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Améliorer les moyens de subsistance de la filière soie du Cambodge

2 mai 2013
ITC Nouvelles

La vie de Sreymom Heng, 21 ans, qui vit avec ses parents dans le village de Mreas Prov de la province de Takeo au sud du Cambodge est en train de changer. Elle fait partie des 700 tisseurs de soie qui ont vu leur revenu augmenter de près de 40% grâce au Projet en faveur du secteur de la soie de l’ITC d’une durée de deux ans.

Alors qu’il y a deux ans Melle Heng ignorait pour ainsi dire que le marché était demandeur des foulards de soie et de l’étoffe qu’elle produisait, le projet l’a aidé à gagner de $E.-U. 800 à $E.-U. 1 000 par mois grâce à la vente moyenne de quelque 400 foulards et 450 mètres d’étoffe – deux fois plus que le revenu tiré par la famille de la culture du riz.

"La qualité de mes produits s’est améliorée, j’en produis aussi davantage et les commandes affluent de plus en plus," a déclaré Melle Heng qui en 2010 a rejoint le projet financé par le Ministère des affaires étrangères de la Nouvelle-Zélande.

Le projet avait pour but de réduire la pauvreté au sein des 39 communautés rurales de tisseurs en améliorant leurs compétences techniques, en permettant aux tisseurs de créer de nouveaux produits, dessins et modèles qui satisfassent les attentes des acheteurs et en créant de nouveaux circuits de commercialisation.

Les agriculteurs et producteurs pauvres qui vivent dans les zones rurales représentent 85% de la population cambodgienne. Le secteur du tissage de la soie et ses quelque 20 000 tisseurs, essentiellement des femmes, est celui qui emploie la main-d’œuvre la plus importante. Il s’agit pour la plupart de travailleurs au contrat employés par des intermédiaires, des négociants ou des associations, lesquels fournissent la matière première et récupèrent le produit fini.

Après avoir évalué le potentiel à l’exportation de différentes branches d’activité, le Gouvernement du Cambodge a estimé que l’industrie de la soie était un pôle stratégie pour la lutte contre la pauvreté. Le tissage de la soie étant une activité à forte intensité de main-d’œuvre, il peut directement contribuer à la création d’emplois, en particulier dans les communautés rurales. Selon Pan Sorasak, Secrétaire d’État au Ministère du commerce, l’industrie de la soie peut aussi contribuer à réduire les pressions exercées sur les zones urbaines du fait de l’accélération de l’exode rural. D’après l’Étude diagnostique sur l’intégration du commerce du Cambodge, le secteur est non seulement prometteur pour le développement économique du pays, mais il contribue aussi à l’autonomisation économique des femmes et aide à préserver le riche patrimoine culturel du Cambodge.

Les revenus dégagés par l’artisanat aident les producteurs des zones rurales à sortir de la pauvreté et devraient selon toute vraisemblance offrir des bénéfices à long terme, selon Raimund Moser, Responsable du projet de l’ITC. "Nombre de ces ménages ruraux investissent le revenu supplémentaire dégagé dans l’éducation, ce qui a des retombées positives de taille sur le développement social et économique," a-t-il déclaré.

Le programme de formation de l’ITC s’est concentré sur l’amélioration des compétences des tisseurs à différents stades du processus de production : filature, bobinage, ourdissage, teinture et tissage. La qualité des produits s’en est trouvée améliorée, tout comme les méthodes de production et de nouveaux modèles innovants ont été introduits pour suivre la mode internationale et répondre aux exigences des acheteurs.

À titre d’exemple, Melle Heng s’est formée à de nouvelles techniques telles que le tissage sur métier à tisser à navette, la teinture, le design, le calcul des coûts, l’établissement des prix et la commercialisation, qu’elle a su mettre en pratique.

"Par le passé j’utilisais un métier à tisser traditionnel sur lequel je ne pouvais tisser qu’un mètre d’étoffe par jour," a-t-elle déclaré. "Mais aujourd’hui je peux tisser de trois à quatre mètres par jour en utilisant des techniques et un équipement améliorés, ainsi que grâce au tissage sur métier à navette."

Dans l’intervalle, la nouvelle technique de préparation d’ourdissage acquise fait qu’elle a moins besoin d’aide dans son travail et qu’elle produit plus. "Avec un ourdissoir traditionnel, j’avais besoin de quatre personnes pour m’aider et je ne pouvais produire que deux chaînes par jour," a-t-elle ajouté. "Avec la nouvelle technique je n’ai besoin que d’une personne pour m’aider et je peux produire jusqu’à cinq chaînes par jour."

De nouveaux groupes de villageois créés se spécialisent à présent dans différentes étapes du processus de production. Selon Chomnab Ho, Responsable marketing de l’association des tisseurs des Villages khmers de la soie, il en découle une plus grande efficacité dans le travail, des produits de plus grande qualité et une augmentation des commandes. "La chaîne de production s’est améliorée en termes de qualité et de quantité, ce qui vaut à l’association un plus grand nombre de commandes des acheteurs," a-t-il ajouté.

L’association a travaillé en étroite collaboration avec l’ITC, en organisant la plupart des activités de renforcement des capacités sur le terrain à l’intention des tisseurs et en établissant un réseau de formateurs de terrain. La présence d’agents de vulgarisation locaux garantit que les résultats du projet perdureront même au terme du projet de l’ITC. "L’association locale sera en mesure d’offrir un soutien technique à l’achèvement du projet", a déclaré M. Ho.

Dans le même temps, le fait d’être associée au projet a aussi aidé l’association, notamment grâce à l’amélioration de la gestion de l’activité et à l’amélioration des connaissances sur les tendances du marché et les marchés internationaux. "L’association a gagné de nouveaux clients tant nationaux qu’internationaux," a conclu M. Ho.

Sur la base des réalisations des précédents projets, un nouveau projet en faveur de la soie a été lancé en septembre 2012, pour un budget de $E.-U. 1 million. Il s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste visant à diversifier les exportations cambodgiennes et à réduire leur vulnérabilité face aux chocs extérieurs induite par une dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de produits et de marchés. Le nouveau projet sera mis en œuvre par l’ITC et financé par le Fonds d’affectation spéciale du CIR qui aide les PMA à devenir des acteurs plus actifs du système commercial international, et ce en les aidant à surmonter les contraintes liées à l’offre.