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Former les futurs responsables de la politique commerciale

12 décembre 2011
ITC Nouvelles

Le renforcement des capacités à prendre part au commerce mondial est chaque jour plus essentiel à la croissance économique des PED. Ce processus repose sur des initiatives à petite échelle, nul ne saurait dire où il débute et où il s’achève. Parmi ces initiatives figurent le Programme 2010 en faveur des dirigeants commerciaux lancé par l’ITC et parrainé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Le programme visait à former un petit groupe de fonctionnaires gouvernementaux aux questions et analyses commerciales, à leur donner les moyens de mener des initiatives de développement dans leur pays et à diffuser leur savoir. Trois futurs dirigeants commerciaux ont été choisis parmi tous les candidats représentant les pays d’Afrique associés au Programme intégré conjoint d’assistance technique (JITAP): Max Wengawenga du Malawi; Catherine Kithinji du Kenya et Paulin Zambelongo du Burkina Faso. Le programme intensif de six mois leur a permis d’acquérir les bases de l’analyse liée au commerce, d’apprendre à recenser les possibilités d’améliorer les résultats nationaux à l’exportation par la diversification des produits et des marchés, et à analyser les débouchés et obstacles sur les marchés.

Le Forum du commerce international a suivi les participants à l’édition 2010 du programme pour leur demander quel était son impact sur leur travail et entendre leur point de vue sur l’environnement d’affaires dans leur pays.


MAX WENGAWENGA
Économiste principal, Ministère du commerce et de l’industrie du Malawi 

FC: Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis votre participation au programme de l’ITC ?
Wengawenga:
Je suis plus efficace dans mes analyses commerciales. Grâce aux outils de l’ITC, je perds moins de temps et d’argent à chercher l’information. De plus, mes compétences de formateur se sont considérablement améliorées. J’ai organisé depuis plusieurs formations destinées à des hommes d’affaires, ce qui m’a permis de mieux comprendre leur expérience, leurs attentes et leurs difficultés. Je peux à présent prodiguer aux gouvernements des conseils plus pertinents sur la manière de soutenir le secteur privé.

FC: Quel est l’impact du commerce sur la vie des populations du Malawi ?
Wengawenga:
En 2010-2011 les exportations de tabac [principal produit d’exportation du Malawi] ont considérablement diminué, causant une chute marquée des recettes en devises et une grave pénurie de carburants. Cette pénurie de carburants s’est traduite par un ralentissement de l’activité des industries manufacturières du pays, faisant craindre des pertes d’emplois, et causant d’importants problèmes de mobilité. L’on ne saurait donc trop insister sur l’importance du commerce international.

FC: L’Aide pour le commerce fait actuellement l’objet de brûlants débats, mais peut-elle avoir un impact réel?
Wengawenga:
Le Malawi se trouve face à deux grands défis. Premièrement, l’APC doit bénéficier à trois types d’infrastructures économiques: la production d’énergie, 25% des coûts de production au Malawi étant imputables aux coupures d’électricité; les routes, pour améliorer le transport des marchandises vers d’autres régions et pays; et la technologie, étant donné que c’est grâce à elle que les gens ont accès aux informations essentielles sur les marchés. Le deuxième défi consiste à soutenir la capacité de production – en particulier les compétences et le renforcement des capacités pour l’approvisionnement en biens et en services.

FC: Comment améliorer la situation des femmes entrepreneurs au Malawi?
Wengawenga:
Le commerce permet de lutter contre la pauvreté, et 70% des pauvres sont des femmes. Elles jouent donc un rôle clé dans la lutte contre la pauvreté. Au Malawi, les femmes entrepreneurs sont assez nombreuses et sont des exemples à suivre. Nous devons absolument continuer à les soutenir, notamment en créant des produits et des mesures destinés aux femmes, par exemple en leur donnant accès au crédit. Après tout, il semblerait qu’elles remboursent mieux leurs prêts que leurs homologues masculins.


CATHERINE KITHINJI
Responsable du développement du commerce, Ministère du commerce du Kenya

FC: En quoi votre travail a-t-il changé à présent que vous êtes un ‘leader du commerce’ ?
Kithinji:
Mon travail au Kenya consiste à former mes collègues et d’autres fonctionnaires des institutions d’appui au commerce à l’utilisation des outils d’analyse et d’étude des marchés. La formation de l’ITC a facilité mon travail. Avant, nous devions appeler le Conseil de promotion des exportations du Kenya dès que nous avions besoin de statistiques.
Depuis juin 2011, je suis en poste au Sud Soudan, où mon objectif premier est d’orienter et de superviser les fonctionnaires sud-soudanais. J’aide aussi le nouvel État à structurer son Ministère du commerce et de l’industrie et à élaborer le plan stratégique du ministère avec les parties intéressées clés. Cela a été une occasion en or de consolider les enseignements de l’ITC, y compris les outils MAR et la Stratégie nationale d’exportation (SNE).

