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La politique environnementale contribue à éradiquer la pauvreté

30 mars 2012
ITC Nouvelles

Lorsqu’en juin prochain, les pays se réuniront à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), le lieu (Rio de Janeiro au Brésil) et l’objectif global (le développement durable) seront les mêmes que ceux de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de 1992. Pourtant les défis sociaux et environnementaux du XXIe siècle ont profondément changé la donne. L’impact du changement climatique, de la désertification et de la perte de biodiversité est bien concret. La pénurie de ressources, à l’origine de l’insécurité hydrique, alimentaire et énergétique, menace le bien-être de l’homme et affecte de manière disproportionnée les pauvres, fortement tributaires des ressources naturelles. Après deux siècles de croissance économique sans précédent, plus de deux milliards de personnes vivent dans la pauvreté. Ces crises ont pour caractéristique commune une mauvaise affectation des capitaux, qui s’est traduite par des risques environnementaux accrus et une perte de capital naturel et donc des moyens de subsistance.

Alors que les gouvernements préparent Rio+20, il est largement admis que l’économie verte agit comme un catalyseur du développement durable et de l’éradication de la pauvreté. Un rapport de 2011 du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Vers une économie verte: Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté, estime qu’investir 2% du PIB mondial dans la mise en œuvre de la transition vers une économie verte peut apporter une croissance plus rapide de l’économie mondiale à moyen et long terme tout en réduisant les risques environnementaux et les pénuries inhérentes à notre économie brune. Ces conclusions montrent qu’on ne peut pas faire de compromis entre le développement économique et l’investissement dans l’environnement.

L’économie verte est pauvre en carbone, respectueuse des ressources et socialement inclusive. Elle est tirée par les investissements publics et privés qui réduisent les émissions de carbone et la pollution, accroissent l’efficacité sur les plans énergétique et de l’utilisation des ressources, freinent la perte de biodiversité et de services écosystémiques, et réduisent les risques environnementaux. Dans une économie verte, le capital naturel est maintenu, amélioré et, le cas échéant, rebâti pour devenir un atout économique, un moyen de subsistance et un bien public. Ainsi, dans le district de Makete en République-Unie de Tanzanie, les forêts et les ressources herbagères sont essentielles à la protection des bassins hydrographiques et à la production agricole et animale. La stratégie fondée sur les pratiques de gestion des espaces boisés adoptées par les petits exploitants a généré de nouveaux revenus pour les communautés locales et renforcé la résilience au changement climatique.

En fait, l’économie verte offre de nombreuses opportunités aux pays en développement, incluant les PMA, d’améliorer leurs moyens d’existence et de préserver l’environnement naturel. Notre modèle actuel de croissance économique et l’approche du développement qui en découle n’ont pas réussi à réduire la pauvreté et à créer des emplois pour les communautés pauvres. Dans certains pays en développement, jusqu’à 90% du PIB est lié à la nature et au capital naturel, notamment les forêts et l’eau douce.

Par exemple, les résultats d’une évaluation du marais de Nakivubo près de la ville de Kampala en Ouganda ont montré qu’il représente une valeur économique de $E.-U. 1 million à $E.-U. 1,75 million par an pour ce qui a trait aux services de purification des eaux usées et de rétention des nutriments. Les chercheurs ont conclu que les services fournis par le marais s’avèrent moins coûteux que l’aménagement d’infrastructures dispendieuses pour traiter les eaux usées de Kampala. Mais le capital naturel dont sont tributaires de nombreuses communautés pauvres, tel que le marais de Nakivubo, a jusqu’ici été sous-évalué.

La transition vers l’économie verte promeut les investissements dans des secteurs liés au capital naturel, tels que l’énergie renouvelable, l’agriculture bio, la foresterie, le tourisme durable et les services écosystémiques améliorés. Cela peut éviter aux pays en développement, aux PMA et aux pauvres des régions rurales de tomber dans le piège de la pauvreté. En retour, les opportunités économiques générées par ces investissements peuvent favoriser l’intégration des communautés pauvres à l’économie mondiale.

