Speeches

Appuyer une stratégie économique adaptée et innovante pour la Francophonie : Femmes et jeunes acteurs du développement

11 février 2015
ITC Nouvelles
Discours prononcé par Arancha González, Directrice Exécutive de l'ITC à la Conférence des Ambassadeurs Francophones.
Palais des Nations, Genève - 11 Février 2015

Excellences,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs.

Je suis heureuse d’être ici, d’abord et avant tout parce que le français et les pays francophones représentent une part indispensable au travail et à l’œuvre du Centre du commerce international (ITC) que j’ai l’honneur de diriger.

Vous avez face à vous une femme francophone de cœur mais aujourd’hui l’intérêt d’user du français est bien d’être francophone de raisons. « Raisons » que j’écris au pluriel car comme on le sait il y a 220 millions de locuteurs francophones sur la planète et à terme, en se basant sur les projections démographiques de l’ONU, la population des pays ayant le français comme langue officielle dépassera avant la fin de ce siècle celle des pays de langue espagnol ou arabe. Mais plus intéressant encore est la prise de conscience récente que les zones francophones représentent un espace économique au potentiel jusqu’ici insoupçonné : 14% de la population de la planète pour 14% du PIB mondial et 20% des échanges commerciaux internationaux.

Pour l’ITC, qui a pour mandat l'assistance technique liée au commerce en faveur des pays en voie développement et en transition ceci est une nouvelle à la fois alarmante et réjouissante. Alarmante en ce que beaucoup des poches de pauvreté que nous combattons se trouvent dans des pays francophones et réjouissante à la fois en ce que nombre des solutions se mettent en œuvre dans et avec nombre de pays francophones en Afrique, en Asie, dans les caraïbes et en Europe.

Dans ce contexte je suis venu vous porter deux messages essentiels. Le premier est que la francophonie et l’assistance portée aux pays francophone est une priorité absolue pour l’ITC, le deuxième est que pour ce faire nous nous appuierons sur la « Stratégie économique pour la Francophonie » adoptée lors du dernier Sommet de la Francophonie à Dakar des 29 et 30 novembre auquel j’ai participé, à laquelle nous souscrivons totalement et je suis heureuse du voir une femme compétente au poste de nouvelle Secrétaire générale de l’OIF. Il y a à mon sens une vraie convergence, et j’insiste sur ce mot de convergence entre le travail effectué jour après jour par l’ITC et cette nouvelle stratégie économique de la Francophonie.

Nous saluons cette nouvelle stratégie pour la Francophonie qui rejoint parfaitement ce que l’ITC met en œuvre jour après jour ; aider les PME à mieux utiliser le commerce comme un outil de création de croissance et d'emplois et, par-là, comme un moyen efficace pour réduire la pauvreté et stimuler le développement économique durable. L’ITC met déjà en œuvre nombre des objectifs et des axes définis dans la Stratégie et je voudrais vous en donner quelques exemples concrets, en particulier en ce qui s’agit de la facilitation des échanges, d’intégration régionale, de commerce et coopération sud-sud, de l’entreprenariat des jeunes, de l’autonomisation économique des femmes, et des questions de commerce et innovation.

Soutien à l’intégration et à la participation des régions francophones dans le commerce mondial
Depuis la signature de l’accord de l’OMC de Bali sur la facilitation des échanges, l’ITC appuie les pays francophones ainsi que les groupements sous régionaux tels que l’UEMOA - Union économique et monétaire ouest-africaine, et la CEMAC - Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, dans le cadre de négociations commerciales et la mise en œuvre d’accords commerciaux. Et je suis heureuse d’annoncer que la France appuie l’ITC en la matière. Je signerai la semaine prochaine à la Mission française la lettre de contribution de la France pour satisfaire les demandes de conseils et de renforcement des capacités des pays de ces deux zones d’Afrique francophone ainsi que d’appui à l’Union des Comores dans son processus d’accession à l’OMC.

