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Discours prononcé par la Directrice exécutive de l’ITC à la Conférence de coopération économique régionale sur l’Afghanistan (Recca VII)

10 avril 2018
ITC Nouvelles
Discours prononcé par la Directrice exécutive de l’ITC, Mme Arancha González, à la Conférence de coopération économique régionale sur l’Afghanistan (Recca VII)
15 novembre 2017 - Ashgabat, Turkmenistan

Mesdames et messieurs, bonjour,

Je tiens à féliciter le Turkménistan d’avoir accueilli la septième édition de la Conférence de coopération économique régionale sur l’Afghanistan, une occasion importante pour les gouvernements régionaux et les partenaires internationaux d’apporter leur soutien à l’Afghanistan.

C’est ma première visite à Achgabat, mais en fonction du peu que j’ai vu, je peux déjà vous dire que ce ne sera pas la dernière !

L’ITC est un ami de l’Afghanistan, que nous avons accompagné dans son adhésion à l’OMC et que nous soutenons maintenant pour bénéficier de son appartenance à cette organisation.

Je ferai trois remarques sur la thématique de coopération économique régionale et de la connectivité régionale.

Premièrement, pour que l’initiative RECCA produise plus d’avantages pour une meilleure redistribution des fruits de la croissance en Afghanistan et dans la région en général, il faut une intégration économique à une échelle plus élargie qu'il n'en est le cas jusqu’à présent.

Le commerce régional n’est pas un simple choix pour l’Afghanistan mais une nécessité. C’est particulièrement vrai pour les micros, petites et moyennes entreprises qui représentent l’essentiel de son économie et génèrent la grande majorité d'emplois. Il en va de même pour tous les pays de la région, à l’instar du Turkménistan.


Les résultats de la recherche phare de l’ITC, Perspectives de compétitivité des PME soulignent l’importance du commerce régional pour une croissance inclusive :

- Premièrement, le commerce régional est important pour les MPME, parce qu’elles recherchent généralement des partenaires rapprochés pour leurs premières opérations transfrontalières.

- Deuxièmement, les chaînes de valeur régionales sont plus faciles d’accès que les chaînes mondiales.

- Troisièmement, les cadres commerciaux régionaux fiables combinant le commerce et l’investissement stimulent l’activité de la chaîne de valeur. Ces cadres stimulent également la compétitivité des MPME, rendant la croissance plus inclusive.

Ceci m’amène à la deuxième partie de mon propos. La connectivité économique ne se limite pas à la construction d’infrastructures physiques à l’instar des routes et chemins de fer. Il s’agit aussi de développer des infrastructures adaptées : des politiques et institutions qui facilitent le commerce dans toute la région.

Certains des défis les plus pressants pour le commerce en Afghanistan proviennent des mesures tarifaires. Par exemple, les exportations agricoles afghanes ont souvent du mal à respecter les normes de santé et de sécurité sur les marchés régionaux. En outre, elles souffrent souvent de retards dans les opérations transfrontalières en raison de régimes d’inspection et d’installations inefficaces ou inadéquats.

Mais les droits de douane constituent également une entrave : les principaux produits d’exportation comme le coton, les fruits, les légumes et les tapis sont soumis à des droits de douane de 20 à 80 % dans certains pays voisins de l’Afghanistan.

Et la facilitation du commerce est une autre thématique importante. Le coût des exportations est de plus de 44 % plus élevé pour les entreprises afghanes que la moyenne de leurs homologues des PMA et de l'Association sud-asiatique de coopération régionale (ASACR). Le délai d’exportation est de 60 % plus long.

Le manque d’infrastructures matérielles ralentit la circulation des biens entre l’Afghanistan et ses voisins. Mais des procédures frontalières longues, coûteuses ou fastidieuses, des réglementations inadéquates et un manque de connaissances de la part des commerçants sont également en quelque sorte responsables de ces retards.

L’infrastructure matérielle est donc une condition nécessaire mais insuffisante pour le commerce régional. Elle doit être complétée par des réformes politiques et institutionnelles et le renforcement des capacités afin d’obtenir les réductions les plus importantes des coûts de transport et de transit

Mon troisième point est que les gouvernements ne peuvent à eux seuls favoriser l’intégration régionale. Pour être efficace, l’intégration régionale doit se situer dans une « logique d’entreprise » qui reflète également les besoins des MPME.

La participation du secteur privé est essentielle si nous souhaitons faire de l’intégration régionale un catalyseur efficace d’accroissement du commerce, de la croissance et du développement.

Pour accélérer les initiatives de la RECCA, il faut une plus grande participation du secteur privé et davantage de mécanismes de consultation des acteurs des secteurs public et privé qui permettent de faire entendre les besoins et les préoccupations pratiques des entreprises de toutes tailles.

Ce sont les entreprises qui font du commerce une réalité. Leur apport est essentiel à la recherche de solutions visant à stimuler les flux commerciaux dans toute la région.

L’appui de l’ITC est tout à fait en ligne avec les objectifs de la RECCA.

Grâce à l’initiative « Advancing Afghan Trade » financée par l’UE, nous soutenons les PME pour qu'elles surmontent la pléthore de défis qui rendent difficiles, voire impossible, leur accès aux marchés régionaux et au-delà.

Nous soutenons les institutions gouvernementales pour le renforcement de leur capacité à formuler et à mettre en œuvre des stratégies et politiques commerciales et à faciliter la circulation transfrontalière des marchandises. Comme je l’ai dit plus tôt, de nombreuses entreprises afghanes sont aux prises avec des normes internationales en matière de santé et de sécurité, et c’est pourquoi nous intervenons pour améliorer la qualité des produits et l’infrastructure locale en vue d’obtenir la certification de conformité.

Enfin, nous habilitons les entreprises afghanes à mieux saisir les opportunités découlant de l’adhésion à l’OMC.

Bien qu’une année seulement se soit écoulée depuis sa mise en œuvre, le projet a déjà fortement concouru à la cohérence des politiques et de la réglementation. Il a permis d’élaborer une stratégie nationale d’exportation ciblant les mesures nécessaires au développement des secteurs d’exportation à fort potentiel de croissance et d’emploi. Il a également favorisé la mise en œuvre d’une Politique nationale du commerce visant à améliorer la compétitivité du pays à l’exportation.

En outre, il a facilité le renforcement des capacités institutionnelles grâce à des partenariats, notamment entre le ministère afghan du Commerce et de l’industrie et le Centre d’études de l’OMC à New Delhi.

Au bout du compte, le projet permet à l’Afghanistan de mettre en œuvre l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges.

La clé de cette initiative réside dans un dialogue public-privé continu et régulier destiné à réaliser un consensus sur la façon de mettre en place les politiques et d’améliorer le commerce. Les femmes entrepreneurs et les associations d’entreprises dirigées par des femmes ainsi que les jeunes entrepreneurs ont joué un rôle déterminant dans les processus consultatifs du projet, car leur succès sera au cœur de l’avenir économique du pays.

L’ITC reste déterminé à poursuivre son soutien à l’Afghanistan. Nous sommes par ailleurs convaincus que les interventions porteuses pour l’Afghanistan peuvent l'être pour ses voisins ; c’est pourquoi nous étendons notre soutien aux pays de cette région, de l’Azerbaïdjan au Tadjikistan, du Pakistan au Kirghizistan. C’est aussi le progrès que j’espère réaliser en collaborant avec le Turkménistan. Je vous prie de considérer l’ITC comme un partenaire en matière de développement du commerce pour le bien de tous.

Je vous remercie pour votre attention.