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Échos du 4ème Examen global de l'Aide pour le commerce

1 octobre 2013
ITC Nouvelles
Durant le 4ème Examen global de l'Aide pour le commerce du 8-10 juillet, le Forum du commerce international a interviewé plusieurs participants, de ministres du commerce aux représentants d'institutions d'appui au commerce et partenaires donateurs de l'ITC au sujet de leur expérience avec l'initiative et leurs espoirs pour l'avenir
LA GAMBIE: maximiser l'impact d'Aide pour le commerce

Pour Kebba S. Touray, Ministre gambien de l'économie et des finances, une meilleure intégration régionale est la clé pour un meilleur avenir pour les entreprises et la population de son pays. La Gambie a été l'un des premiers pays à bénéficier de l'APC à travers le CIR, un programme à multiples donateurs qui aide les PMA à devenir plus actifs dans le système d'échanges mondiaux en les aidant à surmonter les contraintes liées à l'offre.

FC: Quels ont été les réussites de l'initiative APC pour la Gambie ces dernières années, et pourquoi?

La Gambia était l'un des premiers pays à pouvoir bénéficier de l'APC dans le cadre du CIR. L'APC a bien marché en Gambie, car nous avons pu récolter des fonds et les diriger vers des secteurs ayant un impact positif maximum sur notre développement économique.

FC: Quels sont les secteurs spécifiques pour lesquels vous souhaitez améliorer les opportunités d'exportation?

Tout d'abord, nous visons le secteur du tourisme. Mais nous continuons à nous axer sur les secteurs des matières premières et des marchandises, tels que les cacahuètes, l'une des cultures traditionnelles en Gambie. Récemment, nous avons diversifié en introduisant la noix de cajou et le sésame également.

FC: Quelle est l'importance du rôle joué par les PME dans le renforcement des capacités de la Gambie en matière d'exportations?

En Gambie, comme dans beaucoup de petites économies, le développement est basé sur les PME plutôt que sur les grandes entreprises. Alors que l'accès au financement est l'un des problèmes majeurs pour les petites économies en développement, la création d'une PME requiert moins de fonds en termes de durabilité et d'exigences en matière de financement.

FC: Comment décririez-vous la collaboration avec l'ITC pour atteindre le but de la Gambie d'augmenter ses exportations?

[Elle est] extrêmement importante. Notre collaboration avec l'ITC a toujours été très fructueuse. Nous collaborons avec l'ITC dans le cadre de l'APC, mais aussi d'autres programmes. L'ITC nous assiste dans les évaluations, études et dans la mise en œuvre des recommandations qui découlent de ces études.

FC: Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour améliorer l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest?

Ce serait difficile pour chaque pays d'être compétitif individuellement, c'est pourquoi nous sommes maintenant axés sur l'intégration régionale. La difficulté principale, c'est l'infrastructure. Individuellement, chaque pays peut disposer de bons réseaux, mais s'ils ne sont pas connectés au niveau régional, ce sera difficile pour nous d'avoir des échanges transfrontaliers et inter-régionaux.

C'est pourquoi à l'échelle de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, nous avons créé des institutions qui sont mandatées pour affronter ces défis. Nous avons par exemple West African Power Pool, chargée d'étudier la possibilité d'interconnexion électrique. Nous étudions également la possibilité de connecter nos réseaux de transport.

FC: Quel sont vos espoirs pour l'avenir, et comment voyez-vous la Gambie dans 50 ans?

Je préfererais parler au sens large et dire comment je verrais l'Afrique dans 50 ans. L'Afrique, c'est l'avenir, mais ce n'est qu'une théorie pour le moment. Nous devons arrêter d'être seulement fournisseurs de matières premières et affronter les difficultés politiques, économiques et sociales auxquelles nous sommes confrontés. Sans cela, nous ne pourrons jamais passer à l'étape suivante du développement. Si vous gérez mieux vos ressources, alors vous êtes sur la bonne voie pour le développement. Nous devrions être comme l'Union européenne, l'Amérique ou l'Asie, et c'est comme cela que j'espère que l'Afrique sera dans 50 ans ou même avant. L'Afrique doit frayer le chemin, mais nous devons inviter nos partenaires à avancer avec nous.

