Features

La couture comme billet de sortie de la pauvreté pour les femmes

3 juillet 2013
ITC Nouvelles
Relier les micro-producteurs et l’industrie internationale de la mode pour créer l’estime de soi et des vies meilleures

Les textiles tissés à la main et les colorants naturels du Ghana, du Mali et du Burkina Faso, trois des pays les plus pauvres du monde, commencent à être introduits dans l’industrie mondiale de la mode grâce à l’Initiative Mode éthique (EFI) du Centre international du commerce (ITC). L’Initiative vient juste de s’étendre à l’Afrique Occidentale, reliant les micros producteurs et les acheteurs du secteur de la mode en Europe.

L’EFI œuvre dans le but d’améliorer les moyens de subsistance des micro entrepreneurs et des groupes de communautés marginalisés en Afrique Orientale, en Afrique Occidentale et en Haïti en les mettant en relation avec des grandes maisons de la mode et en offrant son assistance pour la création de trésors d’artisanat dont les consommateurs sont très friands.

Certains des plus importants créateurs de mode du monde comme Stella McCartney, Vivienne Westwood, Ilaria Venturini Fendi et Sass & Bide soutiennent l’initiative, qui à son apogée a réuni plus de 7 000 artisans, dont la plupart étaient des femmes. L’EFI a débuté comme projet pilote en 2007 au Kenya et en Ouganda. Alors que le Kenya est un pays industriellement avancé, plus de la moitié de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’on estime que le 'secteur informel' – qui comprend les personnes exclues de l'économie principale et qui n'on pas accès à des services bancaires ou d'épargne – est responsable de plus d’un tiers du produit intérieur brut du Kenya. Depuis ses débuts, l'EFI aide les artisans à assurer un revenu et à avoir accès aux services bancaires, permettant ainsi à ceux dont les ressources sont limitées de planifier mais aussi d’économiser. Le noyau africain de l’Initiative se trouve à Nairobi, ville de plus de 3 millions d’habitants, où le contraste entre riches et pauvres est saisissant. Le noyau de Nairobi, et un site à Gilgil, dans la Vallée du Rift, offrent des lieux de travail sûrs où des femmes de divers horizons sont encouragées à collaborer.

Au Kenya, les femmes impliquées dans l’EFI produisent des accessoires, en général des sacs, ainsi que des bijoux et des chaussures. La fabrication d’un simple sac peut comprendre une dizaine de techniques artisanales différentes à travers l’utilisation des compétences du plus grand nombre de groupes communautaires possible.

Au Burkina Faso, où la plupart de la population pratique une agriculture de subsistance, ou peu s'en faut, l’initiative a créé un noyau régional à Ouagadougou, la capital du pays, qui sert aussi aux bénéficiaires de l’EFI au Mali. Les deux pays sont connus pour leurs techniques et leur expertise dans le traitement, la teinture et le tissage du coton pour la fabrication de beaux tissus qui atteignent des prix élevés sur les marchés internationaux et constituent la plus grande fierté de ceux qui les fabriquent.

Stylistes et autres acteurs de l’industrie de la mode obtiennent ces tissus à travers l'EFI en Afrique Occidentale. Le projet a déjà laissé une trace sur le monde international de la mode. En effet, un sac de week-end – fabriqué avec du textile tissé au Burkina Faso – a été présenté à Londres lors du défilé de mode de Vivienne Westwood en février 2013.

Au Ghana, où près de 30% de la population survit avec moins de $E.-U. 1,25 par jour, il y a un grand respect pour l’artisanat traditionnel, ainsi qu’un goût prononcé pour la mode et un savoir-faire croissant en matière de fabrication. L’EFI travaille avec des talents en herbe de la création de mode et les aide à créer leurs marques et leurs entreprises, offrant des places de travail à plusieurs personnes, des couturières aux comptables. L’EFI, financé par le Secrétariat d’État à l’économie de la Suisse (SECO) ainsi que par l’Allemagne, la Norvège et le Japon, utilise la mode comme porte de sortie de la pauvreté, mettant en relation les communautés marginalisées, organisées en sociétés coopératives, et les chaînes de valeur internationales de l’industrie de la mode. Elle répond également au désir grandissant de plusieurs acteurs de l’industrie de la mode de travailler avec des artisans qui reçoivent un salaire décent, ont des conditions de travail équitables et utilisent des matériaux produits de manière éthique. L’Initiative autonomise les femmes, leur permettant d’assurer un revenu régulier et d’améliorer les conditions de vie de leurs familles et de leurs communautés, et de gagner confiance et respect.

La mode africaine sur les podiums à Rome

Des stylistes en herbe présenteront en juillet 2013 une collection africaine produite dans le cadre de l’Initiative Mode éthique de l’ITC lors de la Semaine de la mode à Rome. L’événement, qui a lieu tous les deux ans, est organisé par AltaRomAltaModa et réunit des stylistes du monde entier. La collection de mode africaine est co-pilotée par l'EFI et comprend des collections créées par l’étoile montante italienne, la styliste Stella Jean, et le duo de stylistes suisses PortenierRoth, avec des textiles tissés à la main au Burkina Faso et au Mali. Elle présentera également des créations de marques ghanéennes Kiki et Christie Brown.

Stella Jean

Stella Jean est une jeune créatrice de mode née à Rome avec des origines caribéennes. Elle a présenté sa première collection en juillet 2011 et a gagné le concours 'Who is on Next', sponsorisé par Vogue Italia et AltaRoma. Stella Jean, ancienne mannequin, conjugue motifs africains et éléments modernes pour refléter ses origines italiennes et haïtiennes. Ses collections sont des 'reflets de la vie inspirés d’expériences multidimensionnelles'. Stella Jean soutient l’Initiative Fashion-Able Haïti, qui œuvre pour la création d’emplois durables en Haïti à travers des sites de production manufacturière pour le marché américain.

PortenierRoth

Sabine Portenier et Evelyne Roth sont deux créatrices suisses qui ont lancé leur marque en 2007. Leur concept est unique: elles n’ont pas de collections saisonnières, mais elles créent une collection par an avec un accent différent sur chaque saison. Ces deux stylistes sont passionnées par le mélange entre mode et art contemporain dans leurs présentations, pour lesquelles elles ont reçu de nombreux prix.

Kiki Clothing

Kiki Clothing est une marque ghanéenne de vêtements et chaussures pour femmes et enfants créée par Titi Ademola, créatrice de mode ghanéenne-nigériane. Les collections Kiki Clothing arborent des couleurs vives et des motifs africains, le tout dans un style décontracté. Pour ses collections, Titi Ademola s’inspire tout d’abord de ses origines ghanéennes et nigériane et de la vie de tous les jours, en plus d’autres cultures. Tous les produits sont fabriqués au Ghana avec des tissus du Mali et du Ghana afin de permettre aux pays africains de bénéficier du monde de la mode.

Christie Brown

Christie Brown est une marque de vêtements féminins de luxe basée au Ghana. Elle a été créée en 2008 par Aisha Obuobi, qui l'a appelée comme sa grand-mère, source d’inspiration initiale de sa carrière dans la mode. En 2009, Aisha Obuobi a gagné le prix 'Emerging Designer of the Year' lors de la Semaine de la mode à Arise, en Afrique du Sud, et elle a été la seule styliste ghanéenne à présenter sa collection lors de la Semaine de la mode à Paris. En utilisant des styles modernes et des motifs africains dans ses collections, Aisha Obuobi espère offrir un véritable goût pour l'Afrique aux femmes élégantes et modernes.