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Il est temps de planifier l'après COVID-19

3 avril 2020
ITC Nouvelles

Personne n'aurait pu prédire ce que l’année 2020 nous réservait. Des expressions telles que « distanciation sociale », « confinement » et pandémie ne figuraient pas dans notre lexique. À l'approche de la fin du premier trimestre de l'année, nous sommes confrontés à l'un des plus grands défis de notre génération.

Nous connaissons que trop peu le future après le COVID-19. Mais nous savons que tout sera radicalement différent. Les plus vulnérables dans le monde sont en première ligne : les personnes âgées, les personnes dans le besoin, les individus n’ayant pas accès aux soins de santé, les personnes fragiles présentant des pathologies telles que le diabète, l'hypertension et le cancer et enfin, ceux qui se pensent invincibles et qui ne respectent pas les mesures de précaution imposées.

Ce n'est pas le moment de fanfaronner ou bien d'ignorer les conseils du gouvernement : il faut se recentrer sur la notion de communauté et sur les soins de santé. Comme l’a récemment déclaré la ministre des Affaires étrangères de l’Espagne (et mon ancienne directrice au Centre du commerce international) Arancha González, « c’est le moment de renforcer notre citoyenneté ». Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres a également fait écho à cette déclaration en affirmant que la pandémie « met en évidence le degré d’interdépendance entre tous les êtres humains ».

Il y aura un avant et un après COVID-19, au même titre qu’il y a eu un avant et un après 11 septembre. Nous sommes en plein bouleversement. Notre façon de travailler a été entièrement transformée en l'espace d'un mois. Le télétravail a prouvé son efficacité et la technologie sa valeur. C’est le bon côté. Mais la réalité est que bon nombre d'emplois seront menacés. Le Bureau international du Travail a estimé que près de 25 millions d'emplois dans le monde pourraient être perdus en raison du COVID-19.

Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) constituent l'épine dorsale des économies, employant souvent 70% des salariés d'un pays. Pour les Caraïbes et la Barbade, ce chiffre s’élève probablement à 98% de tous les salariés non gouvernementaux travaillant dans des petites entreprises. Des effets dramatiques se feront ressentir au sein des MPME, beaucoup n'ayant que le fonds de roulement pour se maintenir à flot pendant des semaines. Beaucoup perdront leur emploi, et si nous nous appuyons sur les expériences passées, beaucoup de ces emplois seront ceux occupés par des femmes. L'impact socio-économique sera démesuré.

Les gouvernements du monde entier s'efforcent de mettre en place des politiques pour atténuer et endiguer la crise et consolider leurs MPME. Les gouvernements disposant d’une politique fiscale et de réserves solides sont mieux armés. À contrario, d’autres pays qui se remettent à peine de la crise financière de 2008, en particulier les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement, se trouvent dans des situations plus précaires. Il est possible d’envisager que non seulement les entreprises, les compagnies aériennes et les industries seront en faillite, mais également certains États. Nous devons éviter cela.

Il s'agit désormais d'un problème mondial, que seule une solution globale avec des ajustements locaux pourra résoudre. Au lieu de se retirer de la coopération pour le développement et des investissements mondiaux, nous devons nous concentrer davantage sur l'aide qui soutiendra les économies de nos pays, en particulier les plus vulnérables. Cela impliquera de continuer à soutenir l'écosystème des MPME et d'utiliser la politique commerciale comme moteur de progrès, plutôt qu’un instrument de protectionnisme et de répression.

Qu'est-ce que cela signifie pour la Barbade et les Caraïbes ? C'est une opportunité pour se pencher sur les chaînes de valeur régionales. Les chaînes de valeur mondiales étant endommagées par cette crise économique contagieuse, il est clair que les économies qui se trouvent à l’extrémité de cette chaîne sont les plus touchées, celles qui sont dépendantes des importations. Nous devons repenser non seulement nos priorités de production dans la région, mais également la facilité avec laquelle ces biens et services franchissent les frontières. Tous les traités CARICOM entrent en scène, le moment est venu de les mettre en œuvre. Nous devons examiner de plus près des aspects tels que la coopération régionale dans les domaines de la santé, de la sécurité et du travail. Nous devons examiner comment créer des chaînes de valeur locales pour des équipements de protection, des produits d'hygiène, des produits pharmaceutiques, des équipements médicaux et tests de diagnostic. Des initiatives telles que des distilleries de rhum de la région se diversifiant dans la production de désinfectants pour les mains est un bon début.

Et nous devons renforcer nos MPME.

Premièrement, continuons d'investir dans l'économie numérique. L'avenir des emplois, comme nous avons pu l’observer ce mois dernier, réside dans l'utilisation de la technologie pour être flexible et productif. Nous savons que les décisions d'investissement des entreprises dépendent des pays disposant d'un bon écosystème numérique. Ceci sera d’autant plus critique à l'avenir.

Deuxièmement, les compétences, en particulier pour les jeunes. Ce confinement a prouvé le potentiel de l'apprentissage en ligne. L’académie commerciale pour les PME de l’ITC n'est qu'un exemple parmi des centaines d’autres plates-formes à travers le monde qui offrent l’opportunité de renforcer des compétences. De nombreux secteurs dans la région auront très probablement besoin de plusieurs années pour se rétablir, notamment le secteur du tourisme, de l'hôtellerie et de l'industrie des services. C'est l'occasion de planifier l’amélioration des compétences et de la formation.

Troisièmement, il faudra une approche concrète et précise de l'assistance fournie aux MPME pendant et après cette récession. Des réductions d'impôts ou des allégements fiscaux, le renforcement des capacités, le financement concessionnel et des prêts à taux d'intérêt nul ou faible sont quelques-unes des mesures qui devront être mises en œuvre si nous voulons minimiser l'impact de cette crise sur l'ensemble de l'économie.

Quatrièmement, comment reconstruire et repenser le secteur économique le plus important de la région : le tourisme. Nous ne devons pas nous leurrer, l'industrie du tourisme et des voyages se décime. Certaines compagnies aériennes se replieront, d’autres réévalueront leurs itinéraires. Les voyages deviendront probablement un luxe pour la classe moyenne. Les classes populaires seront quant à elles occupées à reconstruire leur vie plutôt que de voyager dans un paradis tropical. Qu'est-ce que cela signifie pour la Barbade et les pays de la région ? Profitez-en pour repenser et reconstruire l'offre touristique. Il faudra une approche marketing plus agressive de l'offre touristique régionale, davantage d'investissements dans les itinéraires de transport entre les îles, accéder de manière plus ciblée aux marchés non traditionnels en Asie, en Afrique, en Europe centrale et au Moyen-Orient et enfin, repenser notre offre touristique – au-delà de la mer et du sable, offrir une réelle expérience. Ce ne sera pas facile, mais c'est nécessaire.

Ce sont des temps difficiles pour le monde entier. Dans les Caraïbes et à la Barbade, notre économie va se transformer. Nous avons le leadership, nous avons le capital humain, mais surtout, nous n'avons tout simplement pas le choix.