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Doper les revenus des producteurs d'oignons en Afrique de l'Ouest

13 décembre 2013
ITC Nouvelles
Un exemple de la facilitation des échanges en action montre comment les producteurs d'oignon ont augmenté leurs revenus de $E.-U. 2,25 millions et diminué leur dépendance des exportations.

Alors que l'environnement commercial mondial devient de plus en plus compétitif, la fragmentation et la séparation géographique des chaînes de valeur des produits de base aggravent les difficultés auxquelles les exportateurs sont déjà confrontés. Il ne suffit plus de remplir les critères de qualité et de conditionnement, d'avoir des installations de stockage, de posséder les qualifications nécessaires et d'avoir accès à la technologie; la participation dans la chaîne de valeur requiert une infrastructure et un transport supérieurs ainsi qu'un passage rapide des frontières.

Les producteurs d'oignons d'Afrique de l'Ouest ont du pain sur la planche: il doivent trouver une manière de joindre leurs forces pour faire concurrence aux importations depuis l'Europe et s'approprier une plus grande part des marchés régionaux. Avec une production totale de 1,1 million de tonnes, provenant surtout du Niger (440 000 tonnes), du Nigéria (220 000 tonnes) mais aussi du Burkina Faso, du Ghana et de la Côte d'Ivoire, les producteurs d'oignons de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sont confrontés à une haute saisonnalité, à des pertes post-récolte d'environ 40% et à plusieurs contraintes liées à la production. Cela limite leur capacité de répondre aux besoins des marchés nationaux et régionaux, laissant la région dépendante d'importations de quelques 288 000 tonnes de l'UE durant la saison morte. Une solution à ce problème demanderait l'intégration de leurs petits marchés dans une économie régionale plus élargie, ce qui pourrait réduire les frais de transaction et être en même temps attractif pour les investisseurs étrangers. La réponse à ce défi se trouve dans le progrès vers la facilitation des échanges.

En 2012, le PNUD, le Fonds africain pour les marchés inclusifs et la CEDEAO ont lancé conjointement l'initiative transfrontalière Productivité et expansion du marché de l'oignon du Sahel (SOPMEP), dans le but d'intégrer des petits producteurs dans la chaîne de valeur régionale de l'oignon, augmentant leur compétitivité et facilitant leur accès au marché régional. Ce projet, financé par le PNUD, a été mis en œuvre au Ghana et au Burkina Faso en collaboration avec une large palette de partenaires: ASNAPP (ONG ghanéenne), TRIAS (Ghana), la Fédération des Professionnels Agricoles du Burkina (FEPA-B), la Confédération Paysanne du Faso (CPF), North Fin Foundation (Ghana), les ministères de l'agriculture du Ghana et du Burkina Faso, et la Progressive Onion Traders and Producers Association (Ghana).

Ces partenaires ont fourni du matériel informatif tel que posters et manuels, ainsi qu'une formation sur des bonnes pratiques en matière d'agriculture et de post-récolte à plus de 3 000 producteurs d'oignons. Grâce au déploiement d'installations de stockage fabriquées localement, la durée de vie des oignons a considérablement augmenté, résultant en une augmentation du prix de 400%, passant de $E.-U. 25 par sac en mars 2013 à $E.-U. 100 par sac en juin 2013. Cela se traduit en un revenu additionnel d'environ $E.-U. 2,25 millions pour les agriculteurs participant. L'introduction de la technologie de 'plantation en rang' a permis une augmentation des rendements quantitatifs de 70%, avec des bulbes d'oignon de 50g à 100g. L'augmentation de rendement réduit la vulnérabilité de la région face aux importations d'oignons pendant la saison morte et contribue à la réalisation de l'agenda de la sécurité alimentaire de la CEDEAO. De plus, elle favorise les exportations non seulement dans la région, mais aussi vers des destinations telles que la Libye.

Même si le projet a démontré la valeur ajoutée stratégique des partenariats transfrontaliers avec une palette plus large de parties prenantes, il a mis en exergue des lacunes spécifiques aux pays et des obstacles internes au commerce, ainsi que d'autre questions transversales qui méritent attention afin d'améliorer la compétitivité globale.

Un atelier régional a été organisé à Ouagadougou les 28 et 29 octobre 2013 afin d'examiner l'introduction d'autres améliorations, notamment le mélange optimal de production non irriguée et irrigation intensive, production hybride et production de semis, oignons frais, ciboulette, oignons de conserve et une plus forte valeur ajoutée. Les participants ont appelé à la résolution des difficultés identifiées et à l'inclusion de ce programme dans les programmes sur la sécurité alimentaire de la CEDEAO et du PNUD. Ils ont également appelé à l'extension de ce programme à d'autres cultures, y compris la mangue et le riz.

Un accord sur les procédures douanières et l'harmonisation des normes devrait être plus facile à trouver maintenant au sein de la zone de libre commerce de la CEDEAO, ce qui augmenterait la compétitivité des fournisseurs régionaux. Comme souligné à plusieurs reprises lors du 4ème Examen global de l'APC en juillet 2013 au siège de l'OMC, une facilitation des échanges accrue est la clé de l'intégration des entreprises des PMA dans les chaînes de valeur; jusqu'à 15% du coût total des biens commercialisés correspond aux coûts de transaction liés à la logistique, aux procédures douanières et autres formalités à la frontière, une charge nettement plus élevée que les tarifs.

Plus tard cette année, le projet sera étendu au Niger et au Mali, fournissant les avantages supplémentaires de la création de moyens de subsistance alternatifs pour les habitants de ces pays sortant de conflits, de l'engagement des jeunes dans l'agriculture, et de l'élargissement de la participation des femmes dans les chaînes de valeur régionales.