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Problèmes croissants : incidence du changement climatique sur l’agriculture

27 septembre 2011
ITC Nouvelles

Répercussions sur les exportations de produits agroalimentaires en provenance des pays en développement

Source importante d’émissions de gaz à effet de serre (GES), l’agriculture est à la fois un facteur de changement climatique et sa victime potentielle. Assurer la sécurité alimentaire tout en réduisant les émissions constitue un défi majeur au développement. Le commerce peut contribuer à le relever.

L’agriculture victime du changement climatique

D’ici la fin du siècle, la température moyenne dans le monde aura augmenté de 4°C. Cette augmentation entraînera une baisse des rendements agricoles et aura donc des conséquences majeures sur la capacité du monde à se nourrir, notamment au regard de la croissance démographique et sachant qu’avec la hausse des revenus dans les PED le régime alimentaire devient plus riche en calories.

La modification du climat aura une incidence négative sur la production de denrées alimentaires, entraînera une augmentation des prix de ces denrées, menaçant l’emploi et les moyens de subsistance dans les zones rurales. Le nombre de personnes menacées par la faim augmentera de 10% à 20% d’ici 2050. Les PED sont aussi les moins armés pour s’adapter aux changements car ils manquent de ressources, en particulier les petits agriculteurs et les éleveurs. Les plus menacés par le changement climatique sont l’Afrique et certaines régions d’Asie du sud et de l’Amérique centrale.

L’augmentation des températures, la modification des précipitations, la multiplication des sécheresses et les phénomènes météorologiques extrêmes, la fonte des glaciers et l’augmentation du niveau de la mer sont autant de facteurs qui ont une incidence négative sur l’agriculture des PED et qui menacent la stabilité de l’approvisionnement en denrées alimentaires. La baisse des rendements sera la plus marquée dans les PED car ils se situent à des latitudes inférieures, là où les températures sont en train de dépasser les niveaux optimums pour l’agriculture. La malnutrition gagnera aussi du terrain du fait de la diminution des disponibilités en eau et de sa qualité.

Certains analystes ont fait valoir que le progrès technologique, comme l’amélioration des plantes et la biotech, permettront de maintenir les rendements agricoles en dépit de l’augmentation des températures. Cette apparente panacée pourrait bien ne pas en être une, et ce pour deux raisons:

1. La Révolution verte (et donc les possibilités de gains en rendement) a connu un ralentissement. Pendant les années 60 et 70, les rendements des céréales avaient augmenté de 2,7%. Durant le dernier quart du 20ème siècle, ce chiffre n’était plus que de 1,7%.

2. Même si les gains en rendement des céréales devaient ne plus reculer, le risque de déséquilibre existe entre la demande croissante de denrées alimentaires et la production. Selon les estimations, la population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’ici 2050. Les revenus augmentent aussi dans les PED, ce qui fait que les consommateurs adoptent une alimentation plus riche dont la production est plus énergivore. La demande de viande de ruminants (bœuf et agneau) augmente avec l’augmentation rapide des revenus des PED. Huit kilos de céréales sont nécessaires pour produire un kilo de bœuf, d’où une pression foncière accrue et une augmentation des prix des denrées alimentaires de première nécessité.

Les experts estiment que pour s’adapter à ces changements, la production mondiale de céréales et de bœuf devra progresser de 60% à 100%. Et comme si cela ne suffisait pas, les terres sont affectées à la production de biocarburants, aux dépens de la production de denrées alimentaires. D’autres facteurs limitent aussi l’augmentation de l’offre de produits agricoles:

• Les terres vierges sont rares et l’urbanisation empiète sur les terres agricoles existantes.

• Les dommages causés aux ressources agricoles menacent la production (salinisation des sols, par exemple). La pénurie d’eau devient aiguë dans presque tous les pays en développement, ce qui limite les possibilités d’irrigation.

• L’investissement public dans l’agriculture africaine est insuffisant (4% du PIB en 2004, contre 10% en Asie), causant une perte de services de vulgarisation et d’infrastructures. Les investissements malheureux sont monnaie courante, comme par exemple le subventionnement des intrants et les transferts qui bénéficient aux agriculteurs les plus riches.

Rôle du commerce dans l’adaptation

Le commerce génère des devises étrangères qui permettent de financer l’adaptation (infrastructures et services de santé publique, par exemple). Pour être plus précis, les importations peuvent permettre de palier les pénuries de denrées alimentaires locales liées, notamment, au changement climatique. Cependant, en cas d’augmentation des importations de céréales, le coût est important pour les pays en déficit vivrier. Les termes de l’échange des importateurs pourraient se dégrader s’ils éprouvaient la nécessité d’accroître les recettes à l’exportation d’autres marchandises (vraisemblablement à forte intensité de main-d’œuvre) pour financer les importations supplémentaires de denrées alimentaires. Si les pays en excédent vivrier devaient à nouveau décréter des interdictions d’exporter comme pendant la flambée des prix de 2007-2008, importer davantage coûterait encore plus cher.

