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Autonomisation économique des femmes à la Barbade

7 mars 2016
ITC Nouvelles
Après un demi-siècle d'indépendance, les femmes barbadiennes
bénéficient d'une meilleure éducation et sont plus à même de contribuer à
l'économie et à la société

Le Rapport sur le développement humain (RDH) 2015: Le travail au service du développement humain' examine le lien intime entre le travail et le développement humain. Le travail, concept plus global que celui d’emploi, peut être un moyen de contribuer au bien public, de réduire les inégalités, de garantir les moyens d’existence et d’autonomiser les individus.

Cette définition donnée par le rapport souligne l'importance des stratégies adoptées par les gouvernements successifs de la période post-indépendance en Barbade ainsi que leur efficacité, en particulier en ce qui concerne l'autonomisation des femmes. Les femmes ont reçu une formation de qualité qui leur a permis d'accéder à des emplois décents et d'en bénéficier.

Le succès de ces stratégies d'autonomisation se reflète dans le statut actuel du pays comme le montre le classement du rapport.

Le rapport décrit la situation des hommes et des femmes selon un ensemble d'indices.

  • La Barbade a été classée dans la catégorie des pays au développement humain élevé et figure dans le premier tiers des 188 pays analysés.
  • L'indice de développement de genre (IDG) mesure les inégalités de genre sur trois dimensions fondamentales du développement humain: la santé, l'éducation et la maîtrise des ressources économiques. L'IDG de la Barbade pour l'année 2014 s'élève à 0,791 pour les femmes et 0,777 pour les hommes.
  • À la Barbade, 89,5% des femmes adultes disposent d'une éducation secondaire complète, en comparaison au taux de 87,7% chez les hommes. La participation des femmes dans le marché du travail atteint 65,9%, comparée à 76,6% chez les hommes.

Ces données extraites du rapport démontrent l'autonomisation des femmes. Alors qu'il existe de nombreuses définitions d'autonomisation, elle est définie ici comme 'un processus permettant aux personnes moins émancipées de mieux contrôler les ressources et le processus décisionnel'. L'on trouve une définition similaire dans le 'Rapport sur le développement humain au Bangladesh – Autonomisation des femmes' (PNUD 1994).

La Barbade a investi des ressources considérables dans l'éducation, la santé et les services sociaux, mis à disposition de la population. Pendant les 50 ans qui ont suivi l'indépendance, les femmes ont tiré profit de ces services et leurs bénéfices ont été démontrés plus haut.

Grâce à ces politiques, les femmes ont pu accéder à un salaire égal pour un travail égal. Cela résulte d'une importante législation sociale et du travail. De même, les femmes ne se heurtent à aucune barrière fondée sur le genre en matière d'acquisition de terres ou d'accumulation de l'épargne. Au niveau individuel, les femmes ont un rôle important dans l'accumulation de l'épargne et la consommation. Elles possèdent des maisons, des terres, des véhicules, des comptes épargne, des obligations et des actions.

De plus, grâce à la formation universitaire, les femmes peuvent poursuivre avec succès des carrières dans les domaines techniques et de gestion.

UN TRIPLE FARDEAU

Pourtant, la réussite des femmes au niveau individuel et de groupe ne signifie pas l'absence de 'plafond de verre' pour les femmes dans les affaires. Elles ne sont pas nombreuses à la tête de grandes entreprises au niveau régional, national ou international.

Dans leur poursuite de l'autonomisation économique, les femmes à la Barbade rencontrent des difficultés qui peuvent différer de celles rencontrées par les femmes d'autres PED.

L'expérience de nombreuses femmes barbadiennes peut être décrite comme un triple fardeau. Un nombre considérable de ménages barbadiens étant dirigés par des femmes, elles sont le seul ou le principal soutien de famille, tout en étant responsables des enfants et des personnes âgées. Dans pareils cas, les femmes ont une responsabilité financière majeure.

Malgré les opportunités offertes par l'accès à l'éducation, les femmes se heurtent à des contraintes considérables pour se réaliser en tant que propriétaires d'entreprises ou entrepreneures. À plusieurs égards, les femmes ne sont que partiellement autonomisées ou, lorsqu'elles le sont entièrement, elles doivent surmonter plusieurs obstacles pour tirer pleinement profit de cette autonomisation.

OBSTACLES AU PROGRÈS

L'existence d'obstacles pour accéder à certains marchés est une situation courante dans le contexte des Caraïbes. Pour les femmes, ces obstacles sont plutôt liés aux types d'activité exercés par les femmes qu'à leur capacité de faire des affaires.

Traditionnellement, les femmes barbadiennes étaient actives dans les prestations de services personnels tels que la cosmétologie ou la restauration, qui présentent un potentiel de croissance réduite voire inexistant. Cela est en train de changer. Les femmes ont utilisé leurs compétences pour accéder à différentes professions. Elles ont non seulement accumulé des ressources, mais elles ont aussi été capables d'identifier et de répondre à de nombreuses perspectives commerciales. Elles sont en mesure de mettre en oeuvre leur éducation et leur formation, utilisant la technologie de manière à exploiter des activités commerciales non traditionnelles.

À titre d'exemple, une clinique de fertilité détenue et dirigée par des femmes est reconnue internationalement pour son taux de réussite élevé. Nous pouvons aussi citer des Barbadiennes de la diaspora qui cherchent à rentrer au pays et à utiliser l'expérience et l'expertise acquises à l'étranger pour lancer des projets d'entreprises. Nous nous serions heurtées aux barrières liées à la perception de la limite de types d'affaires que les femmes envisageaient de développer.

Grâce à nos politiques en matière d'éducation et autres politiques sociales et au niveau d'investissement dans l'éducation et les services de santé, les femmes se sont senties plus libres d'explorer et de prendre des risques qu'elles ne l’auraient été il y a quelques décennies. Cependant, elles continuent à se heurter à certaines valeurs traditionnelles selon lesquelles les 'professions' l'emportent sur l'entrepreneuriat, et la prise de décisions conservative en matière d'économie et de finances l'emporte sur la prise de risques.

Il reste encore beaucoup à faire. Les femmes qui ont pu accéder au maximum au niveau secondaire figurent parmi celles qui souffrent le plus de la pauvreté dans notre société. Les politiques axées sur les femmes occupant des postes à bas salaires et celles en situation défavorisée nécessiteraient des mesures spéciales telles que des salaires minimums et autres initiatives ciblées pour les aider à s'en sortir dans une société où le travail de qualité est un déterminant majeur de la réussite. De plus, dans des sociétés en restructuration économique, des mesures devraient être prises afin d'assurer une assistance à celles qui perdent leurs emplois et ne sont pas en mesure de maintenir une qualité de vie acceptable.

Globalement, la vie des femmes et des filles à la Barbade s'est considérablement améliorée ces 50 dernières années, par rapport aux générations précédentes. Il n'y a guère de comparaison possible entre les femmes du passé et celles d'aujourd'hui, et ce sur tous les fronts: l'accès à l'éducation, les emplois, le statut et les opportunités. Nous devons nous assurer que cela reste ainsi.