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Donner le pouvoir aux agriculteurs zambiens par la coopération Sud-Sud

8 décembre 2011
ITC Nouvelles

Le coton est un des succès du passage de la Zambie à l’économie de marché et un puissant instrument de rééducation de la pauvreté. Jusqu’à il y a peu, le secteur était dominé par des entreprises privées qui dictaient les prix et imposaient des accords de commercialisation à plus de 300 000 petits cotonculteurs sous contrat.

À partir de là, l’Association zambienne du coton (CAZ) a été créée en juillet 2005 pour représenter les intérêts de tous les cotonculteurs zambiens. Depuis 2006, la CAZ collabore aux activités de coopération Sud-Sud organisées par l’ITC en Chine, en Inde, au Sénégal et en Turquie, de même qu’à des activités axées sur le marché dans les pays producteurs de textiles tels que le Bangladesh, la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la Turquie et le Viet Nam.

Faisant fond sur les liens tissés par l’ITC, la CAZ a réussi à opérer plusieurs changements dans la filière coton:

• Autonomisation des agriculteurs – Les connaissances acquises auprès de groupes d’agriculteurs chinois, indiens et turcs, ainsi qu’africains, ont permis à la CAZ de modifier les structures traditionnelles du pouvoir. Les cotonculteurs ont a présent un plus grand poids dans les décisions qui concernent le secteur, telles qu’en rapport avec prix, négociation des contrats, etc. Par le passé, les petits exploitants agricoles se voyaient indiquer le coût des intrants et le prix du coton graine, mais les égreneurs étaient libres de modifier les prix à leur guise. En fait, les égreneurs utilisaient les cotonculteurs pour gérer le risque de prix, profitant de leur désorganisation et de leur isolement. Suite à l’introduction d’un nouveau modèle d’établissement des prix du coton élaboré avec l’ITC, les cotonculteurs ont pu négocier avec les égreneurs à tous les niveaux ou presque. Une évaluation indépendante menée par l’Agence suédoise pour le développement international (ASDI) dans 34 districts a montré une augmentation de 40% des prix du coton graine au cours des deux dernières campagnes. Au total, quelque 270 000 cotonculteurs ont bénéficié des prix plus élevés négociés par la CAZ.

• Transparence et partenariats le long de la chaîne de valeur – L’exposition et la formation ont réunit les producteurs et les égreneurs pour leur permettre d’apprendre les uns des autres et, plus important, de se concerter plus régulièrement. La méfiance qui régnait entre eux a pour ainsi dire disparu et des réunions sont régulièrement organisées pour discuter des prix avant la plantation et des prix producteur.

• ‘Autochtoniser’ et valoriser la chaîne de valeur – Les expériences menées dans des pays tels que la Turquie et l’Inde ont montré à la CAZ que les cotonculteurs pouvaient accroître la valeur de leur coton, et qu’ils pouvaient exploiter des usines d’égrenage avec succès. Ceci a poussé la CAZ, par le biais du Syndicat national des agriculteurs zambiens (ZNFU), à recenser les associations d’agriculteurs de district pour qu’ils pilotent les unités d’égrenage appartenant aux cotonculteurs pour opposer une résistance dans ce secteur de l’égrenage dominé à 100% par des entreprises étrangères. Une étude de faisabilité a confirmé que l’opération était viable dans six districts. Ainsi, la Mumbwa Roller Ginning and Pressing Company a été créée, dont 60% des parts appartiennent à des cotonculteurs, 20% au ZNFU et 20% à la CAZ pendant les trois premières années. Après quoi la coopérative des cotonculteurs en deviendra l’unique propriétaire. Les machines d’égrenage ont été obtenues en Inde grâce aux contacts de l’ITC. Les cotonculteurs cherchent aussi à investir dans l’égrenage et l’extraction d’huile de table afin d’accroître leur revenu.

• Établissement de partenariats avec les acheteurs préférés – La CAZ met à profit les connaissances acquises dans le cadre des activités de formation et de commercialisation menées en Asie et est en train de nouer des contacts avec les acheteurs préférés en Asie. Ceux-ci sont disposés à payer des prix plus élevés pour du coton plus propre. Les cotonculteurs travaillent en partenariat avec les acheteurs préférés pour réduire la contamination du coton. Ils utilisent des sacs de récolte agréés et l’évaluation du grade du coton se fait dans l’exploitation, une pratique adoptée avec succès au Sénégal.

• Gestion des intrants – Pour la prochaine campagne, la Coopérative d’agriculteurs de Mumbwa commencera à s’approvisionner elle-même en intrants. Les coopératives et la CAZ utiliseront les liens commerciaux noués en Asie et ont conçu un nouveau dispositif d’autofinancement pour assurer l’indépendance des cotonculteurs vis-à-vis des égreneurs pour l’approvisionnement en engrais et en produits chimiques à crédit.

• Création d’infrastructures institutionnelles pour soutenir les cotonculteurs – La CAZ est en contact avec toutes les institutions en rapport avec le coton dans le pays, telles le Cotton Development Trust (CDT), la Zambian Cotton Ginners Association, la Conservation Farming Unit et le Cotton Board of Zambia, et fait office de courroie de transmission de l’assistance offert par l’ITC. Le CDT a ainsi lancé un processus d’établissement de partenariats avec des scientifiques indiens pour mener des recherches en Zambie sur le coton transgénique. Le CDT a aussi acheté une égreneuse à rouleau pour traiter les graines pour le compte des sociétés d’égrenage ou dans le cadre des systèmes de sous-traitance.

• Collaboration régionale – Du fait de son exposition internationale et des échanges facilités avec les parties prenantes de la filière coton, la CAZ a participé à la conclusion d’un accord de collaboration sous-régional entre les parties prenantes de la filière coton du Mozambique, Zambie, Zimbabwe et Malawi (MoZaZiMa).

 

Les producteurs alternant la culture du coton et la culture de denrées alimentaires, les capacités acquises auront aussi des retombées positives sur les récoltes de maïs ou de céréales, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire dans le pays.