L’agriculture facteur de changement climatique

L’agriculture représente 14% des émissions mondiales de GES. Ce chiffre atteint 30% si l’on y inclut les défrichements pour l’exploitation agricole et la production de produits agrochimiques. Près de 80% du total des émissions causées par l’agriculture (déboisement compris) concernent des PED.

Le total des émissions d’origine agricole augmente à mesure que l’offre augmente. L’intensité des émissions de la production (la quantité d’émissions de GES par unité de denrée alimentaire produite) augmente aussi du fait de la demande accrue de viande, notamment dans les PED. À titre d’exemple, les émissions de GES liées à la production de bœuf sont 13 fois plus importantes que pour la production de protéines végétales (lentilles, tofu, etc.).

Réduire la demande de viande serait le meilleur moyen de réduire les émissions agricoles. Toutefois, les lobbies agricoles se sont opposés aux ‘taxes sur le méthane’ produit par le bétail. Les pays exportateurs de viande soumis à une réglementation climatique s’inquiètent aussi de perdre un avantage concurrentiel au profit des pays n’appliquant pas de taxes.

En principe, au plan technique, il est possible de réduire considérablement les émissions issues de l’agriculture en améliorant les pratiques culturales et en stockant le carbone dans les sols. Élaborer des politiques de nature à inciter les agriculteurs à améliorer ces pratiques est toutefois beaucoup plus compliqué que réglementer les industries dont les pollueurs sont assez facilement contrôlables.

Le principal obstacle à l’élaboration de politiques d’atténuation du changement climatique dans l’agriculture consiste à mesurer, rapporter et vérifier (MRV) les réductions d’émissions, une entreprise potentiellement difficile dans les pays comptant des millions de petits exploitants et dont les autorités réglementaires n’ont pas de moyens.

C’est en partie du fait du problème de MRV que l’agriculture n’est pas couverte par les accords de réduction des émissions existants (comme le Protocole de Kyoto qui arrivera bientôt à expiration). Rares sont les financements alloués à des projets d’atténuation dans l’agriculture – à titre d’exemple, 1% seulement du portefeuille du Mécanisme de développement propre est consacré à l’agriculture. Les marchés de crédits carbone volontaires pour l’agriculture restent limités.

Rôle du commerce dans l’atténuation du changement climatique

On ne peut, a priori, pas toujours dire que l’exportation de denrées alimentaires a une incidence positive ou négative sur l’environnement. En termes d’échelle, lorsque le commerce augmente, les émissions font de même – plus ou moins en fonction du mode de transport. À titre d’exemple, le fret maritime produit bien moins d’émissions que le fret aérien.

Nombre de consommateurs occidentaux acceptent le concept de ‘kilomètres alimentaires’, et pourtant les données empiriques disponibles montrent que le commerce permet d’approvisionner en denrées alimentaires à faible intensité d’intrants énergétiques (produites dans les régions chaudes) les régions où l’intensité énergétique nécessaire à leur production serait autrement élevée (les régions froides). Lorsque les émissions du transport continuent de susciter des inquiétudes, mieux vaut intégrer le coût du transport aérien et de l’expédition dans le prix international du carbone plutôt que de bloquer les échanges.

Les détaillants des pays développés exigent des exportateurs qu’ils mesurent leur empreinte carbone tout au long du cycle de vie des produits alimentaires. Toutefois, les méthodes de calcul ne sont pas harmonisées, ce qui rend l’accès au marché plus coûteux pour les exportateurs et sème la confusion dans l’esprit des consommateurs. La rentabilité des mesures de réduction des émissions impliquant mesurage et étiquetage n’est pas avérée. De même, les taxes carbone à l’examen se heurtent à des obstacles politiques de même qu’administratifs liés au calcul de la taxe sur les importations.

D’autres mesures commerciales ont une incidence indéniablement négative sur l’environnement. L’exportation de biocarburants en provenance des zones tropicales est limitée par des droits d’importation. L’éthanol à base de canne à sucre (des régions tropicales) ayant une performance énergétique et d’émissions supérieure à celle de l’éthanol à base de maïs, la libéralisation de ses échanges signifierait un approvisionnement mondial plus efficace et un meilleur bilan énergétique des carburants (moins d’émissions liées à leur production). Tout comme dans le cas des interdictions d’exporter, cette mesure met en exergue la nécessité d’instaurer un cadre de règles commerciales (sur les droits de douane et les subventions inéquitables, par exemple) de manière à susciter davantage de confiance dans le système commercial. Pour cela il serait important de conclure le Cycle de développement de Doha de l’OMC.

Les mesures commerciales isolées apparaissent, au mieux, comme des instruments peu efficaces de lutte contre le changement climatique et ils risquent même de nuire à la sécurité alimentaire, voire d’entraîner une augmentation des émissions nettes. Déployer des efforts concertés pour libéraliser les échanges dans le cadre de règles contribuerait non seulement à réduire les émissions d’origine agricole, mais améliorerait aussi la sécurité alimentaire en lissant les disparités régionales en matière d’accès à l’alimentation.

Note: L’ITC publiera fin 2011 Le Guide de l’exportateur: Empreinte carbone des produits