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Promouvoir le commerce, l’inclusivité et la connectivité pour le développement durable

22 novembre 2017
ITC Nouvelles
Discours prononcé par Madame Arancha González, Directrice exécutive de l’ITC, à l’occasion de l’Examen global de l’Aide pour le commerce 2017

Bonjour

Rien que ce matin, j’ai pris du café du Rwanda, des oranges du Mexique, du jambon d’Espagne, du beurre de Nouvelle-Zélande et de la confiture du Sénégal pendant que je naviguais sur Twitter sur mon iPad « produit dans le monde ».

Ça, c’est le commerce en action. C’est le résultat d’une connectivité accrue. C’est la raison pour laquelle lors de l’Examen global de l’Aide pour le commerce, nous devons tous collectivement insister sur l’importance de la poursuite des investissements dans les mesures de renforcement de capacités commerciales ; pas pour que je prenne un si généreux petit déjeuner tous les matins ; mais pour garantir une permanente et libre circulation des biens et des services et la poursuite du développement des pays, ainsi que de leurs petites et moyennes entreprises (PME), grâce à cette approche du commerce.

L’Examen global se focalise sur deux éléments importants du commerce, à savoir l’inclusivité et la connectivité.

Le commerce, plus précisément le commerce inclusif, est un outil important pour l’atteinte des Objectifs mondiaux de l’ONU. Le commerce génère des emplois, est source d'ouvertures pour les femmes et les jeunes, permet l'amélioration de la qualité et la diversification du choix aux consommateurs ; et relie des économies et des communautés.

Les femmes représentent l’une des composantes clé du commerce inclusif. L’autonomisation tant économique que sociale des femmes permet de rendre les sociétés plus fortes et prospères

Un programme du commerce qui reconnaît explicitement la nécessité de l’autonomisation économique des femmes et qui agit dans ce sens peut constituer un puissant levier de croissance inclusive

C’est cette raison qui motive l’initiative SheTrades de l’ITC, un mouvement mondial visant à connecter un million de femmes aux marchés d’ici à 2020 en répondant à sept défis, y compris ceux liés aux politiques commerciales et au renforcement des capacités
Je remercie les nombreuses ambassadrices de SheTrades qui sont avec nous aujourd’hui pour leur apport en vue de l'atteinte de cet objectif.

La thématique de connectivité a plusieurs aspects. Le premier des aspects est la façon dont la technologie a rendu la connectivité pratiquement instantanée. Le monde est en ligne. Ou presque. Dans un grand nombre de pays en développement, la connectivité reste sous-optimale. En dépit de la prolifération des téléphones portables, un trop grand nombre de personnes, notamment les femmes, restent en marge du réseau d’information. Et cela constitue un facteur limitant pour l’économie. Et cela constitue un facteur limitant à la profitabilité du commerce pour les PME.

Les recherches de l’ITC pour la publication «ₒFaits et chiffres » montrent que les entreprises dirigées par des femmes ont 12 % moins de probabilité d’utiliser la messagerie électronique, qui est pourtant un des services clé d'Internet, par rapport à celles dirigées par les hommes. Nous avons la responsabilité de faciliter la connectivité de ceux que sont en marge de celle-ci. En particulier les femmes.
Au-delà de la simple question de connectivité, se pose celle de savoir à quoi l’on se connecte. De quoi les PME ont-elles besoin ? L’un des plus grands défis est la collecte des informations de veille économique et commerciale. La collecte de données de veille économique et commerciale, et non la simple collecte de données, est essentielle pour assister les entreprises à savoir quoi produire et commercialiser, quand et comment le faire. À cet égard, je me réjouis du fait que lors de la Conférence ministérielle de l’OMC de décembre en Argentine, l’ITC, le CNUCED et l’OMC annonceront la création d’un nouveau « Bureau d’aide au commerce pour les PME ». Cette initiative constituera un outil de compétitivité majeur, qui consolidera l’information commerciale et la rendra accessible à partir d’un point d’accès unique. Il s’agit là d’une initiative de l’ITC, de l’OMC et du CNUCED pour rendre la connectivité profitable pour les parties prenantes du bas de la pyramide. La connectivité, c’est aussi rendre l’environnement des affaires profitable pour le commerce et l’investissement.

Le « guichet unique », un système électronique qui est un des éléments de l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges, en est un exemple.

