et d’inclusion à ceux d'autres pays ayant des niveaux de développement similaires. Même après 1990, la production par habitant a assez bien résisté.

Le Japon se distingue par une répartition relativement égale des revenus. Les fruits du miracle économique japonais d’après-guerre ont été très largement partagés et l’inégalité des revenus reste relativement faible. Il est important de noter que cette égalité relative est réalisée principalement par le biais des revenus du commerce et non, comme au Canada et dans certaines parties de l’Europe, par le biais des taxes et des transferts. Les profits des petites et moyennes entreprises ont atteint des sommets record. Dans les grandes entreprises cotées en bourse, les PDG japonais gagnent environ 67 fois plus que les ouvriers. Le ratio aux États-Unis est d’environ 347 pour 1. Les entreprises japonaises paient une part plus élevée des recettes fiscales totales par rapport à leurs homologues de nombreuses autres grandes économies avancées.

Une plus grande égalité entre les sexes dans l’économie favoriserait la croissance ici et un peu partout ailleurs. Et même si les femmes présentes dans cette salle peuvent sourciller à l’idée que le Japon soit un leader politique sur les problématiques de genre, la vérité est qu'il a réalisé des progrès très perceptibles ces dernières années.

Selon les données de l’OCDE, le taux d’activité des femmes au Japon a augmenté de trois pour cent entre 2011 et 2014, ce qui a permis de compenser les effets du vieillissement rapide de la population active du pays. Beaucoup reste à faire pour l’amélioration : Les femmes japonaises sont encore largement sous-représentées dans les postes de direction. La culture d’heures supplémentaires prolongées ne favorise pas les parents de l’un ou l’autre sexe. Mais des signes de volonté politique en vue d’une amélioration sont visibles : après sa récente réélection, l’une des premières promesses du Premier ministre Abe était la gratuité de l’enseignement préscolaire.

Les inclusions nationale et internationale sont deux moyens de combattre le populisme commercial. Dans les deux cas, il faut du temps.

Parallèlement, le Japon peut continuer à plaider activement en faveur d’un commerce ouvert et plus important encore, en faveur d’une coopération institutionnalisée fondée sur des règles en matière de relations commerciales. Lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce qui se tiendra à Buenos Aires en décembre prochain, par exemple, le Japon pourrait appuyer l’adoption d’une proposition de déclaration sur le commerce et l’autonomisation économique des femmes. Aux niveaux régional et bilatéral, il pourrait veiller à ce que les accords commerciaux soient complétés par un soutien ciblé afin que les MPME soient en mesure d’exploiter de nouvelles opportunités de marchés.

Tant au Japon que partout ailleurs dans le monde, la croissance et la création d’emplois semblent enfin se redresser de manière décisive. Le protectionnisme présente un des plus forts potentiels de menaces pour l’économie et pour la coopération internationale dans les domaines tels que le changement climatique. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser le multilatéralisme et la gouvernance mondiale échouer.