Dans le même sens, je suis heureuse de voir que la coopération de longue date entre l’OIF et l’ITC est reconnue par l’OMC et l’OCDE puisque les résultats du projet d’accroissement du commerce entre les régions de l’UEMOA, de la CEMAC et du Delta du Mékong de 2007-2013 seront présentés lors du 5ème Examen global de l’Aide au commerce qui se tiendra du 29 juin au 1er juillet à Genève. Pour ne citer qu’un chiffre entre 2007 et 2013 le commerce entre la zone et l’UEMOA et le Viêt-Nam a bondi de plus de 5 fois, aujourd’hui à hauteur de près d’un milliards de dollars essentiellement dans les secteurs pour lesquels l’ITC à apporter son assistance s’agissant du coton, de la noix de cajou et du riz.

Faire du français un vecteur d’intégration et de croissance économique
Pour favoriser l’harmonisation des règles juridiques commerciales au sein de l’espace africain francophone, l’ITC a fait un travail important en vue de disséminer le contenu du droit de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) afin de promouvoir un cadre des affaires simplifié, sécurisé et attractif pour les investissements. Dernière initiative en date est l’appui à la médiation commerciale et au droit OHADA pour les PME d’Afrique francophone et je suis fière d’annoncer que l’ITC, en partenariat avec la Maison de la communication et le Centre de médiation d’Abidjan, va lancer fin mars 2015, la première plate-forme de formation en ligne des médiateurs commerciaux pour 24 pays d’Afrique disponible gratuitement sur les tablettes et smartphones. L’ITC lancera officiellement cette initiative de sensibilisation à la médiation lors du nouveau Colloque International sur les moyens alternatifs de résolution des différends (MARD) organisé par la Cour commune de justice et d'arbitrage de l’espace OHADA, à Kinshasa, du 24 au 27 mars.

Intelligence économique et mise en place d’un réseau d’institutions d’appui au commerce en Afrique de l’ouest
Dès qu’il s’agit de stratégie économique, le premier facteur de réussite est l’accès à une information commerciale pertinente, précise et mise à jour. En ce domaine, l’ITC a une expertise confirmée en français, comme en anglais ou en espagnol, qu’il met à la disposition gratuitement des pays en voie de développement ou en transition. A cet égard l’ITC est actuellement, avec l’appui de l’UEMOA, en train de faciliter la création d’un réseau ouest africain francophone d’institutions d’appui au commerce (IAC). Le réseau aura pour but de collecter les expériences réussies en matière d’exportation, de disséminer les bonnes pratiques, partager l’information sur les opportunités commerciales pour les entrepreneurs de l’UEMOA et de développer des partenariats avec des IAC d’autres régions pour accroître les échanges commerciaux et favoriser les investissements dans l’espace UEMOA.

L’importance des PME et pourquoi femmes et jeunes sont les moteurs du commerce et de développement
La plus grande source inexploitée de croissance aujourd’hui ce sont les petites et moyennes entreprises. Partout dans le monde développé et en développement les PME sont la principale source d'emploi pour près de 80% d’entre eux. Le renforcement de la capacité de l'offre et de soutien à la croissance et la compétitivité des PME sont des piliers nécessaires pour le développement et elles doivent être au cœur des préoccupations. C’est en cela que je rejoins à 100% le premier objectifs de l’axe 2 de la Stratégie « La jeunesse et les femmes, créatrices de richesses et d’emplois ».

Jeunesse et entreprenariat
Au regard de la jeunesse nous faisons actuellement face à une crise mondiale de l’emploi: près de 500 million de nouveaux emplois seront nécessaires dans les 15 prochaines années pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail. L’émergence de problèmes sociaux dans de nombreux pays et l’augmentation inquiétante du chômage mondial (170 million en 2007 à près de 204 million de chômeurs en 2014, dont 75 million sont des jeunes) montrent à quel point il faut être vigilants et proposer dès maintenant des solutions.

