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Autonomiser les femmes malgaches par le biais d'une production de raphia tenant compte du climat

22 janvier 2018
ITC Nouvelles
Le défi

Dans les pays en développement, la pauvreté rurale très répandue peut être difficilement compatible avec la protection de la biodiversité. Alors que beaucoup de personnes ne comptent sur les ressources naturelles que pour satisfaire leurs besoins de subsistance, d'autre y perçoivent des avantages économiques plus importants, du moins à court terme, la conséquence étant la fragilisation de l'écosystème à des fins agricoles ou industrielles. Il est possible de concilier les besoins immédiats de subsistance avec la gestion durable des espèces animales et végétales locales, mettant ensemble les ouvertures économiques à la protection de la biodiversité. Cette démarche peut même permettre aux collectivités de mieux s’adapter aux changements climatiques. Toutefois, des mesures incitatives et des structures d'appui sont nécessaires.

Les forêts de Madagascar sont des hauts lieux de la biodiversité et abritent des espèces que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Dans le même temps, le pays fait face à de sérieux enjeux de développement. Ses habitats forestiers uniques sont menacés par l'agriculture sur brûlis et l’exploitation forestière illégale, exacerbant les conséquences déjà visibles des variations des températures et des précipitations.

Les fibres de raphia ont longtemps été utilisées pour fabriquer des objets artisanaux traditionnels, des ficelles, des cordes et des vêtements. Plus récemment, des chapeaux et sacs en raphia tissés ont commencé à trouver grâce aux yeux de l'industrie internationale de la mode.

Mais ceci ne s’est pas traduit par un gain pour les coopératives féminines qui généralement traitent le raphia et le vendent à des négociants : la production de raphia a été dévastée par la déforestation et le changement climatique.

Florine Zafijery, membre d’une association de femmes productrices de raphia autour du Parc National de Makira, dans le nord-est de Madagascar a déclaré, « Je pense qu’en raison des changements climatiques, il y a moins de raphia dans la région. Dans le passé, le raphia pouvait vivre jusqu'à 50 ans. Maintenant, il vit seulement 20 ans. »

La réponse

L'ITC travaille avec la Wildlife Conservation Society (WCS) pour bâtir la résistance au climat, améliorer les pratiques de développement durable et augmenter les revenus dans les collectivités tributaires du raphia pour leurs moyens de subsistance.

Face à la baisse des rendements, les associations féminines doivent améliorer les pratiques de récolte et améliorer les modes de transformation et la qualité pour répondre aux normes rigoureuses des acheteurs internationaux. Afin de maximiser le prix qu’elles en tirent, les associations doivent compléter l'augmentation de la productivité avec une meilleure conception des produits et des ventes directes (en éliminant les intermédiaires) à des acheteurs internationaux.

Dans les régions voisines au parc national de Makira géré par WCS, l'ITC forme les associations féminines à l’adaptation au changement climatique, à une récolte écologique de raphia et aux techniques de transformation, ainsi qu'à la gestion des organisations. En augmentant les revenus des ménages vivant près du Parc de Makira, l'une des plus vastes forêts tropicales de moyenne altitude qui restent au pays, le projet vise à réduire la dépendance vis-à-vis des ressources naturelles exploitées de manière irrationnelle et fait participer les communautés locales comme collaborateurs dans la gestion des activités de conservation du parc de 372 000 hectares.

Julie Félixine formatrice à WCS » a déclaré, « Les populations locales avaient l'habitude d'exploiter la forêt pour vivre. Quand on les encourageait à préserver la forêt, il fallait leur présenter une autre source de revenu. La promotion de la chaîne de valeur du raphia fait en sorte que les populations locales aient une activité génératrice de revenus et préserve les forêts. »

 

Les résultats

En 2015, L'ITC et WCS ont organisé des ateliers de formation pour environ 200 femmes et six associations féminines dans la région de Makira. Les ateliers portaient sur la récolte du raphia, le tri, le séchage, le bronzage, l'amélioration de la qualité et le reboisement. Le but était d’assurer la résilience climatique et la sensibilisation tout en veillant à la rentabilité à long terme.

Ce renforcement de capacités a été mis en œuvre en deux étapes. Tout d’abord, quatre femmes de chacune des associations (24 au total) ont reçu une formation de formatrices d'autres membres des associations à long terme. Ensuite, des ateliers de formation ont eu lieu dans plusieurs villages et environ 180 femmes issues de six associations y ont pris part. « Au cours de la formation, nous avons appris beaucoup sur le raphia et nous fabriquons maintenant des objets de meilleure qualité », a déclaré Florine Zafijery, une des productrices.

Zafijery et ses collègues étudient comment récolter le raphia de manière plus durable, après avoir appris à ne pas récolter les feuilles avant qu'elles n'atteignent au moins une certaine longueur. Elles s’abstiennent également de récolter le fruit comestible qui pousse sur les bourgeons de raphias, puisque cela empêche la croissance ultérieure des branches et, au bout du compte, provoque la mort prématurée des palmiers. Elles ont été encouragées à ne récolter que les fruits des palmiers qui ont atteint la maturité et à s'en servir principalement pour le reboisement. Parce qu'elles allongent la vie des palmiers, ces pratiques conservent les habitats de nombreuses espèces végétales et animales locales, notamment des lémuriens et des fossa, qui sont des félins carnivores pareils au chat qui pullulent à Madagascar.

En outre, les femmes sont maintenant en mesure de produire des articles complexes à base de raphia, tels que des sacs et des chapeaux, ce qui les positionne pour cibler des marchés d’exportation à plus haute valeur.

L'avenir

En 2016, les activités de formation du projet seront élargies pour couvrir huit autres associations de femmes dans la région du Parc de Makira ce qui porte le nombre total de bénéficiaires à 450. En outre, deux femmes issues de chacune des associations participantes recevront une formation intensive sur la conception et la fabrication de produits pour le marché international, ce qui leur permettra à leur tour de former leurs pairs, dans le but de mieux équiper les associations à vendre des produits à valeur ajoutée.

L' ITC s’appuiera sur ses travaux relatifs à l'établissement des liens avec les marchés pour créer un réseau de potentiels acheteurs de raphia et, avec WCS, soutiendra les associations pour quelles s'organisent légalement en une coopérative pour être à même de signer des contrats avec des acheteurs internationaux.