Les recherches menées par l’ITC ont prouvé l’existence d’un fossé de connectivité entre les PME et les grandes entreprises. Les PME ont dix fois moins de probabilité que les grandes entreprises d’utiliser la messagerie électronique pour communiquer avec les acheteurs et les fournisseurs, et huit fois moins de probabilité de posséder un site web. Ces différences constituent des facteurs limitant, puisque la croissance et la compétitivité sont étroitement liées à la connectivité.

À titre d'illustration, Brodo Footwear, une société de vêtements fondée en 2010. En seulement quelques années, cette entreprise est passée de la catégorie de petite entreprise employant une poignée de personne à une entreprise de plus de 100ₒemployés. Elle vend directement ses produits à ses clients via son site web, et a émis un rapport selon lequel les outils informatiques et d’analyse de données lui ont permis de cibler des clients avec des offres individualisées, ce qui a entraîné une augmentation rapide des ventes.
Nous l’avons constaté dans nos travaux avec les PME à travers le monde. En effet, les connecter aux plateformes de commerce en ligne et aux solutions de payement en ligne a accru leurs ventes et a permis de les positionner dans un marché où les frontières physiques sont sans importance et où le potentiel de croissance est impressionnant.

Rania, chef d'entreprise syrienne travaillant avec les déplacées internes a pu ainsi accéder aux marchés en Suisse et au-delà grâce au commerce en ligne; Anna, de Let’s Sequoia, une jeune entreprise rwandaise vendant en ligne des capsules de café biodégradables; Oumar, un jeune entrepreneur sénégalais qui a mis sur pied une société de logistique à Dakar pour gérer la distribution de produits vendus en ligne; Zineb, un jeune Marocain vendant par l’accès aux autoroutes numériques, de l’huile d’argan et des produits cosmétiques qui fournissent des revenus à des centaines de paysans du Sud du Maroc.
Le pouvoir du «ₒnumériqueₒ» pour la croissance des PME n’est pas un mythe.

C’est pourquoi il est si important que l’OMC cherche à faciliter le commerce en ligne.

L’ITC a mené des études sur des milliers de PME sur le terrain pour avoir une meilleure idée des défis auxquels elles sont confrontées dans leur pratique du commerce en ligne.

La logistique reste un écueil majeur pour les PME, son coût étant deux fois plus élevé que le prix de revient des marchandises commercialisées en ligne dans les pays en développement par rapport aux pays développés. La mise en œuvre rapide de l’Accord sur la facilitation des échanges peut concourir à résoudre cette difficulté.

Les PME expriment également leur préoccupation par rapport au fait qu’elles n’ont pas accès aux solutions de payement international en ligne, et elles trouvent difficile de déterminer quel type de taxe douanière doit être appliqué aux produits retournés. Elles sont également préoccupées par l'insuffisance de leurs propres connaissances technologiques et linguistiques et leur incapacité à rendre visibles leurs offres aux clients à l’étranger. La conséquence en est le découragement de plusieurs entreprises d'emprunter l’autoroute du commerce en ligne ; les entreprises dirigées par des femmes abandonnant plus rapidement que celles dirigées par des hommes. J’espère que les membres de l’ITC s’intéresseront aux conclusions de l’étude pour mieux déterminer le soutien à apporter aux PME pour le commerce en ligne.

Échanges, inclusivité et connectivité sont trois composantes essentielles du noyau formé par le commerce, l'appui et l’investissement. Ces composantes se renforcent mutuellement et sont interconnectées. Mais les échanges sont un outil qui permet d’obtenir les deux autres composantes.

En investissant dans l’ouverture de marché, le renforcement de capacité pour le commerce et le « bon commerce », vous investissez par exemple pour cette productrice de café du Laos qui utilise son revenu pour développer sa communauté et sa famille, vous investissez dans cette petite plantation d’ananas biologiques et ce centre d’embouteillage au Bénin qui offre un moyen de subsistance à des milliers de jeunes Béninois, vous soutenez la chaîne de valeur des produits agroalimentaires en Gambie et les milliers de travailleurs qui cultivent les fruits, qui conditionnent la confiture, qui étiquettent les produits et les expédient à Genève. Et puis, bien sûr, vous investissez dans mon petit déjeuner !

Je vous remercie.