Amérique latine: travailler avec les PME pour doper les emplois et la croissance

Dans ces efforts pour réduire la pauvreté et favoriser la croissance économique, la Banque interaméricaine de développement (BID) s'engage en faveur de politiques qui permettent aux PME de se connecter aux chaînes de valeur mondiales et de gagner l'accès à de nouveaux marchés. Antoni Estevadeordal, Directeur du Secteur intégration et commerce de la BID, explique le rôle essentiel joué par les PME dans la création d'emplois et la croissance en Amérique latine.

FC: Quelle est l'importance du rôle joué par les PME dans les chaînes de valeur?

Les PME sont les principales responsables des emplois et de la croissance dans plusieurs pays, mais la participation des PME d'Amérique latine dans les marchés mondiaux est relativement faible comparée à d'autres régions. La banque promeut l'internationalisation des PME, en partie à travers une plateforme intitulée Connect Americas pour connecter les PME dans la région en utilisant la technologie. La technologie sera le facteur clé dans le changement qui pourrait introduire les PME dans ces marchés mondiaux.

FC: Quelles sont les difficultés rencontrées par les PME pour se connecter aux chaînes de valeur mondiales?

Il y a des barrières concernant des connaissances sur l'entrée dans de nouveaux marchés et l'accès au financement. L'Amérique latine est encore très en retard en termes d'infrastructure. La BID y travaille d'arrache-pied. Nous avons pour but d'investir 15% de nos prêts en projets d'infrastructure régionale pour essayer de pallier à certaines de ces lacunes. La réalisation de cet objectif sera très importante pendant les années à venir.

FC: Quel est le rôle joué par le commerce Sud-Sud en Amérique latine?

Le commerce Sud-Sud dans notre cas est surtout un système d'échange des produits manufacturés des pays asiatiques contre nos produits de base; c'est donc une relation complémentaire. La question est, dans quelle mesure sera-t-il durable pour votre région? À mon sens, il sera beaucoup plus stable que ce que nous avons pu voir par le passé.

FC: Quelle sera la situation économique des pays d'Amérique latine ces prochaines années?

Les pays réfléchissent en termes d'investissement dans l'éducation, le développement social, la technologie, l'innovation et l'infrastructure. Je crois que la consolidation de la gestion économique dans notre région est l'un des plus grands progrès que nous ayons constaté ces dernières décennies. Et pour la première fois, nous avons des sociétés multinationales présentes par exemple en Chine, en Inde et en Afrique. De manière générale, je pense que nous pouvons avoir une totale confiance en l'avenir.

FC: Des projets de collaboration avec l'ITC?

L'ITC est un partenaire important. Nous faisons partie d'un même groupe – agences de promotion des exportations, agences d'investissement – alors nous pourrions travailler ensemble dans des programmes de renforcement des capacités. À mon sens, la portée mondiale de l'ITC est un grand avantage. Nous travaillons en Amérique latine, le travail de l'ITC est mondial. Alors, réunir des expériences d'autres régions pour les appliquer à la nôtre, c'est un domaine sur lequel nous pourrons sûrement collaborer dans le future.

GHANA: une meilleure infrastructure régionale pour un meilleur commerce

Comme Directeur général du Ministère du commerce et de l'industrie du Ghana, Nii Ansah-Adjaye a eu l'occasion d'effectuer une étude minutieuse de l'APC. Selon lui, l'impact a été considérable. Dans une interview au Forum du commerce international, le Ministre présente l'expérience de l'initiative APC et explique dans quelle direction il voit évoluer son pays et l'Afrique à l'avenir.

FC: Quels ont été les réussites de l'initiative APC pour le Ghana ces dernières années, et pourquoi?

L'impact potentiel de l'APC régionale est évident. Elle peut nous aider à augmenter nos revenus de l'exportation pour soutenir l'investissement public dans l'éducation, la santé, la santé de la mère et de l'enfant, et les filets de protection sociale pour les groupes vulnérables. Elle peut nous aider à augmenter les opportunités d'emploi et à réduire les disparités dans la distribution des revenus, qui persistent malgré un avancement général dans la réduction de la pauvreté.

FC: Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour améliorer l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest?

L'infrastructure est clairement inadéquate. La plupart des pays n'ont pas assez de routes, de systèmes de transport, etc., et nous devons améliorer cela. L'amélioration de l'infrastructure nationale et interrégional nous aidera à nous assurer que nous améliorons et renforçons le commerce dans la région.

