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Connectées! Les femmes entrepreneurs d’Afrique du Nord exploitent le potentiel du e-commerce

26 octobre 2011
ITC Nouvelles

En Afrique du Nord, les femmes entrepreneurs découvrent le potentiel des plateformes commerciales en ligne mais avoir un site Internet ne suffit pas. Le succès de l’e-environnement repose aussi sur un bon plan d’activité et de commercialisation soutenu par des conditions locales favorables, incluant des solutions de e-commerce et une infrastructure technologique abordables. 

À la naissance de sa seconde fille, Hajer Belaiba, ingénieur en mécanique d’origine tunisienne, s’interroge sur la façon de concilier vie de famille et carrière. Après réflexion, l’Internet s’est imposé à cette mère de famille dynamique. ‘La vente de produits artisanaux m’a semblé un bon choix car nombre d’entre eux ne sont pas exportés,’ a déclaré Mme Belaiba, lors du lancement de sa boutique en ligne – Produits de Tunisie – en 2009.                

Le moment était parfait: la disponibilité soudaine de solutions libres d’e-commerce comme PrestaBox et Magento dopait les ventes en ligne en Europe et en Amérique. Après un an passé à négocier avec les fournisseurs d’accès à Internet, elle opte pour la technologie libre pour lancer sa boutique virtuelle dont elle gère le contenu et la maintenance. Mais cette activité n’était qu’un volet de sa stratégie.

‘Si vous tenez une bonne idée, l’e-commerce offre d’énormes possibilités car les coûts de création sont actuellement bas,’ dit Sonia Latrous Guidara, à la tête d’une pépinière d’entreprises de services en ligne pour les PME de Tunis. ‘Il vous faut avant tout un bon dossier commercial et cerner les attentes du marché,’ ajoute-t-elle.

‘Je n’y connaissais rien en marketing,’ dit Mme Belaiba, mais dans le but d’accroître la visibilité de sa boutique par rapport à ses concurrents de Tunis, elle mise sur le ‘bouche à oreille international’ – via les médias sociaux. Grâce aux 600 millions de personnes qui utilisent Facebook, les e-entreprises comme celle de Mme Belaiba multiplient les opportunités de garder le contact avec leurs clients et élargissent leur base de clientèle à moindres frais, selon Mme Guidara. Facebook et Twitter sont une composante essentielle de l’activité en ligne de Mme Belaiba, mais pas l’unique. ‘À Noël par exemple, j’utilise aussi la publicité payante plus ciblée,’ dit-elle. Cette stratégie à long terme a fini par payer. ‘La deuxième année, mon site était connu et les ventes ont décollé,’ dit-elle.

En Algérie voisine, Samira Sadali misait beaucoup sur son e-boutique qu’elle a dû récemment fermer. ‘Impossible d’acheter ou de vendre car les paiements électroniques ne fonctionnent pas et les Algériens n’ont pas accès aux cartes de crédit,’ explique-t-elle.

Sa e-boutique proposait des objets d’art et d’artisanat décoratifs. Il s’agissait souvent de pièces uniques, sélectionnées pour leur caractère exclusif ou leur originalité. ‘Ces produits étaient exportés de Tunisie et de pays voisins autres que l’Algérie, qui pourtant en produisait également,’ dit-elle. Son site était un excellent outil promotionnel – captant l’attention des acheteurs français et sud-africains – mais sans la capacité de vendre en ligne, Mme Sadali a dû abandonner cette activité, la jugeant prématurée au vu de l’environnement du e-commerce mais elle espère revenir bientôt sur la toile. ‘L’Algérie ne restera pas à la traîne de la croissance électronique car les citoyens sont prêts, notamment la classe moyenne. Il y a une envie de consommer, les idées sont là et l’Internet est déjà accessible depuis le domicile ou le bureau,’ ajoute-t-elle.

