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Cap sur la qualité au Kirghizistan

30 mars 2012
ITC Nouvelles

Au nord-est de Bishkek, à 20 minutes de voiture du centre-ville par des routes cabossées, Bakhtiyar Kudakeldiev, 23 ans, travaille dans une usine d’embouteillage d’eau. Il ne le sait pas mais il bénéficie d’un programme de gestion de la qualité de l’ITC. Il travaille pour Shoro, la plus grande entreprise kirghize de boissons, qui bénéficie d’un projet de certification en gestion de la qualité financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par un consultant formé par l’ITC et qui utilise ses méthodologies.

Kudakeldiev est employé à l’usine depuis qu’il a quitté son village en 2007 pour s’installer à Bishkek; depuis l’introduction des processus améliorés de gestion de la qualité à l’été 2011, il apprécie son lieu de travail plus chaud et plus propre ainsi que la prime mensuelle qui représente entre 5% et 100% de son salaire. Il n’a jamais entendu parler de l’ITC. Rien de surprenant car il est affecté à la ligne d’assemblage. Jusqu’à peu, Nurdin Osmanbaev, son directeur de production responsable de la majorité des 300 ouvriers de Shoro, ignorait tout de l’ITC. Pour Shoro, et nombre d’autres entreprises d’Asie centrale, la gestion de la qualité devient essentielle à la réussite à l’export. L’absence de gestion qualité et d’assurance qualité des processus de production, hérité du passé soviétique, fait que les produits n’ont pas la qualité constante requise pour exporter. Inversement, lorsque les produits sont de qualité constante, il peut être difficile pour les entreprises d’en faire la preuve sans processus de gestion de la qualité et de certification.

Entre 2006 et 2008, l’ITC a mené un projet de $E.-U. 1 million financé par le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) de la Suisse pour améliorer les capacités d’exportation de PME kirghizes de la filière fruits et légumes. Shoro, spécialisée dans l’embouteillage d’eau, n’a pas été retenue pour participer au projet mais elle a depuis bénéficié indirectement du projet, qui a formé 25 consultants nationaux, dont certains travaillent encore à des projets d’amélioration de la gestion de la qualité et de préparation à la certification.

Jujsupjanova et Gulmira Acanbekovna Ismanova, responsables de la qualité, en charge de moderniser le système de production: boucher les trous dans les murs pour éloigner les insectes et garder la chaleur et respecter les exigences sanitaires et phytosanitaires. Ils ont aussi remplacé les anciennes portes et fenêtres qui rouillaient par des portes en plastique, introduit le port obligatoire d’uniformes et de filets à cheveux, installé des casiers individuels dans les vestiaires, et pris d’autres mesures dans le cadre du processus de certification ISO 9001. Pour obtenir une prime, Kudakeldiev et ses collègues doivent réaliser des contrôles qualité visuels pour s’assurer que les bouteilles d’eau sont bien fermées, contiennent la quantité d’eau voulue et que l’étiquette est bien apposée. Leur salaire augmente à mesure que baisse le nombre de défauts et qu’augmente la productivité.

Ismanova explique que le but du projet de certification est d’améliorer l’image de l’entreprise comme producteur d’eau embouteillée de qualité. La modernisation et la certification permettront à Shoro de mieux se positionner pour affronter la concurrence locale et étrangère. La certification est aussi indispensable aux entreprises désireuses de s’implanter sur des marchés étrangers, essentiellement du Kazakhstan et de la Fédération de Russie. Osmanbaev espère exporter dès l’obtention de la certification ISO 9001 vers la fin 2012. Pour effectuer les améliorations nécessaires, Shoro a bénéficié d’un financement du projet de la Banque mondiale relatif au marketing agroalimentaire (Agribusiness and Marketing Project), qui finance des projets d’amélioration de la gestion de la qualité depuis 2008.

Est-ce que tout cela aurait été possible sans l’implication de l’ITC? Mme Jujsupjanova, devenue en 2003 le premier conseiller certifié en gestion de la qualité, bien avant le projet de promotion du commerce de l’ITC, répond par la négative. Elle explique: ‘L’ITC m’a permis de mieux comprendre la gestion de la qualité, en allant au-delà de la certification et en permettant à Shoro d’opérer des améliorations tant au plan de la gestion générale de la qualité que de la sécurité sanitaire des aliments.’

Selon un rapport de trois évaluateurs externes, le projet de l’ITC a été ‘une grande réussite’. Ils ont conclu que ‘le principal avantage de la durabilité du projet est le changement d’état d’esprit des diverses parties prenantes’. Mme Jujsupjanova ajoute que, depuis trois ans, le projet porte ses fruits et ses avantages indirects s’imposent d’eux-mêmes.