FC: Quel est le rôle joué par les PME dans la réalisation des objectifs de développement du Ghana?

Nous avons un nombre très limité de grandes entreprises au Ghana. En fait, les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) représentent 80% de notre industrie. Les MPME sont les principaux vecteurs de l'économie, mais on doit leur offrir des initiatives de renforcement des capacités pour leur permettre d'intégrer la chaîne de valeur [mondiale] d'approvisionnement.

FC: Comment décririez-vous la collaboration avec l'ITC pour atteindre le but du Ghana d'augmenter ses exportations?

Nos collaborations avec l'ITC ont toutes été réalisées dans le contexte de l'APC régionale. Nous avons par exemple ACCÈS!, qui a permit d'autonomiser les femmes. Nous avons eu le Programme d'appui au renforcement des capacités de commerce international au service de l'Afrique (PACCIA) II. Plus récemment, nous avons eu l'Initiative pour la mode éthique, qui crée des emplois pour les femmes et en même temps relie les producteurs aux chaînes mondiales d'approvisionnement: de la base jusqu'au niveau international.

FC: Quel sont vos espoirs pour l'avenir, et comment voyez-vous le Ghana dans 50 ans?

L'idée, c'est que dans 50 ans nous espérons être capables d'atteindre le niveau des revenus moyens à hauts, sans compter sur le pétrole [récemment découvert], mais en utilisant les revenus pour améliorer l'industrialisation, l'entrepreneuriat et le développement [général] – surtout pour les femmes.

CAP-VERT: mettre en œuvre des visions sur l'économie pour l'intégration mondiale

Lorsque le Cap-Vert est devenu indépendant du Portugal il y a 38 ans, il est entrée dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA). Depuis lors, il a non seulement quitté son statut de PMA, mais il l'a fait en plein milieu d'une crise économique mondiale. Selon Humberto Santos de Brito, Ministre du tourisme, de l'industrie et de l'énergie du Cap-Vert, l'apogée a été atteint en 2008, année de l'adhésion du Cap-Vert à l'Organisation mondiale du commerce.

FC: Comment le Cap-Vert a réussi à changer du statut de PMA au niveau suivant sans aide extérieure?

Depuis que nous avons gagné notre indépendance, nous avons beaucoup investi dans l'éducation, la santé et le développement socio-économique de notre société. Avec tous ce que nous avons investi pendant des années, c'est normal que nous atteignions nos objectifs.

Nous sommes très fiers des objectifs que nous avons atteints, et nous pensons pouvoir faire mieux à l'avenir. Nous avons une vision claire de ce que nous voulons pour notre pays, et nous avons une stratégie, un plan: devenir un pays à revenu moyen. Le défi est de taille, mais les expectatives du Cap-Vert sont hautes également.

FC: Quels sont les défis auxquels le Cap-Vert fait face?

Le Cap-Vert est un archipel, et en tant que tel nous avons des contraintes naturelles. Cela requiert une bonne stratégie pour relier nos [10] îles du point de vue économique, mais aussi pour les relier au monde.

Nous devons fournir en même temps des marchandises, de la nourriture et des services au secteur du tourisme. Le tourisme s'est beaucoup développé et nous espérons recevoir un million de touristes en 2017. Nous devons alors travailler afin de réduire l'importation de produits et augmenter notre propre production pour [fournir] le secteur privé. Nous voulons développer notre capacité d'exportation sur la base de produits niche, car nous pensons que cela est essentiel à notre développement.

Il sera important de développer les micro, petites et moyennes entreprises, et d'augmenter nos exportations. Nous avons un potentiel prometteur en énergies renouvelables des océans, bien sûr. Le Cap-Vert, c'est plus d'océan que de terre, et l'océan est une ressource stratégique. Nous parlons ici de transbordement de fret, de la pêche, des sports et du tourisme en rapport avec l'océan.

FC: Comment le Cadre intégré renforcé (CIR) a-t-il bénéficié le Cap-Vert?

Le programme CIR avec lequel nous travaillons est en ligne avec notre stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté. En tant que petite économie, il est essentiel que le Cap-Vert intègre l'économie mondiale. Cependant, cette intégration doit bénéficier à la population, elle doit créer des emplois et favoriser une meilleure qualité de vie. C'est ce à quoi nous aspirons.

FC: Quel est le rôle joué par la coopération régionale dans le développement futur du Cap-Vert?

