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Le commerce et les objectifs de développement durable

16 septembre 2014
ITC Nouvelles

Le GTO chargé de proposer une série d’ODD a clôturé 18 mois de discussions à la mi-juillet, en approuvant 17 objectifs et 169 cibles suggérés pour remplacer les OMD, qui arrivent à échéance l’année prochaine. Dans les OMD, les politiques commerciales étaient comprises dans l’objectif 8 – développer un partenariat pour le développement – surtout afin de permettre la croissance économique à travers un meilleur accès au marché pour les exportations des PED. Selon les commentateurs participant au débat sur les ODD, le nouveau programme devrait permettre d’intégrer les politiques commerciales dans les plans de développement. Roberto Azevêdo, Directeur général de l’OMC, a récemment souligné que le rôle du commerce dans le programme pour l’après-2015 'ne devrait pas être réduit uniquement à la libéralisation des échanges, mais plutôt être reconnu plus largement comme un outil politique de développement'.

Les ODD proposés reflètent en quelque sorte cette approche plus intégrée du commerce et du développement durable, puisqu’ils mentionnent un certain nombre d’objectifs liés au commerce. Certains d’entre eux sont des moyens intersectoriels de mise en place pour tout le programme, et comprennent notamment la conclusion du Cycle de Doha et l’augmentation des exportations des PED et de l’accès au marché pour les PMA. D’autres objectifs liés au commerce figurent parmi les objectifs pertinents du programme.

L’objectif 8 sur la croissance économique durable et inclusive est soutenu par une cible de mise en place visant à augmenter l’APC. Cela fait écho à l’indicateur 8.9 des OMD sur la proportion de l’aide internationale pour le développement allouée au renforcement des capacités commerciales. L’intégration de cibles liées au commerce dans les objectifs pertinents – telles que la réduction des subventions à la pêche, préjudiciables dans le cadre de l’objectif concernant les océans, et la prévention des restrictions au commerce dans les marchés agricoles dans le cadre de l’objectif visant à éradiquer la faim – reflètent l’idée selon laquelle un cadre politique cohérent intégrant des politiques commerciales soigneusement élaborées peut aider à atteindre les objectifs d’intégration économique, sociale et environnementale.

Étant donné que 95% de l’économie mondiale est composé de PME, ces producteurs forment l’épine dorsale de l’économie mondiale et représentent un moteur de croissance clé pour les PED. Certaines cibles liées au commerce visent à assurer que les petits producteurs ont accès aux entrants essentiels, en particulier aux ressources naturelles, aux services financiers et aux marchés.

ACCÈS AUX MARCHÉS

L’objectif 2, éradiquer la faim, vise à doubler la productivité agricole et les revenus des petits producteurs de denrées alimentaires d’ici à 2030 à travers l’amélioration de l’accès aux terres et à d’autres intrants, aux services financiers et aux marchés pour leurs produits. L’objectif 14, sur la conservation et l’utilisation durable des océans et des mers, comprend une cible spécifique de mise en place qui vise à améliorer l’accès aux ressources marines et aux marchés pour les petits pêcheurs artisanaux.

L’accès au financement joue un rôle essentiel dans les rouages du commerce mondial; il a été cité par les PED comme la principale contrainte à la participation à la chaîne de valeur mondiale (Panorama de l’Aide pour le commerce 2013: Se connecter aux chaînes de valeur, OMC/OCDE, 2013). L’objectif 8 sur la croissance économique durable et l’emploi mentionne une cible visant à encourager la formalisation et la croissance des PME, notamment à travers l’accès aux services financiers. L’objectif 9 sur l’infrastructure résiliente, l’industrialisation durable et l’innovation comprend également une cible visant l’accès par les petites entreprises des PED aux services financiers, à des crédits accessibles et à l’intégration dans la chaîne de valeur.

Alors qu’on se félicite du programme des ODD proposés, quelques lacunes persistent. Deux en particulier touchent les PME: améliorer la capacité des commerçants à faire circuler les marchandises à travers les frontières et reconnaitre l’importance des services pour la diversification économique et le développement.

INFRASTRUCTURE POUR LE COMMERCE

Une version antérieure de l’objectif 9 comprenait une cible visant à améliorer l’infrastructure transfrontalière afin de promouvoir la connectivité régionale et faciliter les échanges. Les ODD proposés intègrent l’infrastructure transfrontalière dans une cible plus large visant le développement d’infrastructures accessibles de haute qualité pour soutenir le développement économique. Vu que le commerce peut être un moteur pour le développement, il serait utile de maintenir une référence à l’investissement dans l’infrastructure en vue de faciliter le mouvement de marchandises à travers les frontières.

La facilitation des échanges est certes utile pour tous les commerçants, mais elle l’est particulièrement pour les petites entreprises, dont la capacité d’absorber les coûts imposés par une faible infrastructure et une réglementation excessive est souvent réduite. De plus, cela sera une façon utile de soutenir leur capacité à utiliser l’accès aux marchés offerte dans le cadre d’autres cibles des ODD.

LES SERVICES ET LA CROISSANCE

Alors que les ODD mettent à raison l’accent sur l’importance des services financiers capitale pour les PME, ils pourraient souligner l’importance des crédits à l’exportation et du financement du commerce pour les petits exportateurs et refléter plus clairement l’importance des services pour la diversification et le développement de l’ensemble des économies. Cela pourrait, à son tour, offrir des opportunités pour les petites entreprises. Une recherche menée par la Banque mondiale établit la corrélation entre la croissance du secteur des services et la réduction de la pauvreté et la manière dont elle contribue à la création d’emplois (The Service Revolution, 2010). L’ITC a également souligné l’importance des opportunités dans l’industrie des services pour les PME, notant que le Rwanda, le Sénégal et d’autres PMA africains sont déjà dotés de politiques de soutien à l’exportation de services externalisés.

Alors que l’objectif 8 fait référence à la diversification économique, au développement du tourisme durable et au renforcement des capacités des institutions financières nationales, de manière générale le programme semble donner plus d’importance à la diversification des secteurs industriels. Le fait d’ajouter une référence au soutien à la diversification économique en matière de services pourrait contribuer à intégrer plus clairement dans le programme une source importante de création d’emplois, de réduction de la pauvreté et de développement. Un argument similaire a été avancé par d’autres commentateurs, notamment From the Millennium Development Goals to the Sustainable Development Goals: Learning the lessons from the trade diagnostic studies in the Pacific. (Gay, Keane et Basnett, Institut de développement d’Outre-mer, 2014).

Les services représentent déjà deux tiers de la production mondiale et des emplois, et ils devraient continuer à s’étendre à tous les niveaux du développement. Une exploitation réussie de ces moteurs modernes de croissance devrait constituer une partie importante d’un programme qui cherche à fournir une feuille de route pour le développement international pour les 15 prochaines années.