Depuis que l’ITC a achevé son premier projet dans le pays, plusieurs agences, dont la Banque mondiale, l’Agence américaine pour le développement international, l’Agence allemande pour la coopération internationale et l’Union européenne, ont offert une assistance pour financer des projets de gestion de la qualité dans le secteur agroalimentaire. En même temps, l’ITC est à mi-chemin de la mise en œuvre, au Kirghizistan, d’un projet similaire dans l’habillement, identifié par la stratégie nationale d’exportation comme un secteur clé pour la promotion des exportations. Selon les fonctionnaires kirghizes, la participation de l’ITC a contribué à la croissance de 15% du secteur dans les 11 premiers mois de 2011. Selon Oleg Pankratov, Vice-ministre de l’économie, ‘le programme de l’ITC a été pragmatique et très positif dans des secteurs posant d’énormes problèmes. La mise en conformité du secteur de la transformation alimentaire et de l’habillement avec les normes internationales pour en faire un moteur du développement économique de la République kirghize est une tâche énorme.’

Si les fonds des donateurs le permettent, l’ITC prévoit d’investir d’autres secteurs et régions du Kirghizistan. ‘Notre approche marche. Parfois il faut un an, parfois deux ou trois mais tôt ou tard, elle génère une croissance des exportations,’ conclut Armen Zargaryan, gestionnaire du projet de l’ITC.

LE DELICIEUX goût DU SUCCÈS: LES FRUITS SECS ET LE JUS BIO

M. Akhtiyam Koshveev possède une entreprise de fruits secs au Kirghizistan; en 2007, il espérait trouver de nouveaux clients en participant à un salon organisé à Moscou. Il sera comblé au-delà de ses espérances. Les contacts commerciaux noués durant Prodexpo lui ont permis de quadrupler sa production et de doubler ses effectifs. ‘Nous sommes bien loin de l’activité de nos débuts,’ dit Koshveev de son entreprise, Osko.

L’ITC a aidé six entreprises à participer au salon dans le cadre d’un projet mené entre 2006 et 2008 pour accroître la capacité d’exportation des entreprises de transformation de fruits et légumes au Kirghizistan. Le projet d’une valeur de
$E.-U. 1 million a été financé par le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) de la Suisse. Trois ans plus tard, Osko emploie directement 80 personnes; elle a acheté des terres agricoles et fournit ainsi un emploi stable à 500 travailleurs agricoles, dont une majorité vivait jusqu’alors au jour le jour.

L’entreprise achève actuellement son premier audit avant de réunir $E.-U. 1 million auprès d’investisseurs étrangers. Ces fonds sont essentiels pour accroître la capacité de production et répondre aux demandes des distributeurs dans la Fédération de Russie et au Kirghizistan. ‘Ils me poussent à produire davantage et à diversifier mes produits,’ dit M. Koshveev. Avec ses partenaires, il a donc trouvé un créneau idéal en se diversifiant pour produire des jus de fruits bio.

Aujourd’hui, la moitié de la production du secteur naissant de l’agroalimentaire au Kirghizistan est expédiée à l’étranger alors qu’il y a sept ans, rien ne partait à l’export, dit Dilyara Alimjanova, Directrice de l’Association des entreprises de transformation de fruits et légumes. Dans les 32 entreprises membres de l’association, les effectifs ont augmenté de 20% pour atteindre 3 500 personnes. Elle estime aussi que l’emploi agricole a progressé suite ‘à l’aide de l’ITC,’ faisant référence au premier projet mené par l’ITC dans le pays en 2004 pour aider l’organisation à lancer les activités à l’export. ‘À l’époque, personne n’offrait ce type d’assistance,’ ajoute-t-elle.

Outre des conseils liés à la commercialisation et un financement à la participation à des salons, l’ITC a aidé les entreprises à adopter des pratiques de gestion de la qualité. L'ITC a aussi formé
25 consultants nationaux, dont certains travaillent toujours sur des projets d’amélioration de la gestion de la qualité et de préparation à la certification dans plusieurs entreprises du secteur agroalimentaire (voir l’article principal). Deux des six entreprises de transformation des fruits et légumes ont obtenu la certification Qualité ISO à la fin du projet de l’ITC. Aliana, qui fabrique du concentré de tomates et des légumes en boîte, a recruté un directeur du contrôle qualité pour garantir la durabilité des progrès au-delà du projet.

Koshveev a décidé de ne pas renouveler la certification ISO d’Osko car les clients de la Fédération de Russie et du Kazakhstan n’ont fait aucune demande en ce sens. En 2009, juste après l’obtention de la certification, il a trouvé de nouveaux débouchés en Allemagne mais les fluctuations du taux de change rendaient le projet trop risqué. Les améliorations préalables à la certification ont été utiles; Koshveev estime que deux tiers des processus introduits sont toujours en place. Dans le futur, il dit vouloir renouveler la certification ISO, les marchés étant matures et les acheteurs plus exigeants.