Speeches

Discours de la Directrice Exécutive du Centre du Commerce International à la Conférence sur le financement de la croissance verte en Afrique

19 juin 2018
ITC Nouvelles

Madame le Ministre Anne Désiré Ouloto,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs de la société civile et du secteur privé,
C'est un honneur pour moi d'être ici à Abidjan avec vous aujourd'hui.

Au nom du Centre du Commerce International (CCI), je voudrais remercier le gouvernement de la Côte d'Ivoire, la Banque Africaine de Développement, le Fonds Africain de Garantie et le Fonds Nordique de Développement d'avoir collaboré avec nous pour organiser cette conférence sur le financement de la croissance verte en Afrique. C’est un sujet au cœur de l’action du Centre du commerce international en tant qu’agence des Nations unies et l’Organisation mondiale du commerce pour l’internationalisation des PME dans les pays en voie de développement.

C’est un sujet indispensable à une croissance durable qui puisse permettre au continent africain de profiter pleinement des opportunités de marché aussi bien que d’honorer les engagements de l’Accord de Paris sur le changement climatique. Une croissance durable c’est aussi l’axe central des Objectifs de développement durable des Nations Unies.

Pour cela, nous pensons qu’il faut travailler au niveau des PME. Elles constituent l'épine dorsale de nos économies, générant plus de 60% de nos emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes. Et nous savons qu’une PME qui exporte est une PME plus productive, plus compétitive et qui prodigue de meilleurs salaires.

Et nous savons aussi qu’un des problèmes des PME en Afrique comme ailleurs c’est l’accès au financement qui handicape la compétitivité mais aussi la transition écologique.

En Côte d'Ivoire, la volonté d’investir dans les PME vertes se couple avec le besoin d’innovation et de transfert de technologie, comme en témoigne la déclaration commune d’engagement en faveur de la finance verte signée à Abidjan le 21 juin 2017.

Les PME ivoiriennes ont souvent du mal à accéder au financement, y compris pour du financement vert, auprès des institutions financières. Les lignes de crédit et les mécanismes de garantie ne manquent pas, et pourtant ils restent sous-utilisés.

Pour y remédier, je voudrais proposer trois pistes d’action:

1- Adapter l’ingénierie financière à l’analyse risque des PME.

Les PME reçoivent souvent un score d'évaluation des risques plus faible que leurs propositions le méritent en raison des outils de notation des risques non adaptés à leurs structures, de leur manque de connaissance des exigences des prêteurs, de leur préparation incomplète et de l'absence de garantie. Là nous sommes au cœur du travail que nous menons avec le Fonds africain de garantie afin de réduire les risques et de mieux identifier les opportunités de prêt et d’investissement en faveur d’entreprise à haut potentiel de croissance verte.

Sans aucun doute, le secteur des services financiers à un rôle important à jouer. Les processus d'évaluation des risques standardisés adaptées aux grandes entreprises ont tendance à surestimer les risques de défaillance présentés par les PME, ce qui entraîne souvent le refus de financement, ou un coût du capital élevé et décourageant. En adaptant la manière dont les propositions sont évaluées, le secteur des services financiers pourrait éventuellement soutenir des projets d'investissement dans l'énergie durable, la gestion écologique des ressources et les services verts.

C’est ainsi que le CCI offre des services de conseil pour encourager les institutions financières à appliquer des pratiques d’évaluation de risques plus adaptées aux PME favorisant les propositions de financement des PME vertes.

Mais cela nécessite des connaissances précises et des données sur le potentiel et la structure des PME que le CCI peut apporter aux institutions financières afin de réduire les coûts de conformité aux règles prudentielles. Par exemple, nous fournissons aux principales banques de Zambie une fiche détaillée des PME à faible risque au travers de leur propres système informatique de candidature.

2- Création d’un écosystème d’appui à la compétitivité de la PME
  
Ceci passe bien évidemment par des réformes pour améliorer l’environnement des affaires et l’adapter aux entreprises. Mais pas uniquement. Il faut aussi des mesures techniques, un renforcement des capacités humaines tant qu’institutionnelles pour créer une confiance de tous les acteurs. C’est ce que j’appelle la mise en place d’un écosystème propice à faire croître les microentreprises en petites, les petites en moyennes et les moyennes en grandes entreprises ; un écosystème pro-PME.

C’est dans cet esprit que nous allons lancer lors des prochains mois des « Hub verts » regroupant le secteur privé, publique et académique pour assurer le transfert des connaissances sur l’économie verte aux PME.

A cette égard les efforts de la Côte d’Ivoire sont sans conteste – nous travaillons main dans la main, avec le Ministère de la Salubrité et de l’environnement, celui du Commerce et de l’industrie, et des Finances, mais aussi avec l’agence de promotion au commerce (APEXCI), l’Agence de développement des PME (ACIPME), la chambre de commerce et d’industrie (CCICI), ou encore les institutions de contrôle de la qualité et de la certification.

Un exemple fort intéressant a été notre collaboration avec la Cour d'arbitrage de Côte d'Ivoire (CACI) pour éviter les procédures d’arbitrage longues et couteuses, renforcer la capacité institutionnelle et sensibiliser les entreprises ivoiriennes à la médiation. Cette collaboration a permis la mise à disposition de services de médiation fiables permettant d’améliorer d’une manière significative l'environnement des affaires, en particulier pour les PME.

Un écosystème pro-PME aide à l’amélioration de la compétitivité des entreprises et en retour les plus compétitives accèdent plus facilement au financement.

3- Approfondir l’intégration économique et commerciale régionale et continentale

L’efficacité de la zone douanière de l’UEMOA est loin d’être à 100% de son potentiel. Les investissements ne viendront que si les opérateurs économiques ne peuvent prospérer sur un marché de taille significative. A cet égard je salue l’initiative d’un Accord de libre-échange continental africain ; sa réalisation est d’une importance capitale pour le développement de l’Afrique et je salue la Côte d’Ivoire, les Commissions de l’UEMOA et de la CEDEAO pour avoir joué un rôle leader dans la conclusion de l’Accord de Kigali en mars dernier.

C’est aussi un des objectifs principaux de l’action du Fonds africain de garantie – unifier le continent avec un mécanisme de garantie offert à toute l’Afrique.

L'objectif global du mécanisme de garantie verte est de promouvoir la croissance verte et le développement résilient aux changements climatiques dans les économies africaines en catalysant les prêts bancaires aux PME pour des projets et des investissements liés à l'adaptation et à l'atténuation du changement climatique pour le continent.

C’est pourquoi nous sommes heureux de pouvoir coopérer avec la BAD qui apporte son expertise en matière d’accès au financement, le Fonds africain de garantie qui apporte son expertise de réduction des risques au financement et le CCI qui apporte son expertise à l’amélioration de la compétitivité des PME.

Au cours des sessions de formation conjointes, les institutions financières apprendront davantage sur la nouvelle facilité de garantie verte qui peuvent aider à réduire les exigences de garantie pour les PME.

Nous espérons que de nombreuses institutions participant à l'événement aideront les PME à jouer un rôle central dans une transition à faible émission de carbone et sans pollution.

Merci de votre attention.