Changer de modèle de production et de consommation lors du passage à l’économie verte ouvrira de nouveaux marchés ou renforcera ceux existants pour les produits et services durables sur un plan économique, social et environnemental. Les pays en développement qui jouissent de nombreux atouts naturels, ont un avantage comparatif dans la fourniture de ces biens et services, les consommateurs se trouvant majoritairement dans les pays développés. L’économie verte est l’occasion pour les pays en développement d’accroître leurs échanges de biens et services durables et de générer une croissance grâce aux recettes d’exportation.

Ainsi, pour 23 des 48 PMA, le tourisme constitue une des trois principales sources de devises; les PMA insulaires en particulier sont très dépendants des revenus du tourisme. Les initiatives écotouristiques, qui ont souvent une assise communautaire et opèrent à petite échelle, préservent les écosystèmes et créent des emplois pour les travailleurs ruraux non qualifiés des régions ne disposant pas du capital ou des installations nécessaires pour exercer une activité industrielle. Au cours de la dernière décennie, l’écotourisme a connu une forte croissance et on estime qu’en 2012, il pourrait capter 25% des recettes touristiques mondiales. Les revenus provenant des touristes internationaux pourraient représenter $E.-U. 240 milliards et les destinations écotouristiques se situant majoritairement dans les pays en développement, le potentiel économique et de développement est évident. En République démocratique populaire lao par exemple, l’écotourisme est devenu une activité florissante, qui représente 50% des revenus totaux du tourisme. Globalement, le nombre d’arrivées internationales dans le pays a grimpé, passant de 1 million en 2005 à plus de 20 millions en 2009.

Le commerce des produits issus de la biodiversité, tels que les cosmétiques, les médicaments, les aliments et les ingrédients alimentaires naturels, est un autre secteur prometteur pour les pays en développement. La demande a fortement augmenté et témoigne de l’énorme potentiel de croissance. Les profits de ces développements peuvent être importants. Par exemple, on a estimé à $E.-U. 1 milliard la valeur des agents anticancéreux dérivés d’organismes marins pour 2006.

De nombreux pays en développement offrent aussi un énorme potentiel pour mobiliser les énergies renouvelables en faveur du développement. Dans nombre d’entre eux, le manque d’électricité constitue un obstacle persistant au développement, rendant difficile, voire impossible, l’éclairage des maisons et des écoles, le fonctionnement des réseaux de communication, la réfrigération des aliments et des médicaments, et le bon fonctionnement des entreprises et des industries. Dans les PMA, 77% de la population n’a pas d’accès fiable à l’électricité et de nombreux pauvres des régions rurales accèdent à l’énergie par combustion de la biomasse, ce qui contribue à la déforestation, à la désertification, à la pollution de l’air intérieur et à l’apparition de maladies. En électrifiant les régions rurales pauvres, l’économie verte contribue à l’éradication de la pauvreté. L’énergie renouvelable est particulièrement prometteuse car elle fournit de l’énergie aux régions sans infrastructure de réseau.

Plusieurs PMA (Bhoutan, Népal, Sénégal et République-Unie de Tanzanie) ont lancé des projets d’électrification rurale qui inscrivent les énergies renouvelables au cœur de leurs stratégies énergétiques nationales, démontrant ainsi la mise en action des politiques de promotion de l’économie verte. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré 2012 Année internationale de l’énergie durable pour tous afin de souligner le rôle de l’accès à l’énergie propre dans la diminution des risques climatiques, le recul de la pauvreté et l’amélioration de la santé mondiale.

L’humanité tout entière dépend des services rendus par les écosystèmes dont la dégradation n’épargne pas les populations riches à l’ère de la mondialisation. Mais les premières victimes sont les populations pauvres, étroitement tributaires des ressources et des services offerts par la nature, qui paient le plus lourd tribut à la dégradation des écosystèmes et autres risques environnementaux, et à la pénurie de ressources. Cependant, le passage à l'économie verte offre aux pays en développement et aux PMA de nombreuses opportunités économiques et de développement. En instaurant les cadres politiques et institutionnels requis, les pays concernés pourront tirer parti des ces opportunités. Parallèlement, la communauté internationale doit fournir un appui technique et financier pour aider les pays en développement à passer à l’économie verte. Rio+20 offre une occasion unique de négocier le virage de l’économie verte et d’être proactifs en ce domaine, ce qui nous rapproche de l’objectif commun de développement durable pour 7 milliards de personnes, qui seront 9 milliards en 2050.