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Commerce mondial, vers une nouvelle dynamique

14 janvier 2013
ITC Nouvelles
Susilo Bambang Yudhoyono, Président de la République de l'Indonésie, a ouvert le 13ème WEDF à Jakarta en exhortant les 500 participants, décideurs politiques, chefs d'entreprises et représentants d'institutions d'appui au commerce à faire en sorte que les entreprises, notamment les PME, bénéficient de la consolidation des liens entre les marchés de croissance et le reste du monde.

La reconnaissance des PME en tant que moteurs de croissance et la nécessité de leur permettre de prendre part au commerce intra/interrégional ont été les thèmes récurrents des manifestations phares de l'ITC organisées du 15 au 17 octobre sous le thème Relier les marchés en croissance: nouvelles dynamiques du commerce mondial. Organisé conjointement par le Ministère du commerce de la République de l'Indonésie, le WEDF s'est tenu sur l'un des marchés de croissance du Sud au cœur de la discussion. 'En Indonésie, en 2011 quelque 50% des échanges commerciaux ont concerné d'autres PED, principalement d'Asie de l'Est,' a déclaré le Président Yudhoyono. L'Indonésie a activement cherché à consolider les liens commerciaux avec les marchés de croissance en dehors de l'Asie, ce qui lui a notamment permis de multiplier par deux ses échanges avec l'Amérique latine au cours des 10 dernières années.

Dans son allocation de bienvenue au WEDF, la Directrice exécutive de l'ITC, Patricia Francis, a relevé une progression du commerce Sud-Sud et a déclaré: 'Certes le phénomène n'est pas nouveau et fait l'objet de discussions depuis un certain temps, mais un point de basculement a été atteint et enfin les économies émergentes commencent à diversifier leurs exportations vers d'autres économies émergentes.' Étant donné que les exportations vers les marchés traditionnels restent linéaires, voire diminuent dans certains cas, ce virage revêt une importance accrue.

Selon Pascal Lamy, Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), aux États-Unis, dans l'UE et au Japon la crois- sance n'est pas pour tout de suite; les PED doivent donc tenir compte de la nouvelle dynamique de la mondialisation toujours plus axée sur le commerce Sud-Sud. Supachai Panitchpakdi, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, a insisté sur la nécessité de se diversifier encore et d'adapter les politiques d'investissement pour déjouer les risques liés au maintien des rôles traditionnels dans le nouveau paysage commercial – l'Amérique latine en tant que producteur de produits alimentaires, l'Afrique en tant qu'exportateur de minéraux et de matières premières, et l'Asie en tant qu'exportateur de produits manufacturés.

Pour le Ministre du commerce de l'Indonésie, Gita Irawan Wirjawan, la clé des économies fondées sur le savoir réside dans l'éducation, alors que pour le Représentant permanent du Nigéria près l'OMC, l'Ambassadeur Yonov Frederick Agah, les pays d'Afrique doivent stimuler leur agriculture, leur secteur manufacturier et développer leurs infrastructures de transport grâce aux recettes tirées des exportations de produits de base.

L'Afrique est encore très loin de l'Asie et de l'Amérique latine en termes d'intégration intraré- gionale. Selon Rob Davies, Ministre de l'industrie et du commerce d'Afrique du Sud, seuls 10% des échanges commerciaux de l'Afrique sont intrarégionaux et l'Afrique ne représente encore que 3% du commerce mondial. La publication Potentiel commercial de l'A frique: Débouchés à l'exportation sur les marchés de croissance, un document technique publié par l'ITC en octobre 2012, montre que les exportations vers l'Asie en provenance d'Afrique de l'Ouest devraient connaître une augmentation allant jusqu'à 14% par an sur les 10 ans à venir.

