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Vers une communauté économique en Asie du Sud-Est

8 décembre 2011
ITC Nouvelles

L’avènement de l’Asie est l’exemple type de développement réussi de ces 40 dernières années. De nombreuses raisons expliquent ce phénomène, mais les facteurs de succès les plus significatifs ont été l’échange de savoirs, le transfert de technologies, ainsi que l’intégration et la coopération accrues entre les gouvernements des économies en développement. La réussite de l’Asie est aussi en partie la résultante d’un dialogue plus soutenu entre les partenaires régionaux, officialisé par des institutions telles l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), qui de cinq membres à sa création en 1967 englobait mi-1999 l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et ambitionne de créer une Communauté économique de l’ANASE à l’horizon 2015. En réponse à la crise financière asiatique de 1997-1998, la République populaire de Chine, le Japon et la République de Corée ont rejoint le mouvement pour créer l’ANASE+3. L’expansion se poursuit par ailleurs au travers du Sommet de l’Asie de l’Est et d’autres initiatives.

L’Asie a abordé le régionalisme avec souplesse et pragmatisme, adoptant une approche ascendante de la coopération sous-régionale reposant sur une kyrielle de sous-secteurs économiques, jetant ainsi les bases d’un régionalisme polyvalent. Cette approche tient compte du fait que les pays de la région en sont à des stades de développement différents et que leurs besoins aussi diffèrent. Elle est le fruit d’un consensus sur les mesures qui doivent être prises, sur leur financement et les facteurs de succès.

 

Initiatives de l’ANASE

Un dialogue et des initiatives plus larges ont également renforcé la cohésion régionale. La création de l’ANASE+3 représente un degré de coopération qu’il eut été difficile d’imaginer avant la crise de 1997-1998. Elle a insufflé aux autorités de la région l’énergie nécessaire pour voir au-delà des mesures correctives multilatérales existantes en cas de problème.

L’ANASE+3 a favorisé le lancement d’un éventail d’initiatives de coopération monétaires et financières: l’Initiative de Chiang Mai, qui consiste en un réseau d’accords de swap bilatéraux pour injecter des liquidités en temps de crise; l’Initiative sur les marchés obligataires asiatiques et les Fonds obligataires asiatiques pour le développement de marchés obligataires en devise locale; un système de renforcement de la surveillance macroéconomique; et un système d’Examen et de concertation économiques.

De nombreux accords de libre-échange (ALE) bilatéraux et multilatéraux ont vu le jour, ‘parfois appelés bol de nouilles’ asiatiques. La région a mis en place des arrangements multilatéraux de mise en commun des réserves de change – Multilatéralisation de l’Initiative de Chiang Mai – et est convenue d’installer un Bureau ANASE+3 de surveillance macroéconomique.

Si l’ANASE+3 a fait avancer la coopération et l’intégration financières régionales, son influence s’étend aussi à d’autres secteurs économiques. Pendant la 41ème Réunion des Ministres de l’économie de l’ANASE tenue à Bangkok en août 2009, l’ALE de l’ANASE tant attendu a été signé. En ce qui concerne les effets qui pourraient découler de l’ALE de l’ANASE, d’aucuns prédisent notamment que:

• Tel qu’indiqué dans une étude initiale, s’il était ratifié, l’ALE serait source d’une croissance économique de 3,8% dans les pays de l’ANASE+6 (Australie, Chine, Inde, Japon, Nouvelle-Zélande et Corée du Sud). Le PIB combiné des pays de l’ANASE+6 s’élève à $E.-U. 2,75 trillions.

• En vertu de l’ALE ANASE+6, les pays membres abaisseront les droits de douane à l’importation sur plus de 80% des produits échangés, et ce entre 2013 et 2016.

• Les droits de douane applicables à 500-600 produits dits ‘sensibles’ seront abaissés à 5% d’ici 2016, alors que les droits à l’importation sur cinq produits ‘hautement sensibles’ – huile de palme, huile de palme raffinée, café, thé et poivre –seront ramenés de 70% à 45% d’ici 2019.

Pour consolider la croissance des échanges commerciaux au sein de l’ANASE, la réunion des Ministres de l’économie de l’ANASE s’est aussi penchée sur la possibilité d’une Union douanière de l’ANASE, de mettre en place des installations commerciales et d’élaborer des règles d’origine pour offrir une certification en ligne aux négociants de l’ANASE. L’ALE de l’ANASE est entré en vigueur le 1er janvier 2010 et a entraîné une augmentation considérable des échanges entre les membres de l’Association.

