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La croissance verte : un impératif du développement économique

30 mars 2012
ITC Nouvelles

Alors que le monde peine à se relever de la récession économique issue de la crise financière de 2008, il est clair que les modèles de développement industriel du passé sont moins viables sur les plans économique et environnemental. Le progrès économique et la croissance démographique, notamment dans les pays en développement, ajoutent à la pression qu’exercent les pays développés sur les ressources naturelles et les écosystèmes. Les cours mondiaux des matières premières sont à la hausse tandis que l’environnement et l’offre de ressources naturelles se dégradent et freinent la croissance. Pour maintenir la croissance et la prospérité des pays émergents et le niveau de vie des pays développés, il faut un nouveau paradigme de croissance économique: la croissance verte.

En bref, la croissance verte est un modèle de développement qui ne fait pas de la croissance et de la durabilité environnementale des concepts séparés et distincts. Les planificateurs du développement au sein des gouvernements et du secteur privé estiment souvent que la protection de l’environnement fait obstacle à la modernisation économique ou est un luxe pour les pays industriels. Inversement, les défenseurs de l’environnement et les experts du changement climatique considèrent les forces du marché comme le principal facteur de dégradation et de destruction de l’environnement. Ces avis contradictoires ont empêché de progresser sur ces deux fronts. La croissance verte tente de concilier les facteurs clés de la performance économique (réduction de la pauvreté, création d’emplois et intégration sociale notamment) et ceux de la performance environnementale (adaptation au changement climatique, perte de biodiversité et accès à l’eau potable et à l’énergie par exemple).

Grâce au progrès technologique, les pays émergents ont sauté les stades sales du développement, qui ont marqué l'histoire du XXe siècle, et les pays en développement ont verdi leur économie. Via des partenariats entre gouvernements, institutions locales et internationales et acteurs privés, de nombreux pays ont élaboré des politiques de croissance verte. Ainsi, l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI en anglais) a noué un partenariat avec divers Gouvernements (Cambodge, Éthiopie, Kazakhstan, Mongolie et Émirats arabes unis) et de nombreuses organisations locales et internationales pour aider les pays à élaborer de vastes programmes nationaux de croissance verte adaptés aux besoins locaux et
nationaux.

Définir clairement et mesurer les résultats et les succès de la croissance verte est un processus continu et fluide, fortement tributaire de la situation locale. D’une manière générale, le GGGI évalue le succès de la mise en œuvre et du maintien des programmes de croissance verte (GGP en anglais), non seulement l'engagement des gouvernements et institutions partenaires et le nombre de parties prenantes mais aussi le degré d’institutionnalisation aux plans local et national, la capacité interne créée, son développement et la diffusion des technologies vertes appropriées et le financement reçu.

L’Éthiopie, un des plus importants pays d’Afrique en termes de population (85 millions d’habitants) et de croissance démographique (plus de 3% par an), illustre concrètement le travail du GGGI. Elle possède une grande diversité géographique, climatique et du sol. Au cours des dernières années, elle a connu une croissance rapide et malgré les problèmes, elle a prouvé son potentiel de croissance.

Dans ce contexte, le GGGI a noué un partenariat avec le Gouvernement éthiopien pour notamment élaborer un programme complet censé jeter les bases et renforcer le Plan de transformation et de croissance du Gouvernement, un ambitieux projet de développement économique censé faire passer l’Éthiopie à un statut de pays à revenu intermédiaire d’ici 2025. La stratégie en faveur d’une économie verte résistante au climat servira de feuille de route au développement vert. Elle inclut des activités pour améliorer la capacité institutionnelle du Gouvernement à soutenir la mise en œuvre des politiques de croissance verte. La capacité locale se bâtit via la formation des sous-comités techniques qui transmettent aux futurs dirigeants le savoir des spécialistes de la croissance verte. Un comité directeur ministériel a été créé pour coordonner les activités entre les différents ministères et nouer des liens avec les organisations locales pour favoriser l’adhésion et le transfert de technologies.

Au niveau technologique, les plans éthiopiens de croissance verte prônent l’utilisation de technologies et de techniques vertes dans divers secteurs (foresterie, agriculture et énergie). Une analyse sectorielle approfondie a conclu que l’Éthiopie pourrait fortement réduire la déforestation en améliorant la productivité des terres agricoles via une agriculture plus intensive et l’adoption de techniques agricoles peu polluantes. Pour doper la productivité, on peut privilégier les technologies vertes d’irrigation domestique, essentiellement des pompes à moteur ou manuelles qui tirent parti des ressources hydriques nationales. Ces technologies sont déjà utilisées sur 100 000 hectares de terres et leur utilisation croît de 30% par an. Bien adaptées, elles peuvent améliorer les revenus et la sécurité alimentaire de près de 700 000 familles agricoles (soit cinq millions de personnes) dans cinq ans.

Mise en œuvre avec succès, la croissance verte en Éthiopie aura un impact et des implications majeurs dans le cadre des plans économiques ambitieux et pourra avoir d’autres effets dans la région en prouvant qu'elle est un modèle économique durable. L'ampleur du succès au plan national déterminera si l’Éthiopie peut, au fil du temps, connaître une croissance rapide et durable, et développer son économie tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre et d’autres formes de dégradation de l’environnement généralement inhérentes au développement économique. Cet équilibre vaut pour tous les pays engagés sur la voie de la croissance verte.

Alors que le GGGI fait appel aux partenariats avec les pays en développement, le changement climatique et la raréfaction des ressources contraignent les pays développés à adopter des stratégies de croissance verte. Si les gouvernements sont souvent les mieux placés pour stimuler la croissance, la durabilité des résultats implique aussi un investissement et une créativité du secteur privé et de la société civile. Le GGGI entend concilier ces deux volets pour accélérer et amplifier la transition de l’économie mondiale vers un modèle de progrès de grande envergure moins énergivore. Le concept de croissance verte en est encore à ses balbutiements mais il est urgent de l’intégrer dans les stratégies commerciales et politiques au vu de la situation économique et environnementale actuelle.