Ailleurs dans la région, d’autres barrières structurelles perdurent. En Tunisie, le coût élevé du transport fait perdre à Hajer Belaiba des clients qui ne veulent pas voir les frais de port doubler le prix des produits. Et le contrôle des changes fait qu’elle-même et ses homologues de la région ne peuvent pas payer les services fournis à l’étranger. Martin Labbé, Conseiller Marketing électronique et réseaux numériques à l’ITC, estime qu’il faut que les gouvernements aident au maximum leurs e-entrepreneurs à soutenir la concurrence en libéralisant les services postaux, en assouplissant le contrôle des changes et en facilitant le e-paiement local.

‘Plus que tout autre, ces mesures dopent le e-commerce,’ dit M. Labbé, qui travaille sur plusieurs projets de e-commerce en Afrique du Nord dans le cadre du Programme de renforcement des capacités commerciales des pays arabes (EnACT) financé par l’Agence canadienne de développement international et mis en œuvre par l’ITC. EnACT appuie les efforts de renforcement des compétences et conseille gouvernements et entrepreneurs en herbe de la région sur le marketing en ligne et le e-commerce. ‘Les nouvelles technologies sont un énorme atout en termes d’emploi des femmes et des jeunes’, déclare Torek Farhadi, coordinateur du programme.

Mme Samira Gourroum, e-entrepreneur de premier plan, estime que les TIC peuvent huiler les rouages: ‘Nous avons les ingénieurs, les compétences et le savoir-faire.’ Au cours des 11 années écoulées, cet ingénieur en TI de 37 ans a travaillé comme directrice des technologies et du développement des entreprises à Maroc Télécommerce – seule société locale offrant une
plateforme d’e-paiement.

Les débuts ont été laborieux car le Maroc était peu familiarisé avec l’e-commerce; l’année 2008 a marqué un tournant grâce à l’e-paiement, à la prise de conscience du secteur privé des avantages du e-commerce et à la stratégie gouvernementale de promotion des TIC, qui inclut le développement simultané de l’infrastructure et des compétences utiles.

‘La libéralisation des télécommunications a constitué une évolution majeure,’ dit Mme Gourroum. Elle a notamment pour but de permettre à 75% de la population marocaine d’accéder à Internet. Cet environnement favorable a dopé l’activité de Mme Gourroum. ‘Actuellement notre plateforme offre des solutions d’e-paiement aux personnes détentrices de cartes de crédit. Mais nous voulons aussi offrir des services aux entreprises et aux institutions gouvernementales. Nous sommes ambitieux mais le moment s’y prête.’

M. Labbé explique que l’essor du e-commerce en Afrique du Nord est une occasion pour les femmes de franchir les obstacles traditionnels auxquels elles font parfois face dans le monde des affaires. Hajer Belaiba approuve tout en ajoutant que le e-commerce seul n’est pas la panacée: ‘Le faible niveau d’instruction des Tunisiennes par exemple les confine souvent à la maison. […] Sans soutien, impossible pour elles de lancer ce type d’entreprise. Elle ajoute aussi que son expérience a incité plusieurs de ses amies à lui emboîter le pas. À toutes les femmes, Mme Belaiba
dit, ‘Foncez! Vous pouvez choisir votre horaire de travail et les produits à vendre, et consacrer plus de temps à votre famille. Les avantages sont nombreux.’

 

CONSEILS D’EXPERT POUR CRÉER UNE E-ENTREPRISE

•   Disposer d’un plan d’entreprise.

•   Effectuer une étude de marché, apprendre à connaître les acheteurs potentiels et s’assurer que votre produit les intéresse.

•   Les marchés internationaux offrent un grand potentiel mais sont aussi compétitifs.

•   Prévoir un budget pour le marketing et les communications.

•   Rivaliser sur la qualité et non les prix.

 

CE QUE PEUVENT FAIRE LES DÉCIDEURS POLITIQUES POUR L’ESSOR DU E-COMMERCE

•   Libéraliser les services postaux pour réduire les coûts du transport.

•   Autoriser le paiement par carte bancaire pour ouvrir les marchés nationaux et accroître les marchés mondiaux.

•   Faciliter le contrôle des changes pour donner aux e-entrepreneurs de meilleures chances de soutenir la concurrence.

•   Émanciper les femmes pour qu’elles participent en les aidant à se doter des compétences et des ressources utiles à la création d’e-entreprises.