L’intégration de la Communauté économique de l’ANASE d’ici 2015 renforcera l’attrait de l’ANASE pour les investisseurs étrangers en offrant aux multinationales davantage de possibilités d’abaisser les coûts et d’accroître leurs revenus. Il s’agit indubitablement d’un des meilleurs moyens de consolider la croissance économique nationale et régionale à long terme.

Aide extérieure à l’ANASE

Réagissant positivement aux initiatives de l’ANASE, ses partenaires commerciaux ont également pris des mesures pour favoriser encore le commerce avec la région. Quelques exemples sont donnés ci-dessous.

L’Union européenne (UE) a élargi son Système de préférences généralisées (SPG) jusqu’à 2013 pour les exportations indonésiennes. La décision a été prise après que l’UE a réduit de 176 à 80 le nombre des pays bénéficiaires, considérés comme des pays à faible revenu. Au titre du SPG, les exportations de l’Indonésie sont admises au sein de l’UE en franchise de droits.

Les exportateurs de l’ANASE (en particulier les Philippines) n’utilisant guère les financements commerciaux existants, les États-Unis et l’ANASE les encouragent à utiliser pleinement les services offerts au niveau national et par la Banque asiatique de développement. Les ministres ont en effet fixé cette orientation après avoir procédé à un échange de vues sur la facilitation des échanges, le commerce et l’environnement, et le financement des échanges après leur rencontre avec des responsables du Bureau du Représentant au commerce des États-Unis et du Département du commerce des États-Unis en vertu de l’Accord-cadre sur le commerce et l’investissement (TIFA).

Il convient de noter que tous les pays de l’ANASE n’ont pas leur propre banque d’import-export, dont la fonction première consiste à financer les entités solvables exportant des biens et des services, même si d’autres institutions financières locales offrent un éventail de services semblables à ceux des banques d’import-export. L’introduction d’un système ou d’un fonds de financement du commerce à l’échelle de l’ANASE mais aussi à l’échelle nationale est une idée qui fait son chemin et qui pourrait contribuer à la croissance des échanges commerciaux de l’ANASE.

Performances commerciales de l’ANASE

Avec 583,5 millions de personnes et un PIB total de $E.-U. 1 507 milliards, l’ANASE jouit d’une influence politique et commerciale de taille. Entre janvier et août 2010, les pays de l’ANASE ont enregistré des exportations d’une valeur de $E.-U. 17 293 milliards – plus que l’UE, la Chine ou les États-Unis. En outre, les importations de l’ANASE ont atteint $E.-U. 15 769 milliards, plus de deux fois celles de la Chine. Ces chiffres font de l’ANASE un moteur de croissance en Asie et un pilier du commerce mondial.

Autre facilité devant être instaurée au sein de l’ANASE: un guichet unique par pays auquel les exportateurs pourront soumettre les documents exigés. Cette mesure contribuera dans une grande mesure à harmoniser et à simplifier les procédures commerciales, ce qui accélèrera les exportations et les importations, débouchera sur des procédés de production plus fluides et plus prévisibles, un abaissement des coûts des transactions et des services plus transparents et accessibles.

Et l’avenir ?

Pour que tous ces efforts portent leurs fruits, LA question est de savoir si les mesures prises à ce jour ont permis de doper la compétitivité industrielle et commerciale nationale. Le fait est que les entrées de marchandises étrangères sapent la compétitivité nationale alors que les investissements étrangers ont tendance à bénéficier au marché des capitaux national plutôt que d’améliorer la production. C’est la demande et non l’offre qui s’améliore, alors que lorsque la production augmente, si tant est qu’elle augmente, c’est plutôt dans le secteur des matières premières destinées au secteur manufacturier à l’étranger. Il en résulte une disparité accrue entre le détenteur de capitaux et le secteur des services financiers et l’ouvrier qui produit, aussi appelé secteur réel.

Cela dit, un programme d’APC affiné et plus précis pour augmenter la production du secteur manufacturier et améliorer le pouvoir d’achat des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire est nécessaire. Parallèlement, l’amélioration des échanges commerciaux grâce à l’abaissement des droits de douane devrait se faire de manière prudente et sélective, alors que la libéralisation des échanges par le biais de la coopération régionale au titre de l’ALE devrait viser à améliorer la compétitivité industrielle et commerciale nationales.

À cet égard, la législation et la politique nationales, régionales et mondiales de la concurrence devraient être renforcées et mises en application. À titre d’exemple, le Groupe d’experts de l’ANASE sur la concurrence, créé par le Forum consultatif de l’ANASE sur la concurrence (ACFC), devrait continuer de prodiguer ses conseils sur la concurrence et ce à un rythme plus soutenu afin que l’ANASE puisse se doter d’une législation en la matière.