'La croissance durable du commerce Sud-Sud exigera toutefois des investissements dans de nouvelles capacités, des mesures de facilitation des échanges, des infrastructures et un financement du commerce,' a déclaré P. Francis. Pendant les discussions, intervenants et participants ont recensé les mesures devant être prises pour faire fond sur la nouvelle dynamique du commerce mondial. 'Les échanges entre pays concernent aujourd'hui non pas des marchandises mais des tâches,' a déclaré Peter Allgeier, Président de la Coalition of Services Industries, ce qui pourrait permettre aux PME de trouver une place dans les chaînes d'approvisionnement mondiales des entreprises plus grandes.

'Le ralentissement de la croissance mon- diale a entraîné un recours plus facile aux mesures non tarifaires,' a déclaré Surin Pit- suwan, Secrétaire général de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est. Cette préoccu- pation a été réitérée par des représentants du gouvernement et du secteur privé tout au long de la manifestation. Selon des études de l'ITC portant sur l'expérience d'entreprises exporta- trices et importatrices dans 18 pays, plus de la moitié des obstacles au commerce sont des obs- tacles internes imposés par les gouvernements des entreprises exportatrices. Des intervenants représentant les gouvernements et le secteur privé du Cambodge, du Rwanda et du Pérou ont estimé que le dialogue public-privé de même que le renforcement des capacités des gouvernements et des entreprises seraient essentiels au respect des exigences à l'exportation, y compris des mesures sanitaires et phytosanitaires et des obstacles techniques au commerce.

Outre les contraintes liées à l'offre, les par- ticipants au WEDF ont conclu que l'évolution du comportement des consommateurs et la nouvelle demande de produits et de services à valeur ajoutée avaient un impact majeur sur les chaînes de valeur et que cette demande offrait des débouchés pour les PED et les PMA. Tim Groser, Ministre du commerce extérieur et des questions sur le changement climatique de Nouvelle-Zélande et Ministre associé des affaires étrangères, a exhorté ces pays à 'corriger leurs coûts, maîtriser leur productivité, et déterminer leur position le long de la chaîne de valeur mondiale'. Un message encourageant est ressorti du WEDF, à savoir que le commerce mondial pouvait permettre aux économies, quelle que soit leur taille, de progresser par la spécialisation et l'intégration pour autant que la productivité et la connectivité soient améliorées. Autre message clef: les gouvernements jouent un rôle crucial de catalyseur en offrant un environnement d'affaires propice et, avant tout, des cadres juridique et réglementaire stables et fiables.

Coïncidant avec la Journée mondiale de l'alimentation, le WEDF s'est aussi penché sur les chaînes d'approvisionnement en produits de base et s'est demandé comment elles pourrainet être améliorées pour renforcer la sécurité alimentaire régionale et mondiale. 'L'agriculture durable reste une option vialbe pour la sécurité alimentaire et la création d'emplois pour les jeunes,' a déclaré Emma Hippolyte, Ministre du commerce, du développement des entreprises, de l'investissement et de la consommation de Sainte-Lucie. Si le commerce ne suffit pas à lui seul à assurer la sécurité alimentaire, Valentine Rugwabiza, Directrice générale adjointe de l'OMC, a insisté sur le fait 'qu'il est indispensable pour accéder à des denrées alimentaires abordables.' Les politiques agricoles et les efforts déployés pour éliminer les obstacles au commerce sont essentiels. Alors que l'Afrique possède 60% des terres arables disponibles dans le monde, au cours des 30 dernières années elle est passée d'exportateur net de denrées alimentaires à importateur net faute d'investissements dans l'agriculture.

‘Si le commerce est le moteur de la croissance, alors le financement du commerce en est le carburant,' a déclaré Nazeem Noordali, Directeur général du Financement structuré et des grandes entreprises de la Société internationale islamique de financement du commerce du Groupe de la Banque islamique pour le développement. Au WEDF, les banques régionales de développement et les institutions financières privées ont montré qu'il était possible d'améliorer l'accès aux financements, une condition sine qua non, notamment pour les PME des PED. Le thème retenu pour la 14ème édition du WEDF en 2013 atteste du consensus dégagé sur l'importance des PME pour la croissance et le développement: Création d'emplois tirée par l'exportation grâce à l'intégration des PME dans les chaînes d'approvisionnement.