Nous voulons jouer un rôle important dans la région en tant que canal permettant de relier l'Afrique, notre région, et le reste du monde. L'intégration est essentielle puisqu'elle va accroître notre part de marché. Nous devons regarder notre région [la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest] pas seulement comme un marché mais comme un investissement dans lequel le Cap-Vert peut participer en tant qu'actionnaire.

FC: Quels sont vos espoirs pour l'avenir du Cap-Vert?

Nous voulons être un pays à revenu moyen supérieur vers 2030. [Le soutien] de la communauté internationale est essentiel pour atteindre cet objectif. Nous croyons que nous pouvons atteindre ce niveau de développement; nous travaillons pour cela en partenariat avec nos amis.

Le SECO est l'un des nombreux fondateurs de l'initiave Mode éthique en Afrique de l'Ouest. © Chloe Mukai/ITC
Suisse: créer des ponts vers les pays en développement

Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) de la Suisse est l'un des principaux donateurs de l'ITC. Le financement du SECO sert à soutenir des projets de promotion des exportations de l'ITC, surtout ceux liés aux industries agroalimentaires et textiles d'Afrique du Nord et de l'Est, d'Asie et d'Amérique du Sud. Hans-Peter Egler, Directeur de la Promotion des échanges au SECO, travaille avec l'ITC depuis des années et voit le résultat des partenariats, y compris le développement lié à l'APC.

FC: Quels ont été les réussites de l'initiative APC ces dernières années?

L'un des éléments les plus importants a été la décision de prendre en considération les chaînes de valeur. Si vous n'avez pas d'acheteur ou quelqu'un pour faire un pas dans la chaîne de valeur, cela ne vaut pas la peine d'investir dans un produit. Il est donc important de garder à l'esprit les perspectives des producteurs, fabricants et détaillants. Une autre décision a été de prendre en compte non seulement les aspects qualitatifs des produits, mais aussi les aspects environnementaux et sociaux.

FC: La Suisse a une base solide de petites et moyennes entreprises (PME) et accueille de nombreuses sociétés multinationales. Le SECO essaie-t-il de les connecter aux PME dans les PED?

Oui. D'une part, nous travaillons avec des sociétés transnationales traditionnelles afin d'aider les PME et les producteurs dans les PED a obtenir des contrats d'approvisionnement auprès de ces sociétés. Mais nous essayons également de jumeler les PME en Suisse et les PME dans les pays partenaires. Il existe aussi des sociétés intéressées à développer des partenariats avec des producteurs d'origine, ce qui aide nombre de producteurs dans les PED mais également les fabricants à avoir accès à des chaînes de valeur plus petites mais plus spécialisées et parfois de meilleure qualité.

FC: Quelles devraient être les priorités des organisations de promotion du commerce dans le cadre d'APC?

À mon sens, les organisations de promotion du commerce jouent un rôle très important. Nous essayons toujours de soutenir ces organisations afin qu'elles puissent grouper les capacités locales et réunir les PME et les producteurs sur le terrain, p. ex. lors de foires internationales. C'est important d'aider les sociétés à montrer ce qu'elles sont capables de produire. Après, il faut les moyens de conditionner et concevoir le produit. Il faut constamment développer tous ces aspects. C'est important que ces agences comprennent leur rôle en tant que catalyseurs de services liés à l'exportation.

FC: Quelles sont les priorités du SECO dans le cadre d'APC à l'avenir?

C'est important de réfléchir de plus en plus sur les services liés à l'exportation, car les chaînes de valeur ne sont pas une route à sens unique. Cela signifie qu'il faut être flexible et avoir l'importation et l'approvisionnement adéquats afin de pouvoir produire le bon produit pour l'acheteur suivant.

FC: Pourriez-vous citer des programmes d'APC dont vous seriez particulièrement fier, ceux du SECO ou ceux dans lesquels vous avez travaillé avec l'ITC?

Je dois dire que nous sommes très satisfaits de notre collaboration avec l'ITC. Je suis très satisfait, par exemple, de la création de bases de données que nous avons pu effectuer avec l'ITC, telles que Trade Map, du travail accompli autour du commerce pour le développement durable, et autres statistiques sur le commerce. Je crois que l'ITC offre ainsi un bien public de valeur à ses pays partenaires. Cela sert de base pour d'autres programmes.