L’ITC a un rôle particulier à jouer dans la construction de nouvelles possibilités concrètes pour les jeunes à travers le commerce. Nous avons lancé le mois dernier une initiative pilote « jeunesse et commerce » au Maroc avec le Ministère du commerce et le CMPE Maroc Export en établissant un accélérateur au commerce pour les jeunes entrepreneurs marocains. Cette initiative, adossée au programme ITC pour le Commerce et l’emploi au Maroc (EDEC) financé par le gouvernement du Canada, vise concrètement à créer un écosystème offrant un dispositif complet de soutien en conseils, formations sur la planification des affaires, le développement de la clientèle, l’accès au financement et la commercialisation des produits et services sur les marchés à l’export pour les jeunes entrepreneurs du Maroc. Nous savons également que l’OIF travaille sur un programme d’entreprenariat et de développement du secteur privé et je suis heureuses que nos équipent travaillent déjà pour voir où sont les points de synergie.

La réponse de l’ITC en matière de renforcement et autonomisation économique des femmes
Dans de nombreux pays post conflit, ce sont les femmes qui portent les responsabilités pour les familles, et eu égard aux expériences constatées sur le terrain par les équipes ITC, jusqu’à 90% des revenus générés par les femmes sont réinvestis dans l’éducation, la santé, l’alimentation contre seulement 40% pour les hommes.

L'autonomisation économique des femmes est donc une partie intégrante des activités de l'ITC non pas simplement pour le bien des femmes, qui représente la moitié de l’humanité, mais essentiellement parce leur impact en matière de lutte contre la pauvreté et de croissance économique est direct.

L’ITC a intégré une approche systématique de renforcement et d’autonomisation économique des femmes dans tous ses programmes d’assistance technique en sus de notre programme spécifique “Femmes et commerce”, qui a pour but d’accroitre la participation des femmes dans le commerce international. Nos projets actuels se situent dans les secteurs du café, du coton, du textile mais aussi auprès des décideurs publics. Nous avons récemment lancé une initiative qui vise à diffuser les meilleures pratiques d’ouvertures des contrats publics (principalement des ministères et des agences gouvernementales) auprès des femmes entrepreneurs.

Faire du français un vecteur d’intégration, de croissance économique et surtout d’innovation
Ce sera mon dernier point, le français comme n’importe quelle langue, est vecteur de savoir et de connaissance. C’est la quatrième langue de l’internet et à ce titre nous recevons des demandes croissantes de nos partenaires afin de disposer de plus de publications et de diffusion de savoir en français.

L’ITC capitalisant sur les nouvelles technologies offre un programme de d’apprentissage à distance avec des cours en ligne et du matériel éducatif sur un éventail de sujets liées au commerce. Ce programme vise à donner accès à des matériaux d’apprentissage et des cours en lignes pratiques au personnel des institutions d’appui au commerce, aux entreprises, notamment aux PME, ainsi qu’aux spécialistes de la politique commerciale afin de les appuyer dans le développement de leurs compétences.

Et comme l’innovation cela ne concerne pas que les autres, je suis heureuse de vous apprendre que l’ITC en collaboration avec l’IHEI à Genève a lancé un projet de Laboratoire d’innovation afin de développer de nouvelles idées autour du commerce et du développement durable qui naturellement seront développés entre autres, en français.

Pour conclure je voudrais travailler avec la Francophonie, et a fortiori avec tous les ambassadeurs des pays francophones, sur deux axes :

1- Avoir un dialogue stratégique plus régulier afin d’alimenter et de converger nos points de vue sur comment mettre en œuvre cette vision économique de l’espace francophone en parlant stratégie à l’exportation, de programme de soutien au commerce et d’assistance technique.

2- Construire une collaboration plus étroite à travers des projets communs, là où il y a des synergies d’intervention, sur les thèmes spécifiques que je viens de mentionner aujourd’hui. A cet effet vous trouverez une copie de ce discours afin que ceci puisse servir de point de départ à notre dialogue pour l’avenir commun de la Francophonie.

Merci de votre attention