FC: Quel est l’impact du commerce international et de la politique commerciale sur la vie des populations?
Kithinji:
Travaillant depuis peu au Sud-Soudan, j’ai ressenti les effets de la fermeture des frontières. Avant l’indépendance du Sud-Soudan cette année, les produits circulaient librement entre le Nord et le Sud. Après l’indépendance, le Soudan a fermé sa frontière avec le Sud-Soudan. En l’espace de quelques mois, les prix des produits essentiels tels le carburant, l’alimentation et autres produits ménagers ont littéralement flambé. Les régions proches de la frontière, comme le Haut Nil, n’ont enregistré aucun passage de véhicule ou presque. Les produits essentiels sont vendus à des prix exorbitants. De ce fait, un grand nombre de produits de contrefaçon et de mauvaise qualité pénètrent dans le pays.

FC: Quel est le rôle des femmes dans le commerce au Kenya et au Sud-Soudan?
Kithinji:
Les femmes sont l’épine dorsale des sociétés africaines. Elles produisent environ 80% des denrées alimentaires produites en Afrique. Nous ne devons donc pas sous-estimer le rôle joué par les femmes dans la société si le pays veut parvenir à une croissance économique durable. Cependant, dans les régions détruites par la guerre comme le Sud-Soudan, une culture de l’attentisme et de l’assistanat s’est enracinée dans le pays. Cette attitude doit changer pour créer une nation prospère et travailleuse. C’est la raison pour laquelle les femmes doivent être intégrées à la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’à la commercialisation et l’exportation. Je suis en train d’élaborer des stratégies et de concevoir des
activités afin de rassembler des femmes dans des groupes de production pour les former à la gestion des petites entreprises.

 

PAULIN ZAMBELONGO
Conseiller chargé des affaires économiques, Ministère du commerce du Burkina Faso
 

FC: La récente étude portant sur les mesures non tarifaires au Burkina Faso a mis en lumière certains freins à l’économie. Que faire pour en venir à bout?
Zambelongo:
Les principaux obstacles sont liés aux prescriptions en matière de certification à l’importation et à l’exportation, ainsi qu’aux retards dus aux procédures administratives. En ce qui concerne les solutions possibles, je vous renvoie à l’atelier de restitution organisé à Ouagadougou en novembre 2010, car je pense que les besoins qui y ont été recensés sont essentiels. Ils englobaient les laboratoires nationaux pour faciliter l’évaluation et la certification des produits exportés, les procédures SPS [sanitaires et phytosanitaires] simplifiées à l’exportation et l’amélioration de la communication entre le secteur public et le secteur privé. Ces besoins seront vraisemblablement pris en considération pour trois raisons: premièrement, une mission de l’ITC s’est rendue au Burkina Faso pour évaluer les laboratoires; deuxièmement, ils seront probablement pris en compte dans la nouvelle Politique nationale de la qualité; et enfin, le Cadre intégré renforcé, sur lequel je travaille actuellement, pourrait être un tremplin à leur mise en œuvre et pourrait mobiliser les ressources nécessaires.

FC: À quel point la communication entre les secteurs public et privé est-elle importante pour surmonter les obstacles au commerce?
Zambelongo:
L’information est essentielle. D’une part, c’est le secteur public qui négocie les obstacles au commerce mais c’est le secteur privé qui y est confronté. D’autre part, le secteur privé a besoin d’informations sur les obstacles au commerce. J’ai récemment entendu parler d’un exportateur burkinabé de sésame qui a perdu toute sa marchandise à la frontière chinoise car il ne savait pas qu’il avait besoin d’un certificat phytosanitaire.

FC: Quel effet le Programme de l’ITC a-t-il eu sur votre travail?
Zambelongo:
Grâce au temps passé avec l’ITC, mon analyse de l’information commerciale s’est améliorée. J’ai le sentiment de travailler de manière plus professionnelle. J’ai aussi gardé le contact avec mes collègues du programme. Ils m’apportent leur aide et leur soutien lorsque j’en ai besoin.